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Archives LVE 1996. Maroc-France : L’économie d’abord

Il y a 30 ans, les diplomaties marocaine et française avaient mis la dernière touche aux préparatifs de la visite royale des 6 et 7 mai à Paris. La coopération économique dominait les débats.

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Les rapports entre le Maroc et la France se sont réchauffés depuis l’arrivée au pouvoir de Jacques Chirac. Celui-ci avait tenu à réserver sa première sortie hors d’Europe à Rabat.

Depuis le Sommet de juillet 1995, pas moins de 12 visites ministérielles ont eu lieu, ponctuées le plus souvent par la signature d’accords bilatéraux. La visite royale a pour premier objectif de maintenir le rythme, selon l’expression d’un diplomate français. Tout irait-il pour le mieux ? Oui, mais avec des tonalités différentes entre les deux capitales.

L’une des principales «revendications» marocaines concerne la nature de la coopération recherchée. «On ne peut avoir une coopération économique, qu’elle soit publique ou privée, du niveau des liens politiques qui existent entre les deux pays, en utilisant les mêmes outils qu’il y a 20 ans».

Cette réflexion a déjà été présentée à la délégation française lors de la visite de M. Chirac à Rabat. En recevant une délégation de journalistes marocains à l’Élysée en octobre, le Président français avait déclaré : «Comprendre cette sensibilité marocaine et son bien-fondé.» Ilavait aussi soutenu que les technocrates des deux côtés s’attelaient à la mettre en œuvre.

Dans l’entourage de la délégation marocaine, on déclare ainsi «qu’il n’y aura pas de dossiers spécifiques, mais que l’on attend de la France une approche ambitieuse et novatrice, définissant des objectifs clairs à la coopération entre les deux pays».

C’est cependant sur le dossier de la dette que la partie marocaine attend de voir ce que l’Hexagone est prêt à faire comme effort.

La France est le premier créancier du Royaume et un allégement de la charge de la dette est de nature à diminuer les tensions budgétaires, même si le Maroc opte d’abord pour une transformation de celle-ci en investissements.

Les ministres de la délégation partent d’ailleurs avec des projets à proposer au privé français. Aménagement balnéaire, agro-industrie au Nord, etc. La présence d’Abderrahmane Saaidi est censée attirer l’intérêt des investisseurs hexagonaux pour le processus de privatisation auquel ils n’ont pas beaucoup participé jusqu’ici.

Du côté français, la tonalité est plutôt à l’autosatisfaction. En moins d’un an, plusieurs accords bilatéraux ont été signés. La visite de M. Jean Arthuis, ministre de l’Économie, avait débouché sur un accord portant sur une remise de dette de plus d’un milliard de francs.

La partie française met en avant ce qui a été réalisé, mais aussi l’appui de sa diplomatie au Maroc lors de la négociation des accords de pêche et d’association avec l’Union européenne. Elle ne s’attend donc pas à des initiatives spectaculaires, même si, dans toutes les conversations, un hommage est rendu au rôle du Maroc en Méditerranée.

Entre les ambitions marocaines et la satisfaction française, l’amitié qui lie les deux chefs d’État réussira-t-elle à dégager une ligne médiane ? Mais au-delà des sentiments, le Maroc a une belle carte à jouer : la politique.

L’importance de l’implication du Royaume en Méditerranée est soulignée avec insistance par la diplomatie française. Pôle de stabilité au Maghreb, le Maroc est aussi très influent dans le processus de paix au Machrek.

La France multiplie les tentatives pour jouer un rôle dans ce processus et a besoin de l’appui du Royaume pour réintégrer le jeu diplomatique dans la région. Perspective d’autant plus plausible que Jacques Chirac a été très offensif lors de la dernière crise libanaise, au point que Shimon Peres s’est arrêté à Paris mercredi après avoir signé un accord militaire avec Washington.

En retour, la diplomatie française s’active pour aider le Maroc à abriter un événement d’importance : Barcelone II, la réunion des pays des deux rives de la Méditerranée.

La France avait proposé que ce forum ait lieu au Maroc, lors du 1er trimestre de 1997 et que cette fois, il soit élevé au niveau des chefs d’État, alors que Barcelone I s’était tenu au niveau ministériel. En Europe, cette proposition a reçu beaucoup d’appuis.

Les résistances viennent de deux pays arabes: la Tunisie qui, comme d’habitude, essaye de tirer la couverture à elle et se propose pour accueillir l’événement, et la Syrie.

Damas s’y oppose pour des raisons politiques: elle ne veut pas d’une réunion de ce genre dans un pays du sud de la Mare Mostra tant que le processus de paix ne serait pas avancé. La Syrie avait déjà boycotté la conférence de Casablanca ainsi que celle de Barcelone pour les mêmes motifs.

Quoi qu’il en soit, le couple Paris-Rabat est remis en selle et la visite royale devrait lui permettre d’asseoir des relations de partenariat privilégié… en toute légalité.
La Vie Économique