Souss-Massa : Entretien avec Karim Achengli, Président de la Chambre de commerce d’Agadir

«Un foncier disponible et assaini est indispensable pour attirer de nouveaux investisseurs».

Quel regard portez-vous sur le développement économique d’Agadir ?
A vrai dire, je suis partagé entre l’optimisme et le pessimisme. Au vu des atouts et des potentialités de la région à travers ses trois secteurs phares que sont l’agriculture, le tourisme et la pêche, on peut se poser la question de savoir pourquoi les chantiers n’avancent pas vite. Pourquoi la région ne se développe pas suffisament alors qu’elle dispose de fortes richesses naturelles. A mon avis, un des freins qui engendrent cette situation, c’est la lenteur administrative due à une régionalisation avancée pas encore véritablement effective. C’est là où le jeu du loobying des forces vives de la région est important pour faire bouger les choses. Toutefois, les nombreux projets liés au Plan d’accélération industriel (PAI), qui devraient être inaugurés dans les prochains mois et la future zone franche, sont suffisamment prometteurs pour aller de l’avant.

Le secteur du commerce souffre notamment de faibles retombées du tourisme. Comment redynamiser cette activité ?
Effectivement, le tourisme de masse que draine la destination ne profite pas véritablement au commerce dans la ville. Et si le secteur du tourisme qui est jusqu’à présent la colonne vertébrale de la cité n’est pas développé correctement, les activités dérivées ne pourront pas aller de l’avant. C’est incontournable, il faut redynamiser l’activité du tourisme de la ville pour apporter un nouveau souffle au commerce. Pour notre part, au niveau de la Chambre, on s’est engagé à accompagner les activités commerciales liées au tourisme dans le cadre d’une politique de labellisation. Il s’agit à travers le programme Rawaj de soutenir à l’aide d’une subvention la mise à niveau de commerces pour en faire des magasins plus attractifs. Plus de 200 commerces sont concernés par cette opération qui va s’étendre également aux taxis. Pour l’heure, la démarche de sensibilisation a généré une trentaine d’adhésions au programme.

Le développement industriel de la région est freiné par une insuffisance du foncier. Comment résoudre cette équation marquée par le phénomène de la spéculation ?
C’est un véritable point noir dans le développement industriel de la région. Nous disposons de deux grandes zones industrielles dans la périphérie du Grand Agadir: Tassila et Ait Melloul. La plus ancienne a été implantée depuis 1980. Aujourd’hui, il y a plus de 80 parcelles au niveau de la zone d’Ait Melloul qui ne sont pas valorisées. Des terrains de 5000 m² à 1 et 2 hectares sont entre les mains de spéculateurs. C’est une situation déplorable, mais il ne faut pas que cela bloque le développement industriel de la région. Il faut tirer les leçons de ces expériences et investir dans de nouvelles zones. Un foncier disponible et assaini est indispensable pour attirer de nouveaux investisseurs. Il est vrai que nous disposons de la nouvelle zone d’Oulad Teima mais elle est pour nombre d’industriels considérée trop loin du port. C’est une belle zone que nous pourrions orienter pour la transformation et la valorisation des produits agricoles car elle est à proximité des périmètres agricoles. Pour d’autres activités, une nouvelle zone est nécessaire et indispensable, car on se doit de mettre à disposition des investisseurs du PAI un foncier industriel. Dans ce sens, une nouvelle zone intégrée avec un cahier des charges maîtrisé est programmée près de la zone franche. Elle devrait générer 150 lots industriels environ commercialisés sous forme de location-vente ou en vente directe. Bien sûr, l’attribution ne se fera que sous engagement ferme de la part des affectataires de réaliser le projet d’investissement dans les délais impartis.

Où en est le projet de technopark que votre collectivité a lancé dans le cadre du Plan d’accélération industriel ?
Les gros œuvres sont quasiment achevés et les travaux de finition ne vont pas tarder à commencer. L’établissement devrait être prêt en avril 2020, et l’inauguration est programmée pour juillet de la même année. L’objectif est d’offrir aux jeunes diplômés porteurs de projet un espace durant 18 mois pour démarrer leur activité avec un encadrement administratif, juridique et fiscal. C’est un tremplin idéal pour les jeunes entrepreneurs.

Vous avez initié des partenariats à l’international. Où en sont ces échanges ?
Suite aux missions que notre collectivité a effectuées cette année dans le cadre de la coopération décentralisée que nous avons amorcé avec certaines régions du monde, nous attendons en retour nos partenaires. Nous devrons accueillir en septembre prochain une forte délégation de Rennes. En novembre, nous devrons recevoir une importante délégation de Bordeaux avec la présence effective du président de la région Aquitaine. Pour accompagner cette dynamique, nous avons mis en place au niveau de la Chambre de commerce une cellule dédiée à la coopération décentralisée et à l’accompagnement des investisseurs étrangers dans toutes leurs démarches. Nous mettons aussi à la disposition des investisseurs étrangers en prospection un bureau temporaire dans nos locaux, le temps qu’ils s’imprègnent de leur nouvel environnement.

Comment rendre Agadir et sa région plus attractives ?
C’est, en résumé, une mise à niveau de plusieurs composantes, tels qu’un foncier industriel disponible, une ville propre et intéressante, sécurisée, une extension urbanistique maîtrisée, avec une bonne qualité de vie, qui vont faire d’Agadir une localité plus attractive.

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