Pouvoirs
Rentrée politique : Gestion des urgences sur fond de réformes profondes
Encore une fois, le gouvernement devra gérer d’urgence les effets des récentes intempéries, tout en continuant à plancher sur les grands dossiers de réforme. Justice, santé, législation du travail, emploi…, la liste est longue.
C’est de l’histoire connue de tous. Le gouvernement a pris ses fonctions dans un contexte de crise économique mondiale. Une inflation galopante, une situation sociale difficile et une sécheresse qui s’installait. Sa deuxième rentrée politique, en 2022, a été impactée par les effets de feux de forêt dévastateurs dans la région de Larache. En 2023, un violent séisme frappe la région d’Al-Haouz. Aujourd’hui, c’est la zone de Tata qui est fortement touchée par des inondations. Les aléas sont décidément contre le gouvernement. Mais, manifestement, rien n’entame sa détermination à «aller de l’avant».
C’est d’ailleurs le credo qu’il fait sien, «aller de l’avant ensemble, pour continuer les réformes». Naturellement, comme ce fut le cas en 2022, l’année suivante ou encore cette année, un programme d’aide d’urgence aux zones sinistrées a été lancé. Ces zones sont d’ailleurs couvertes par le plan d’intervention de l’Andoza (Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier) dont l’une des composantes est justement la lutte contre les inondations et, plus généralement, les effets des changements climatiques. Dans les termes déclinés dans sa Vision 2030, cela se traduit par «le renforcement de la résilience des territoires et des écosystèmes face au changement climatique». La situation aurait sans doute été pire si ce n’est les mesures prises dans ce cadre.
N’empêche, la gestion de crise est pour ainsi dire devenue une routine dans l’action du gouvernement. Après tout, il a été mandaté pour cela. Mais quand ses adversaires de tout bord – il en compte principalement dans les deux extrémités de l’échiquier politique et même ailleurs – profitent de ces aléas conjoncturels pour le fustiger à tout bout de champ, c’est une tout autre histoire. Il fut un temps où le premier gouvernement d’alternance se plaignait des «poches de résistance». L’équipe actuellement aux commandes se contente de baisser la tête et de foncer. Elle fait en cela bien honneur à sa devise : «La légitimité de l’action». De toutes les manières, avec les chantiers ouverts et ceux qui ne l’ont pas encore été, le gouvernement ne pouvait pas faire autrement. Il y a un chantier social à finaliser, une réforme de la santé à boucler et une autre de la justice à parachever.
Le grain de sable dans les rouages
Dans tous les cas, la tâche n’est pas facile. Le projet de loi organique relatif à la grève, qui est éminemment le dossier de la rentrée politique et sociale, grince encore. Au moment où le gouvernement affirme qu’au terme de plusieurs réunions avec les partenaires sociaux, il répond favorablement à toutes les revendications, principalement syndicales, certaines centrales n’en continuent pas moins de le dénoncer et appellent à son retrait du circuit législatif. La réforme de la justice, avec deux textes dans le circuit législatif, le projet du Code de la procédure civile actuellement entre les mains des conseillers et le projet du Code de la procédure pénale qui vient d’être adopté en Conseil de gouvernement. C’est le premier texte qui manifestement n’est pas au goût des avocats, dont leur Association, qui regroupe les 17 barreaux, a mobilisé, en fin de la semaine dernière à Rabat des milliers de robes noires dans une «démonstration de leur force numérique». Un troisième texte, tout aussi polémique, est en cours d’élaboration, il s’agit du projet de loi portant réforme du Code pénal.
En matière de réforme de la santé, le problème des étudiants en médecine subsiste au moment où un nouveau projet de loi, relatif à la fusion de la CNOPS dans la CNSS, a mis en branle les syndicats de la fonction publique. Une rentrée sociale fort mouvementée donc, et ce, au moment où l’Exécutif continue inlassablement sa mission d’asseoir les fondements de l’État social. Dans la perspective des réformes fiscales, annoncées pour janvier 2025 dans le cadre du projet de Loi de finances, et qui devraient se traduire par une amélioration du pouvoir d’achat, principalement de la classe moyenne, le gouvernement vient de faire un geste, fort significatif, envers les parents d’élèves. Un geste qui est d’ailleurs passé inaperçu et qui consiste en l’exonération, en deux temps, des fournitures scolaires de la TVA à l’importation. La liste des articles exonérés compte désormais 36 produits.
La rentrée scolaire aujourd’hui, tout comme la réforme de la justice ou encore le PLF 2025 prochainement, suscite justement l’intérêt des groupes parlementaires de la majorité qui viennent d’acter leur rentrée politique. L’instance des présidents des groupes des partis de la majorité (RNI, PAM, Istiqlal, UC-MDS) s’est d’ailleurs longuement appesantie sur la situation de la jeunesse, le fléau de l’émigration clandestine et l’influence négative des réseaux sociaux sur cette tranche sociale. Elle a convoqué une réunion de la commission des secteurs sociaux, en présence des quatre titulaires des départements concernés (l’Emploi, la Solidarité sociale, l’Enseignement et la jeunesse) pour débattre des stratégies du gouvernement surtout en la matière. Une autre réunion est programmée avec le chef du gouvernement pour aborder les défis de la rentrée politique. L’année législative, qui s’ouvre dans deux semaines, s’annonce déjà très chargée.
La jeunesse donne le ton
Sur la scène politique, c’est la jeunesse qui donne le ton. Un ton qui contraste avec le malaise ambiant et un discours défaitiste et démoralisateur sur les réseaux sociaux. Des milliers de jeunes du RNI, représentants d’une organisation de jeunesse qui compte quelque 100.000 encartés, se sont retrouvés à Agadir, les 13 et 14 septembre, pour un débat intellectuel sur la démocratie sociale. Les débats ont également abordé des thématiques comme les chantiers de la protection sociale, la réforme de l’enseignement, les jeunes et l’identité nationale, l’investissement, ou encore le rôle des médias dans la société. Une semaine plus tard, ceux du PAM leur donnent la réplique, cette fois depuis Bouznika, abordant, eux aussi, des sujets d’actualité, comme la question de l’eau, la liberté d’expression à l’ère des nouvelles technologies, l’impact social de l’IA, ou encore la question amazighe. Tout cela dans un cadre de mobilisation et de formation dans la perspective des prochaines échéances de 2026.