Chronique
Financer, c’est bien ! Commander, c’est mieux…
Passer d’une logique d’aide à une logique de résultat, où chaque dirham investi dans la TPME se traduit en contrat, en emploi et en croissance locale, c’est là que se joue le vrai tournant.
Le 11 novembre à Errachidia, loin des gros buildings et des bâtiments ministériels de Casablanca et de Rabat, le chef du gouvernement a choisi le Maroc profond pour donner le coup d’envoi d’un nouveau dispositif de soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME).
Le lieu n’a rien d’anodin. Il s’agit de s’adresser à ce Maroc périphérique, souvent laissé à la marge du développement, et de rappeler que le développement du pays ne peut réussir qu’à condition de réduire les fractures territoriales. Le signal est politique : Rompre avec le Maroc à deux vitesses, celui que le Roi avait dénoncé dans son discours du Trône.
Le principe de ce nouveau mécanisme est simple : l’État prend désormais à sa charge jusqu’à 30% du coût de l’investissement d’une entreprise, selon la taille du projet et la région d’implantation. Ce n’est plus un crédit à rembourser, garanti ou pas par l’État, mais une aide directe, un pari sur l’initiative privée.
C’est une manière pour la puissance publique de partager le risque avec l’entrepreneur et d’assumer son rôle de catalyseur économique. Derrière cette mesure, on devine l’ambition d’un État qui ne se contente plus de fixer le cadre ou de réguler, mais qui décide de mettre la main à la pâte, de s’impliquer dans la construction d’un tissu productif local, plus équilibré et plus résilient.
C’est un tournant important pour les TPME, qui représentent près de 90% du tissu économique national. Ces structures, souvent fragiles, manquent d’accès au financement et d’accompagnement.
L’aide annoncée leur offrira un souffle, enclenchera une première impulsion, mais elle ne saurait, à elle seule, enclencher une dynamique de long terme. Car une entreprise ne se développe pas grâce à une subvention. Et cela, on l’avait expérimenté plusieurs fois.
L’entreprise se développe parce qu’elle trouve un marché. La commande, c’est cela le vrai capital. Une subvention d’investissement allège le coût d’entrée. Mais une commande, elle, ouvre un marché. L’une donne des moyens, l’autre donne un avenir.
C’est d’ailleurs le secret des politiques les plus efficaces à l’international. En France, le programme des achats publics innovants permet à l’État de passer commande auprès de jeunes entreprises pour soutenir leur lancement.
Aux États-Unis, un programme appelé «SBIR» fonctionne sur la même logique : Financer la recherche et l’innovation par la commande publique plutôt que par la subvention.
Idem au Canada où l’État achète localement pour propulser ses PME sur le marché local et mondial. Partout, même dans les pays les plus libéraux, on a compris que le meilleur moyen d’aider les petites entreprises n’est pas de leur donner ou de leur prêter de l’argent, mais de leur donner du travail, un marché, une première commande…
Le Maroc gagnerait à s’inspirer de cette approche pragmatique. Allier la subvention à l’investissement, avec le soutien réel à l’activité par la commande. L’État peut amorcer ce mouvement, il en a les moyens. Mais le privé a aussi un rôle à jouer.
La CGEM s’est d’ailleurs engagée à participer à ce programme. Les grandes entreprises marocaines, publiques comme privées, doivent apprendre à faire confiance aux nouveaux entrants, à ouvrir leurs carnets de commandes, à intégrer les petites structures dans leurs chaînes de valeur.
C’est ainsi que se construit une économie de proximité, diversifiée, fondée sur la confiance et la collaboration plutôt que sur la dépendance aux aides.
En choisissant Errachidia, le gouvernement a voulu montrer que la croissance pouvait aussi naître loin des grands axes. Ce signal politique est fort, et il est accompagné de gros moyens que l’État injecte dans le capital des TPME.
Mais pour pérenniser le dispositif, et atteindre les résultats escomptés par cette nouvelle politique publique, il gagnerait à s’accompagner d’une véritable politique d’achat régional, capable de transformer les intentions en résultats tangibles.
Car financer, c’est soutenir. Commander, c’est activer. Et c’est peut-être là que se joue le vrai tournant, passer d’une logique d’aide à une logique de résultat, où chaque dirham investi dans la TPME se traduit en contrat, en emploi et en croissance locale.
