Start-Up
Guichet.ma : Faire sauter les files d’attente
Partie d’une solution de billetterie en ligne, la jeune pousse ambitionne désormais de devenir une véritable super-app
des loisirs et de l’infrastructure numérique des sorties culturelles et sportives à l’échelle africaine.
Un concert complet en quelques heures, des milliers de billets scannés via smartphone et des organisateurs capables de suivre leurs ventes en temps réel : derrière cette fluidité désormais familière pour le public marocain se joue une transformation silencieuse de l’économie du divertissement. Au cœur de cette mutation, une plateforme s’est progressivement imposée comme un acteur structurant : Guichet.ma.
Née à Casablanca, la start-up dépasse aujourd’hui son statut initial de site de billetterie pour revendiquer une ambition bien plus large : devenir l’infrastructure numérique des sorties et loisirs en Afrique.
L’histoire commence loin des pitchs et des levées de fonds. Avant d’entreprendre, Ahmed Tawfik Moulnakhla, DG de Guichet.ma, évoluait dans la transformation digitale du secteur sportif. Il y observe les limites d’un système encore largement manuel.
«Avant de lancer Guichet.ma, j’étais responsable digital dans le secteur sportif pendant trois ans. Cette expérience m’a permis d’identifier plusieurs dysfonctionnements, notamment autour de la gestion des événements et de la billetterie», explique-t-il.
Le déclic survient lors d’un match de Ligue des Champions africaine, marqué par des difficultés organisationnelles. La première version bêta voit le jour en mars 2018, avant la création officielle de l’entreprise en 2019. Depuis, la plateforme n’a cessé d’évoluer, portée par une conviction : digitaliser un marché encore fragmenté.
De la billetterie à la super-app
Au fil des années, l’entreprise élargit son périmètre. Concerts, spectacles, événements sportifs ou culturels : Guichet.ma devient progressivement un point d’entrée unique pour les sorties.
Mais son dirigeant refuse l’étiquette réductrice de plateforme de ticketing.
«Nous ne sommes pas une simple plateforme de billetterie, mais une super-app du divertissement», affirme-t-il.
L’ambition est claire : centraliser toute l’expérience utilisateur.
«Si quelqu’un veut sortir, assister à un match, aller au cinéma ou découvrir une activité de loisirs, tout doit être accessible depuis une seule application», précise-t-il
Cette vision explique les investissements continus dans la technologie, développée intégralement en interne par des équipes marocaines, notamment autour de la data et de l’intelligence artificielle.
Depuis sa création, la start-up revendique plus de 2,5 millions de billets vendus et un volume d’affaires cumulé dépassant 217 MDH.
La base utilisateurs a connu une progression spectaculaire : de 10.000 utilisateurs en 2019 à plus de 1,2 million aujourd’hui. Pour Moulnakhla, la valeur dépasse la transaction. «Le volume de billets vendus reste un indicateur clé, mais la donnée utilisateur est tout aussi essentielle».
Chaque achat permet de mieux comprendre les préférences culturelles du public et d’affiner les recommandations. La plateforme devient ainsi un outil marketing pour les producteurs d’événements, contribuant à professionnaliser un secteur longtemps informel.
Un modèle entre croissance et rentabilité
Contrairement à de nombreuses start-up focalisées sur l’hypercroissance, Guichet.ma revendique un équilibre financier. L’entreprise affiche près de 94 MDH de chiffre d’affaires en 2022, avec une rentabilité déjà atteinte.
«Nous avons toujours réinvesti nos ressources dans la croissance plutôt que de conserver la trésorerie. Mais nous avons aussi travaillé à bâtir un modèle économique solide capable d’assurer croissance et rentabilité», ajoute la même source.
Cet équilibre attire l’attention des investisseurs institutionnels, notamment CDG Invest via le programme 212 Founders, marquant une étape clé dans la structuration de l’entreprise.
Aujourd’hui, forte de 36 collaborateurs répartis entre le Maroc et le Sénégal, la start-up accélère son expansion régionale, avec des opérations couvrant déjà la Côte d’Ivoire, la Guinée ou le Gabon.
«L’Afrique constitue aujourd’hui notre priorité stratégique. Nous voulons devenir l’agenda culturel et sportif digital de référence», souligne le dirigeant.
Le potentiel est considérable. Dans plusieurs pays africains, la demande culturelle progresse rapidement, tandis que les infrastructures numériques restent en construction, un terrain favorable pour une solution conçue dès l’origine pour les marchés émergents.

