Influences
Caftan : Un quart de siècle à couper le souffle… et le tissu !
Caftan Week 2025 a embrasé Marrakech d’un glamour féroce. Au Palais Badii, soies aériennes, broderies sulfureuses et coupes élégantes ont sculpté des silhouettes divines. Un choc so chic ! On y était, on vous raconte.
Samedi 10 mai. Marrakech s’épanouit dans la nuit claire, et la 25e édition de Caftan Week déroule son catwalk de rêves tissés. Thème de l’année : «Sahara, héritage en couture».
Un quart de siècle d’élégance, de transmission, d’audace, célébré dans un défilé qui a fait trembler les murs du Palais Badii. Loin d’être un simple habit, le caftan est ici une révolution, une affirmation, une caresse de soie sur la peau du temps.
Les fruits ? Oh, chérie, ils ont pulvérisé la promesse des fleurs, dans un éclat de chic féroce, de glamour sans strass et de fantaisie qui vous foudroie le cœur.
Des fils d’hier aux feux d’aujourd’hui
Il était une fois un caftan, armure masculine, toge austère qui, des siècles durant, a corseté la femme dans des étoffes informes. Souvenez-vous de cette vieille complainte de Sami Al Maghribi, où un amant, torturé par un bouton défait, doutait de sa belle.
Qu’aurait-il pensé face aux créations d’Imane Bamouss, Sara Hilali ou Amal Belcaid ? Ces caftans-là, sculptés comme des poèmes, osent tout : ils dévoilent, ils célèbrent, ils enivrent.
Depuis les années 70, la grande Tamy Tazy, prêtresse iconoclaste, a dynamité les codes, jetant des broderies lumineuses et des coupes sensuelles dans l’arène. Une hérésie ? Non, une renaissance. Le caftan s’est fait femme, épousant ses courbes, exaltant sa puissance. Comme l’écrit Rachida Alaoui, «il se porte près du corps, souligne la silhouette, richement travaillé dans le moindre détail»…
Soit ! Ce soir, deux heures avant le show, une marée humaine – élégante, bien née, cravates impeccables et caftans somptueux – inonde les lieux. Diplomates, créateurs, stars des podiums, journalistes à l’affût: tous sont venus humer l’air du temps et dévorer des yeux cet art de vivre qu’est le caftan. Toni Breiss, scénographe au génie indomptable, a métamorphosé l’espace en un désert onirique.
Dans la nuit, les vestiges du «palais de l’incomparable», autrefois théâtre d’un luxe sans égal sous le caprice d’un sultan, se fondent en une myriade d’ombres mouvantes, subtilement éclairées par une douce lumière.
Soudain, le noir. Un silence électrique. Une clameur fuse. La musique s’élève, et une silhouette émerge, flottant dans un halo. Le caftan, détail par détail, se révèle: un éclat de génie. Le public, hypnotisé, explose en applaudissements. Chaque silhouette qui surgissait était un mirage: crêpes de soie aériennes, velours profonds, broderies d’or qui dansent comme des flammes.
Entre l’ancestral et l’ultramoderne
Quatorze stylistes, quatorze coups d’éclat, une constellation de génies marocains qui redessinent le caftan avec un culot chic et une grâce féroce. Zainab Fatihi Aderrab, en alchimiste des étoffes, tresse des caftans où le Maroc ancestral flirte avec une modernité sulfureuse, chaque broderie scintillant comme une promesse d’éternité.
Imane Bamouss, amazighe jusqu’au bout des aiguilles, fait rugir des coupes franches et des couleurs qui hurlent la liberté du désert. Sara Hilali, funambule des ciseaux, dompte des tissus nobles avec une précision de joaillier, pendant qu’Amal Belcaid, fille d’une muse, fait danser des fils d’or patinés et des gemmes qui capturent la lumière, ses créations osant même fouler les podiums new-yorkais.
Asmaa Naji, imprégnée du terz rbati et des fastes fassis, ressuscite un beldi qui défie le temps, tandis qu’Amal Soussi Aouad, impératrice du Souss, ensorcelle par des lignes si parfaites qu’elles semblent taillées dans un bloc de marbre. Amina Boussayri, bercée par les échos d’Al-Andalus et les ruelles de Meknès, fait vibrer l’âme du caftan avec une élégance presque sacrée. Hind Lamtiri, héritière d’un savoir ancestral, pose des perles comme on murmure des poèmes, chaque détail une caresse.
Houda Larini, torche tangéroise, et Imane Tadlaoui, prêtresse de la soie, réinventent la sophistication avec une audace qui frôle l’insolence.
Siham Elhabti, souveraine du glamour éternel, et Hind Iraqui, nourrie à Fès et trempée dans l’avant-garde espagnole, osent des textures qui réécrivent les lois du possible. Miriam Aziz, néerlando-marocaine, injecte une fraîcheur globe-trotteuse, et Selma Senaoui, étoile filante de la nouvelle garde, dynamite la couture avec une énergie qui fait trembler les conventions.
Les modèles ? Une symphonie de fluidité, jouant des ocres brûlants, des ors solaires, des bleus d’infini. Plissés aériens, superpositions audacieuses, transparences calculées : chaque pièce est un sortilège. Les mannequins, sculpturales, glissent comme des panthères, leurs mensurations parfaites sublimées par des bijoux en or, des colliers de pierres fines, des passementeries qui frôlent la peau, ouf !
À 22h, rideau. Les spectateurs, repus d’éblouissement, titubent, ivres de beauté. L’organisation, millimétrée, la scénographie, ensorcelante, la sonorisation, cristalline : tout a conspiré à l’extase. Caftan Week 2025 n’a pas seulement célébré une tunique, elle a fait vibrer l’âme marocaine, sa mouvance mutante, son audace insolente. C’était plus qu’un défilé : un orgasme esthétique.
