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Souveraineté numérique : Le Maroc entre dans l’ère de l’intelligence artificielle

À travers les premières Assises nationales de l’intelligence artificielle, organisées à Rabat les 1er et 2 juillet, le Royaume affirme sa volonté de bâtir une IA souveraine, inclusive et éthique.

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Une première nationale. Rabat a accueilli les toutes premières Assises nationales de l’intelligence artificielle, les 1er et 2 juillet. Une initiative majeure orchestrée par le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration.

Pendant deux jours, plus de 2.000 participants (experts marocains et internationaux, décideurs publics, chercheurs et entrepreneurs) ont croisé leurs regards sur les défis technologiques, économiques et éthiques que soulève l’IA.

Le choix du lieu n’était pas anodin : l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) de Rabat, symbole d’innovation et de recherche appliquée, a servi d’épicentre à cette rencontre stratégique. Son initiative AI Movement a été d’ailleurs reconnue «Centre de catégorie II» par l’Unesco, le seul en Afrique, avec pour mission de faire du Maroc un pôle régional de transformation par l’intelligence artificielle.

Bref, au menu, conférences, panels, ateliers sectoriels et démonstrations de solutions marocaines dopées à l’IA. Le ton est donné dès l’ouverture : l’intelligence artificielle n’est plus un pari sur l’avenir, mais une priorité immédiate. Le Maroc entend jouer sa partition dans la redéfinition numérique du monde en misant sur une IA souveraine, éthique et inclusive.

Dans une allocution-vidéo, à l’ouverture, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a salué cette mobilisation comme le reflet d’une «volonté collective» de placer l’IA au cœur des politiques publiques. Il a appelé à construire une stratégie nationale ambitieuse, au service du développement humain durable.

Même message de la part d’Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique, qui insiste sur l’urgence d’adopter une vision intégrée de l’IA. «Ce n’est plus une technologie de demain, mais une force transformatrice de notre présent», affirme-t-elle. Pour elle, l’IA doit servir à moderniser les administrations et à refonder le lien entre l’État et ses citoyens.

Entre opportunités et éthique
Les promesses de l’intelligence artificielle sont considérables, mais les risques sont bien réels. Le ministère le reconnaît : biais algorithmiques, opacité des systèmes, déficit de compétences numériques dans le secteur public ou encore dématérialisation des décisions appellent une réponse sérieuse.

Un cadre réglementaire est en cours d’élaboration. Il reposera sur des principes clairs : transparence des algorithmes, droit à l’explication, possibilité d’opposition et, surtout, primauté de la conscience humaine.

Pour Martin Tisné, directeur d’IA Collaborative, l’intelligence artificielle ne peut se résumer à une technologie hors-sol. «Elle doit répondre aux besoins concrets des citoyens marocains. Cela suppose de partir des réalités du pays pour concevoir des solutions sur mesure», explique-t-il.

Il identifie trois priorités : la disponibilité de données de qualité, en arabe comme en français, la promotion d’une IA ouverte et accessible grâce à l’open source et, enfin, le développement d’une IA responsable, attentive à ses impacts sur la santé, l’éducation et l’équité sociale.

Dans ce nouvel ordre numérique mondial, le Maroc entend faire entendre sa voix. Hicham El Habti, président de l’UM6P, rappelle que la régulation de l’IA ne peut être le monopole des grandes puissances. «Il ne s’agit pas d’un geste symbolique. Il est stratégique que les pays du Sud participent à la définition des normes», souligne-t-il. Pour y parvenir, trois leviers sont identifiés : rigueur scientifique, approche interdisciplinaire et partenariats solides.

Une stratégie en quatre axes
L’un des objectifs centraux de ces Assises est de poser les bases d’une vision nationale, structurée autour de la souveraineté numérique, de la modernisation de l’action publique et d’un impact tangible pour les citoyens. Lors du premier panel, quatre grands axes stratégiques se dessinent : énergie, éducation, inclusion économique et mobilisation du secteur privé.

Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a mis en lumière l’interdépendance entre IA et systèmes énergétiques. Une IA performante suppose une infrastructure énergétique stable et durable, mais elle peut aussi contribuer à optimiser la gestion des ressources, notamment dans un pays engagé dans la transition vers les énergies renouvelables.

Du côté de l’éducation, Mohamed Saad Berrada, ministre de l’Éducation nationale, a reconnu que l’IA dans les écoles marocaines en est encore à ses balbutiements. Il évoque une phase «embryonnaire», mais nécessaire, qui pose les bases d’une future intégration pérenne dans les pratiques pédagogiques.

Dans cette dynamique, une initiative de grande ampleur a vu le jour en mars 2025: le Programme national de formation aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle, lancé par le ministère en partenariat avec plusieurs institutions clés, dont l’UM6P.

Ce dispositif inédit s’adresse aux enfants et adolescents et vise à les initier dès le plus jeune âge aux outils du numérique, à travers des ateliers pratiques autour de l’intelligence artificielle, de la programmation et des usages responsables du digital. En misant sur une approche inclusive, le programme ambitionne de toucher l’ensemble des régions du Royaume et de démocratiser les compétences du XXIe siècle.

Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, a insisté, lui, sur l’impératif d’accompagner les jeunes dans la compréhension et l’appropriation des technologies d’IA. Pour lui, l’enjeu est double : démocratiser l’accès à l’IA et en faire un moteur d’emplois et d’opportunités.

Enfin, Chakib Alj, président de la CGEM, a appelé le secteur privé à intensifier ses efforts pour former les talents de demain. Il plaide pour une refonte de la formation dans des secteurs clés, comme la santé et l’enseignement supérieur, et pour la création d’écoles spécialisées dédiées à l’IA.


Un cadre légal en préparation
Face aux défis posés par l’essor de l’intelligence artificielle, la responsabilité institutionnelle impose une réponse juridique et éthique forte. La ministre de la Transition numérique a annoncé la préparation d’un projet de loi sur la numérisation, en collaboration étroite avec les principaux acteurs de la confiance numérique, tels que la CNDP, la DGSSI, la DGSN et l’ADD.

L’objectif est clair : rétablir une confiance numérique durable, fondement essentiel de la relation entre le citoyen et l’administration dans l’ère de l’IA.

Ce projet de loi vise à encadrer l’intégration de l’intelligence artificielle dans les services publics en s’appuyant sur des principes fondamentaux. D’abord, la transparence des algorithmes administratifs : les administrations devront rendre explicite la logique de décision derrière les systèmes automatisés.

Ensuite, la garantie du droit à la compréhension et à l’objection : chaque citoyen devra pouvoir contester une décision prise par une IA. Enfin, une exigence éthique forte sera imposée, intégrant les notions de justice, d’équité et de non-discrimination, au-delà de la simple performance des modèles.

Plus qu’un texte législatif, cette loi entend poser les bases d’un véritable contrat social numérique. Il s’agit de redéfinir les rapports entre les citoyens, les institutions et les technologies, en plaçant l’humain et ses droits au cœur de la transformation digitale.