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Archives LVE 1996. Lutte anti-contrebande : Nuances
Il y a 30 ans, alors que la population commençait à y croire, des ministres ont contesté en privé le «rendement» de la campagne d’assainissement.
«La contrebande est un fléau qu’il faut absolument enrayer, mais cela exige une véritable stratégie multiforme dont la répression n’est qu’un aspect à la limite mineur».
C’est ce qu’explique un ministre qui requiert l’anonymat, l’équipe gouvernementale respectant enfin des consignes de discrétion, qui viennent de lui être impérieusement réitérées.
Selon des sources concordantes cependant, le débat est ouvert au sein du gouvernement, mais sur des bases qui n’ont rien à voir avec les excès du maître Mohamed Ziane. Tous les ministres sont d’accord sur trois points :
• La nécessité d’assurer l’étanchéité des frontières.
• Le potentiel de sympathie créé par l’actuelle campagne et surtout les derniers développements mettant en cause de hauts dignitaires.
• L’impact tangible et rapide sur certains secteurs d’activité : c’est ainsi que pour la première fois depuis des années, les fabricants de pneumatiques ont reçu des commandes pour Tanger.
Nul ne conteste donc le principe même d’assainissement. Mais les critiques soulevées relèvent d’une autre approche, plus économique. «Si la contrebande reste lucrative, il y aura toujours des gens capables de prendre des risques», ajoute ce ministre.
La sentence est un peu trop rapide parce que le gouvernement a en fait débuté sa lutte anti-contrebande depuis…18 mois. C’est effectivement à ce moment-là que Mourad Chérif, ex-ministre des Finances, avait accepté de diminuer les droits de douane pour près de 500 produits parmi les plus exposés.
L’objectif était alors d’aligner les prix de revient de ces produits sur ceux des contrebandiers pour rendre le risque inintéressant.
La Loi de finances en cours a diminué les droits de douane pour un millier de familles de produits et la Charte des investissements a durablement érodé la contrebande en provenance de Nador.
Car elle exonère «toute pièce détachée et tout outillage». Or, ce sont les moteurs et les pièces détachées pour différents engins qui font le bonheur des contrebandiers du Rif.
Mieux, la campagne en cours a été «bordée» de mesures en faveur des régions de Nador. Une enveloppe de 200 millions deDH, mais aussi une série de projets :
• La zone franche de Tanger qui sera gérée de manière privée par la CDG et un groupe espagnol.
• Diverses zones industrielles.
• Le renforcement de l’Agence de développement du Nord grâce à l’aide internationale.
Ces vérités étant établies, il n’en reste pas moins que certaines appréhensions soulevées sont fondées.
La première concerne la situation aux ports. Les douaniers ébranlés font du zèle et les délais de sortie des marchandises qu’ils doivent contrôler deviennent incontrôlables.
La crainte est donc que les donneurs d’ordre se détournent du Maroc, au profit de pays concurrents. Mais il n’y a pas que la sous-traitance qui souffre, toute l’industrie pâtit de cette situation.
Car l’un des arguments pour attirer les investisseurs a toujours été la proximité avec ce marché traditionnel qu’est l’Europe. Or, en allongeant les délais de dédouanement, cet avantage comparatif présumé s’évapore.
Le comportement des douaniers suscite une certaine compréhension : ce corps a été lourdement touché et il est normal que des agents ayant pris peur deviennent tatillons, à la recherche de couverture systématiquement.
Or, si personne ne nie le degré de pourriture de ces services, il est aussi clair que la douane manque de moyens. Mille deux cents hommes pour cadenasser tout le territoire, c’est largement insuffisant.
Quant aux moyens informatiques, ils ne datent que de trois ans et seraient largement inadaptés. Le résultat est que l’un des moyens les plus usités par les contrebandiers est l’Admission temporaire.
Ce régime suspensif en douane est un encouragement aux exportateurs. Mais rares sont les exportateurs dont les états de stock sont conformes au sommier, c’est-à-dire aux registres de la douane.
Dès lors, il est difficile de contrôler avec exactitude ce qui a été réexporté ou non. Maintenant, dans les faits, il n’y a plus de douane au Maroc. Car maintenant que les deux derniers directeurs généraux sont inculpés et que ce corps est écimé, il est entièrement à reconstruire (…).

