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Archives 1996. Histoire du blé… indien

Il y a 30 ans, dernier épisode du dossier : la Fédération nationale des activités céréalières a tenté d’empêcher que le blé en question ne parte en fumée.

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Tout a commencé il y a un peu de deux mois, lorsque deux importateurs, Kraimi et Benzidia, ont décidé d’importer 44.000 tonnes de blé indien. Agissant pour le compte de l’ONICL, ces deux importateurs ignoraient qu’ils allaient essuyer les foudres d’un contrôle phytosanitaire rigoureux.

La direction de protection des végétaux, dépendant du ministère de l’Agriculture, a décelé dans les deux chargements de blé l’existence d’un champignon ravageur du nom de Liticia Indica.

Du coup, les 23.000 tonnes importées par Kraimi ont été mises en quarantaine à Jorf Lasfar, le reste ayant connu le même sort au port de Casablanca. Le ministère de l’Agriculture a décidé, de peur de condamner la prochaine récolte céréalière, d’incinérer le blé indien.

Cela a entraîné l’ire des deux importateurs. L’exportateur indien leur avait délivré un certificat phytosanitaire attestant que le blé était sain.

Une bataille procédurière allait être engagée. Et c’est la Fédération nationale des activités céréalières (FNAC), affiliée à la CGEM, qui devait hériter d’un dossier complexe.

Car il ne faut pas oublier qu’une trentaine de moulins avaient déjà payé pour un blé qui devait, après contrôle, être brûlé. Le président de la FNAC a dû faire preuve de tact pour éviter que les 7 millions de dollars, valeurs d’achat du blé, ne partent en fumée. Ghali Sebti a profité d’un déplacement à Malte au sein du GAFTA.

Le meilleur moyen pour résoudre la crise a été de trouver un acheteur. Mais pour ce faire, une expertise devait être organisée. Deux spécialistes ont été invités de Londres, il y a quatre semaines, pour analyser le blé indien et, partant, délivrer un certificat phytosanitaire portant une griffe de référence.

Le blé entreposé à Casablanca ne comprend que des poussières à champignon, alors que celui de Jorf Lasfar est infesté à 2 pour 1.000. En clair, le blé incriminé peut être écrasé par les minoteries sans risque pour la santé des citoyens, le degré d’infestation étant faible. Mais à condition que les moyens de transport soient décontaminés par la suite.

D’ailleurs, le champignon incriminé ne peut pas survivre à la température d’écrasement, qui est de l’ordre de 70 degrés.

Du pain sur la planche
Ces résultats n’allaient pas infléchir la position des pouvoirs publics. La FNAC a décidé de provoquer un appel d’offres international, au siège de la CGEM, à Casablanca, pour faciliter la réexportation des 44.000 tonnes. «C’est la solution du moindre mal», selon Ghali Sebti.

Avec la libéralisation de la filière céréalière, la profession ne veut pas envenimer les choses au point de rendre la destination Maroc à haut risque.
«Avec ce problème sur les bras, les chargeurs auraient pu majorer leurs prix dès qu’il s’agirait d’une transaction avec tout importateur marocain», signalent les professionnels.

L’appel d’offres a eu les effets escomptés, puisque Kraimi a réussi à vendre son blé à Tradigrain, un des gros chargeurs mondiaux, à 140 dollars la tonne. Quant à Benzidia, il a refusé une offre de 135 dollars au motif que le chargeur indien qui lui a vendu lui en proposait plus.

Selon cet opérateur, le chargeur indien devait ouvrir un accréditif pour cette opération, mais depuis, rien n’est intervenu. Au point que le ministère a réagi en ordonnant l’incinération graduelle du blé entreposé à Jorf Lasfar.

Le rythme des incinérations, tel qu’il a été défini par les autorités de tutelle, est de 2.000 tonnes par jour. Cette précipitation peut s’expliquer par deux facteurs. Prémunir le sol marocain contre toute infestation et permettre à la centrale thermique de l’ONE d’absorber le blé promis à la destruction.

En refusant de vendre, et donc de limiter les dégâts. Benzidia est aujourd’hui pris à la gorge. En un peu plus d’une semaine, il constatera que son blé est parti en fumée…
A.E.M