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Edito

«L’Âne juge» entre La Fontaine et Benkirane

Ce genre de discours déstructuré peut porter atteinte aux intérêts suprêmes du pays. Mais Benkirane n’en a cure : tout est bon pour faire du buzz, acte désespéré d’un influenceur pour récupérer son capital popularité.

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Flash-back sur scène politique : septembre 2013, le dimanche 22 précisément. Une image choquante avait fait le tour des médias classiques et des médias sociaux, à l’époque encore à leur balbutiement au Maroc.

Des ânes marchent aux côtés de manifestants protestant contre «la vie chère», avec des slogans anti-Abdelilah Benkirane, alors chef de gouvernement. Les mulets, innocentes bêtes, ne trouvaient rien à redire quant à leur habillage en bandeau flanqué du tic de langage mythique de Benkirane : «Fhemtini wela la !». Tu piges !!!

Benkirane avait à l’époque broyé du noir et fustigé celui qu’il jugeait responsable de cette «instrumentalisation malsaine de la rue» : Hamid Chabat, ancien secrétaire général du parti de l’Istiqlal, qui avait fait capoter la majorité gouvernementale quelques mois auparavant (et moins de 18 mois après sa formation) en se retirant de la coalition de la majorité.

Une manœuvre qui a été aussi inutile qu’incompréhensible : un coup de sabot dans le vide, comme on peut se permettre en politique. Mais c’est une autre histoire…

Revenons plutôt à l’équidé qui se retrouve à nouveau mêlé, malgré lui, à la politique par ce zaïm qui fait le vide autour de lui, pensant pouvoir faire cavalier seul. Abdelilah Benkirane, l’homme d’État qui a mal tourné, après douze ans d’âge en retraite dorée, voulait s’enivrer de sa verve à haranguer des foules qui ne suivent plus ses prêches.

Devant une salle à moitié vide, réservée par le syndicat affilié au parti à l’occasion du 1er Mai, le fqih de l’islam politique est monté crescendo sous la première salve d’applaudissements pour passer de «microbes» à «ânes».

Une insulte (traiter quelqu’un de «7mar» dans la rue peut conduire à une effusion de sang) à l’adresse de ceux qui taguent «Taza avant Gaza», sans doute pour titiller ce parti qui veut s’octroyer l’exclusivité de la défense de la cause palestinienne.

Les braillements de Benkirane sont encore plus graves quand il s’attaque à des chefs d’État, se permettant de juger leur position vis-à-vis de ce conflit au Proche-Orient. L’ancien chef du gouvernement est pourtant bien conscient que ce genre de discours déstructuré peut porter atteinte aux intérêts suprêmes du pays.

Il n’en a cure : tout est bon pour faire du buzz, acte désespéré d’un influenceur pour récupérer son capital popularité. Il faut comprendre le cheikh ! Il a tout tenté : affubler de «cheffaras» les politiques, qualifier de «salgout» les chanteurs…, autant monter dans l’injure pour espérer redorer sa djellaba.

Circonstance atténuante néanmoins à mettre à son actif: l’ancien chef de gouvernement a développé une allergie contre Taza. C’est dans cette ville qu’il a dû affronter le premier mécontentement populaire, dès le premier mois de son mandat en 2012.

Ses disciples médecins du PJD le certifient : son museau s’allonge à l’approche de Taza et ses oreilles s’étirent. «Selon ses goûts, juge la bête!», concluait le Renard à forte tête de la célèbre fable de La Fontaine «L’Âne juge». Tu piges ???