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Pouvoirs

Communication gouvernementale : Une démarche axée «citoyen»

La récente sortie d’Aziz Akhannouch au «Café citoyen» sur invitation de l’ONG «Les Citoyens» vient clôturer la séquence de communication gouvernementale à mi-mandat dynamique, directe et plus proche du citoyen. Médias classiques et sociaux sont largement mis à profit. Analyse.

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On lui a souvent reproché son supposé «manque de communication». Pourtant, le chef du gouvernement tout comme les ministres ne manquent jamais de rendre compte publiquement de leurs activités. Les séances hebdomadaires du Parlement sont respectées autant que faire se peut. Aziz Akhannouch se fait une règle de ne jamais rater les rendez-vous mensuels des questions de politique générale devant les élus. De même, une conférence de presse est tenue au terme de chaque Conseil de gouvernement. Mais, manifestement, il en fallait plus.

Qu’à cela ne tienne. Le gouvernement a saisi l’occasion de la présentation de son bilan à mi-mandat pour surprendre tout le monde. Une approche de communication 360 où médias et réseaux sociaux ont été mis simultanément à profit pour éclairer l’opinion publique sur les réalisations concrètes du gouvernement en seulement 30 mois. Durant plusieurs semaines, l’équipe gouvernementale a occupé les plateaux télé, radios et médias digitaux. L’occasion pour chaque ministre de défendre aussi bien le travail gouvernemental que celui de son propre département. Une présence médiatique imposante et soutenue qui n’a pas man-qué de provoquer la grogne de l’opposition lors de sessions publiques au Parlement.

Un café avec les citoyens
Quelques jours plus tard, nouvelle surprise. Sur les réseaux sociaux, les membres du gouvernement exposent les résultats de leur département dans des mots clairs et des messages concis, à travers des capsules vidéos de quelques minutes chacune. Là encore, la stratégie de la com’ a fait son effet. Mais on n’était pas encore au bout de nos surprises. Six ministres et même le chef du gouvernement cèdent au jeu des questions-réponses, cette fois en direct avec de jeunes citoyens. Les «Cafés citoyens», une initiative de l’ONG «Citoyens», organisés dans plusieurs villes et même dans la campagne d’Al Haouz, où a été reçu le ministre de l’Agriculture, ont été l’occasion pour des citoyens, jeunes et moins jeunes, de poser leurs questions et partager leurs préoccupations.
Le débat est ouvert et les questions sont pertinentes. Elles reflètent les sujets d’intérêt des citoyens relevés lors d’une tournée dans 60 villes où des rencontres ont été organisées par l’ONG et ont réuni 5.000 citoyens dans les 12 régions.

Akhannouch se confie
«Au moment où nous sommes venus, nous avions déjà un programme élaboré sur la base des attentes des citoyens. Ces attentes, nous les connaissons pour les avoir recueillies sur le terrain, grâce aux sondages et dans le cadre de focus groups. Mais au moment de nous attaquer aux chantiers prioritaires que sont l’enseignement, la santé et l’emploi, nous nous sommes heurtés à un mur. Une autre réalité. Nous avions le choix, soit de faire comme nos prédécesseurs et jeter l’éponge ou alors foncer la tête baissée. Nous avons choisi la deuxième option même si les groupes de la majorité nous poussaient à tout laisser de côté et nous attaquer à l’inflation», a notamment confié Aziz Akhannouch lors de la dernière rencontre du «Café citoyen» à Fès.
L’inflation est passée et le gouvernement a eu raison de ne pas se laisser influencer par le discours de crise ambiant. Au con-traire, souligne Aziz Akhannouch : «Nous avons maintenu nos programmes, dans la santé et dans les secteurs sociaux en général». Résultat : le secteur de la santé a changé. Les hôpitaux publics n’ont rien à envier à ceux du secteur privé. C’est une autre forme de communication, par le «réalisé» et le concret. En d’autres termes, ce sont ces réalisations qui parlent pour l’Exécutif.
S’il est un message que le gouvernement a tenu à passer en filigrane, c’est que le pays a changé. «Le Maroc d’aujourd’hui est celui du Mondial 2030, celui de la construction automobile et de l’aéronautique, de la mobilité électrique, c’est celui qui donne leurs chances aux jeunes pour trouver leur chemin dans la vie, qui met tout en œuvre pour une transformation profonde de l’enseignement…», souligne Aziz Akhannouch.
L’Exécutif a décidé, sans négliger les canaux de communication traditionnels, d’aller directement vers les citoyens à l’occasion de ce mi-mandat, pour leur expliquer, en toute objectivité, sa vision, ses objectifs, ce qu’il a réussi à réaliser et ce qu’il n’a pas réussi à accomplir au premier coup. On l’aura compris, si la plupart des membres du gouvernement se sont montrés, au début, «peu bavards», c’est parce qu’ils souhaitaient sans doute pouvoir présenter, le moment venu, des réalisations.

Les champions des RS
Le gouvernement a su mettre à profit notamment les multiples avantages qu’offrent les réseaux sociaux, en plus des médias classiques, notamment une émission spéciale diffusée simultanément sur les deux chaînes de la télévision publique durant laquelle l’opinion publique marocaine a pu découvrir un chef du gouvernement confiant et déterminé, avec une vision claire et des objectifs bien tracés pour mener à bien les grands chantiers sociaux et économiques du pays.
Il est clair que dans sa stratégie de communication, le gouvernement veut surtout atteindre une nouvelle cible, le grand public et principalement les jeunes. D’où le choix des «reels» qui leur parlent le plus, donc des messages courts, chiffrés et percutants. Seulement, aussi efficace qu’il peut être, en termes d’audience et de ciblage, ce mode ne va certainement pas remplacer les canaux classiques de la communication gouvernementale que sont les médias et surtout le Parlement avec ses séances de questions orales et de questions de politique générale, prévues dans l’article 100 de la Constitution. Soit.
Le gouvernement a trouvé mieux. Il a combiné les deux. À partir des réponses de ses membres devant les élus, leurs services de com’ confectionnèrent des vidéos courtes qui reprennent les déclarations chocs et les chiffres pertinents. Certains départements, comme l’Industrie et le commerce, la transition énergétique, l’Équipement et l’eau ou encore la Transition numérique ont déjà une longueur d’avance dans cette technique.
Tout porte à croire que le gouvernement ne compte pas s’arrêter à ce stade. Sa nouvelle stratégie de com’ vient à peine d’être lancée.


Ces ministres qui osent
La plupart des ministres, sauf de rares exceptions, sont présents sur les réseaux sociaux. Mais pour leur écrasante majorité, leurs équipes se contentent de publier le compte rendu de leur activité. Deux ministres font toutefois exception, puisqu’il n’est pas rare qu’ils expriment leur opinion et leur point de vue sur certaines questions d’actualité qui concernent leur domaine. Le ministre de l’Industrie et sa consœur chargée de la Transition énergétique. Paradoxalement, le porte-parole du gouvernement est moins présent sur les réseaux sociaux et sur la scène publique. Ses interventions publiques se limitent le plus souvent à la rituelle conférence de presse hebdomadaire organisée à l’issue de la réunion du Conseil de gouvernement.