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Archives LVE 1996. Trois scrutins en cinq mois
Il y a 30 ans, le référendum et les élections avaient lieu entre fin août 1996 et janvier 1997. Les dernières tentatives avaient pour but de décrisper la situation. Les partis s’étaient préparés à ces échéances… les islamistes aussi.
Le référendum constitutionnel n’aura finalement lieu qu’entre fin août et début septembre. La refonte des listes électorales et la préparation de la consultation exigeant 90 jours, selon le ministère de l’Intérieur.
Les élections générales auront lieu dans les quatre mois qui suivent. Politiquement, cette période pourrait être utilisée pour décrisper la situation, après la fin de non-recevoir des propositions de la Koutla. Mais sur le front syndical, la tendance est plutôt à la surchauffe. Les partis politiques de tous bords se préparent à un marathon électoral de fin d’année.
Les islamistes veulent intégrer le jeu politique et pourraient brouiller toutes les cartes.
Les quatre derniers mois de l’année verront le collège électoral appelé par trois fois aux urnes. Référendum, élections communales et législatives sont prévus entre fin août et début janvier 1997. Si les dates de tous les scrutins ont été rapprochées, c’est parce que le gouvernement a accédé à l’une des exigences des partis : celle de la refonte des listes électorales.
On se rappelle qu’en 1992, plusieurs irrégularités avaient été relevées, en particulier le phénomène du parachutage. Certains candidats avaient trouvé l’astuce pour être élus : se créer un collège électoral sur mesure. Et c’est ainsi qu’ils ont inscrit sur les listes de la circonscription où ils se présentent des centaines de personnes qui leur étaient acquises (…). Ce qui nous ramène à fin août.
Quant aux élections communales et législatives, elles seront organisées dans la foulée «sans précipitation, mais au courant de 1996», signale-t-on auprès du ministère de l’Intérieur.
L’annonce de l’échéancier a un peu perturbé les militants de l’opposition parlementaire. La manière dont a été présenté le mémorandum de la Koutla, d’après certaines confidences, laissait présager une «période de froid» (…). L’ensemble des partis politiques sont déjà à l’œuvre pour préparer les élections qui auront lieu, crispation ou pas.
À droite, le nouveau discours est à la recherche d’une certaine crédibilité. L’objectif numéro un est d’effacer l’image des partis fabriqués par l’Administration.
La tâche est cependant quasi insurmontable, ces partis n’étant ni structurés ni animés. Le schéma le plus courant est celui d’un chef entouré d’un groupe de fidèles, qui distribue les candidatures comme des prébendes.
La nouvelle donne fait que même dans ces partis, on ne s’attend plus ni au «coup de pouce» de l’Administration ni à la possibilité de pouvoir laisser les candidats se débrouiller via les parachutages d’électeurs ou l’achat de voix.
Les prochaines élections seront clean, tout le monde en est convaincu. Face à ces nouvelles données, plusieurs voix au sein de ces partis s’élèvent pour dire que l’enjeu est de se préparer à jouer un rôle dans l’opposition et qu’il faut donc se structurer en conséquence.
Au sein des partis de la Koutla, c’est le parti de l’Istiqlal qui a pris de l’avance. Ses dirigeants sillonnent le pays et tiennent meeting sur meeting. Forts des résultats des élections partielles, ils se positionnent comme le premier parti d’opposition.
Les négociations pour les candidatures communes seront rudes. Même si tous les militants de ces partis sont convaincus que seules des candidatures unitaires leur permettront d’assurer l’alternance par les urnes. L’élément qui risque de perturber tous les calculs est la donne islamiste.
Le courant intégriste fait feu de tout bois pour arracher son intégration au jeu politique. Abdelilah Benkirane, l’une des figures de proue de ce courant, a donné une interview à Mustapha Sehimi.
Il en ressort que, pour les intégristes, les réformes constitutionnelles n’ont qu’une importance relative, et qu’ils ne réclament aucune «atteinte aux prérogatives du Roi ». Le parti de l’Istiqlal et une partie de l’USFP sont courtisés : «Ils sont très proches de nous.»
Et le bouquet final, c’est que ce sont les islamistes marocains qui peuvent faire face aux extrémistes et éviter au Maroc une situation à l’algérienne, que les laïcs seraient en train de favoriser.
Ce discours très lisse est au service d’une stratégie d’intégration au jeu politique. D’autant plus que le même dirigeant intégriste déclare que l’opposition est responsable, parce qu’elle n’est qu’à moitié dans les institutions et qu’elle a refusé de prendre des responsabilités gouvernementales.
L’enjeu est énorme, mais il est clair que certains secteurs pensent que le meilleur moyen de contrôler les intégristes, c’est de les intégrer au jeu démocratique.
Et s’ils peuvent, en prime, gêner la Koutla, c’est encore mieux. L’été sera donc chaud et animé, et il faudra suivre les développements des prochaines semaines pour évaluer la volonté des uns et des autres de prendre un véritable nouveau départ. J. B.
