Chronique
Budget : La leçon française
La tenue des équilibres macroéconomiques n’est pas une simple question de chiffres. il s’agit d’un sujet sérieux, mettant en épreuve la stabilité sociale et politique d’un pays, sa prospérité économique et son image à l’international.
Ceux qui n’ont pas vécu le programme d’ajustement structurel imposé au Maroc au début des années 80 ont devant eux un nouveau cas d’école de ce que le laisser-aller budgétaire peut engendrer comme situations catastrophiques. Il nous vient contre toute attente de France, pays considéré comme une des grandes puissances économiques du monde.
Avec un déficit budgétaire qui dépassera cette année les 7%, l’État français risque le «shutdown», avec un projet de budget qui divise la classe politique, économique et les acteurs sociaux. Et risque même de faire tomber le gouvernement, nouvellement nommé, qui propose pour remédier à cette situation de faire des économies de 60 milliards d’euros en 2025 : 40 milliards de coupes budgétaires et 20 milliards de recettes supplémentaires.
Des chiffres qui donnent le tournis. Le montant des coupes proposées par le gouvernement Barnier équivaut, comparaison n’est pas raison, au budget global de l’État marocain. Et qui dit coupes, dit dégradation du service public et des prestations sociales, repli des investissements publics…
Un terrible coup de frein donné à l’économie, doublé d’une hausse des impôts sur les entreprises et la classe aisée pour générer les 20 milliards d’euros de recettes supplémentaires, à même de réduire le déficit à 5% dans une première étape.
Le pire, c’est que ce gouvernement, comme tout autre gouvernement qui se respecte, n’a pas vraiment le choix que de serrer la ceinture, quitte à pénaliser la croissance de son économie et le confort de sa population, pauvre, moyenne comme riche. En panne de majorité parlementaire, il est même prêt à risquer un saut dans l’inconnu en mettant en balance sa survie politique contre le vote du budget.
Nommé fin septembre, le gouvernement Barnier paie ainsi le prix de plusieurs années de laisser-faire budgétaire, pratiqué par ses prédécesseurs. Ou plutôt d’une certaine pensée économique que l’on retrouve également chez nous, au Maroc, qui estime que les équilibres budgétaires sont un simple mythe néolibéral qui vise à neutraliser l’État au profit du secteur privé, et que la dépense publique peut tout régler dans une économie.
Ce que le président Emmanuel Macron a bien résumé dans son fameux «quoi qu’il en coûte budgétaire». Un concept séduisant sur le papier, et qui était justifié pendant le Covid, cas de force majeur, mais qui devait être revu après la sortie de crise.
Un peu comme ce que nos argentiers de l’État ont fait à partir de 2022, en programmant une descente lente vers un déficit de 3% sur cinq ans. Une marque de sérieux budgétaire saluée par toutes les institutions mondiales, les agences de notation, les marchés financiers.
L’exact contraire de la situation française actuelle, où la crédibilité de tout un État est remise en cause : en interne, mais aussi auprès de ses partenaires internationaux, à commencer par les Européens, les marchés et les bailleurs de fonds. Le Premier ministre français évoque même une perte de prestige diplomatique de la France au sein du concert des nations.
C’est dire combien la tenue des équilibres macroéconomiques, politique que l’on a toujours reprochée à nos gouvernements depuis les années 1980, n’est pas une simple question de chiffres ou une barre de 3% fixée par des dirigeants occidentaux de manière aléatoire sur le coin d’une table.
Il s’agit d’un sujet sérieux, mettant en épreuve la stabilité sociale et politique d’un pays, sa prospérité économique et son image à l’international. Les Marocains l’ont appris à leurs dépens (et en paient toujours le prix) quand ils ont été obligés avec le PAS de réduire drastiquement les budgets de l’éducation, de la santé, limiter les investissements publics et faire profil bas devant leurs créanciers…
Le cas français est aujourd’hui là pour nous rafraîchir la mémoire, ne jamais oublier que notre souveraineté est un sujet trop important pour le confier à des théoriciens de l’économie, souvent brillants, charismatiques, beaux parleurs, mais déconnectés des réalités économiques et financières du monde actuel.
