Chronique
Jeux de rôles
En continuant d’essayer de décortiquer nos maux de société, peut-être que nous tenons une des causes du pourquoi ça ne marche pas aussi bien que nous voudrions que ça marche ! Elle résiderait dans une meilleure distribution des tâches.
Et si avec «juste» un peu de discipline, l’équation deviendrait plus facilement résoluble que ce que nous croyions. Il s’agirait d’avoir le courage de dire «je ne sais pas» quand c’est le cas. La meilleure voie pour un apprentissage collectif du développement et de la démocratie.
Deux solutions et une conséquence
Sans trop aller dans le suspense, il y aurait deux solutions. Deux solutions à quoi me diriez-vous ? Au sous-développement, au non-décollage économique, au travail mal fait, à l’absence de finition, aux tares de quelques secteurs clés qui ne s’améliorent toujours pas, malgré les efforts et les fonds déployés (ou pas)…
La première solution est que chacun fasse ce qu’il sait faire et seulement ce qu’il sait faire. La seconde est qu’il n’ait pas honte de dire qu’il ne sait pas faire quand c’est le cas. C’est simple en théorie. C’est compliqué en pratique, car il s’agit de transformer cette règle en état d’esprit. En une culture.
Bien entendu, il y a une conséquence directe à ces deux pistes de travail/solutions. Celle que ce même «chacun» s’abstienne de prétendre savoir faire quelque chose quand il ne sait pas la faire. Ou pire, qu’il persiste à vouloir faire ce qu’il ne sait pas faire, du coup c’est forcément mal fait.
Comme toujours, il y a également une solution intermédiaire. Celle de dire que nous ne savons pas faire, même quand nous sommes dans un poste de décision. Ce n’est pas déshonorant. On peut agir «tranquillement» en processus d’apprentissage quand il s’agit de la spécialité que nous ne maîtrisons pas, en plus d’un apport externe d’idées, de propositions et de nouvelles méthodes… Interdisciplinarité, disent les savants. Pour les objets de la démonstration, nous trouverions une pléthore d’exemples de ce phénomène dans le domaine culturel. Un domaine dans lequel beaucoup se proclament compétents même s’il s’agit de métiers très différents. Des architectes, avocats, élus, femmes et hommes d’affaires, fonctionnaires municipaux…, s’y proclament connaisseurs. Argumentant qu’ils en connaissent tous les ingrédients, qu’ils ont réussi dans leurs domaines professionnels respectifs, et qu’il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas dans le domaine culturel qui est, pour eux, au demeurant beaucoup moins compliqué et plus facile. Il suffit de faire comme les autres pays qui ont réussi et que certains d’entre eux ont connu. Oubliant que le diable est dans les détails. Le résultat, nous le constatons de visu.
Le pouvoir et le discours du contre-pouvoir
En plus des actes, ce phénomène existe aussi dans le discours de quelques décideurs qui détiennent le pouvoir de changer les choses mais qui n’ont pas le courage d’y aller, par peur, fainéantise ou intérêt. Ils choisissent d’adopter un discours critique pour échapper à la reddition des comptes et escamoter leur manque de résultats. La critique, pour eux, est une tentative de séduction pour se rapprocher ou annuler les contradicteurs. Mais elle ne peut pas occulter qu’en démocratie, deux catégories d’acteurs cohabitent pour qu’un débat contradictoire existe. Ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui essayent d’être un contre-pouvoir. Quand les premiers adoptent le discours des seconds, il y a supercherie. C’est le cas, par exemple, quand des décideurs parlent comme la société civile, ou la majorité qui adopte le discours de l’opposition. C’est peut-être une des raisons du manque de crédibilité de plusieurs de nos décideurs, de la majorité, de l’opposition, des partis politiques, des syndicats, de la société civile… Et l’on se demanderait pourquoi le Marocain est fataliste. La culture est la solution.
