Territoires
Sahara : Source inespérée de l’énergie verte
En neuf ans, non seulement le Nouveau modèle de développement a comblé le déficit en infrastructures, santé et enseignement, mais aussi les trois régions s’apprêtent à connaître un décollage économique inédit. En plus des fonds nationaux, les futurs investissements français et émiratis vont changer leur visage.
Il y a quelques jours, des chiffres fort significatifs ont été annoncés officiellement. Le ministre de l’Agriculture a ainsi indiqué l’objectif de dessalement d’eau de mer, soit 1,7 milliard de mètres cubes par an.
L’annonce a été faite avant la signature d’un accord avec le groupe français Veolia pour la construction de la deuxième plus grande station de dessalement au monde, au Maroc, avec une production de 300 Mm3 par an.
À titre de comparaison, et c’est le département de l’eau qui l’affirme, les besoins annuels en eau potable pour l’ensemble du Maroc s’élèvent à 1,7 milliard de mètres cubes. Un autre chiffre, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique du Maroc devrait atteindre les 56% en 2027, dépassant ainsi l’objectif de 52% fixé pour l’année 2030.
Plus encore, le Français STOA et FM6I créent un véhicule d’investissement doté de 3 milliards de dirhams dédié aux domaines de l’eau, de l’énergie et du transport, avec un objectif de 30 milliards de dirhams d’investissements.
Trois éléments à retenir dans ces chiffres.
Énergie décarbonée, transport de l’électricité et eau dessalée, donc non conventionnelle. Mis ensemble, cela donne de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert et ainsi de l’énergie propre. Ce dont l’Europe a le plus besoin aujourd’hui pour maintenir son niveau de développement économique.
En d’autres termes, les principales économies de l’Union européenne, l’Allemagne en premier, mais aussi la France et l’Italie, se sont tournées complètement vers le Maroc pour se fournir, à l’avenir, en énergie, propre de surcroît, produite principalement dans nos provinces du Sud. Voilà.
Le trio gagnant
Notre Sahara est en train de se transformer non seulement en une centrale électrique pour l’Europe, mais également en pompe à essence. Le Moyen-Orient, en termes d’énergie, est à portée de main aussi bien du point de vue géographique que d’intégration économique.
Mis à part le projet britannique Xlinks, en cours, cet «accord préliminaire» signé également dans le sillage de la visite du président français au Maroc, entre TotalEnergies et le gouvernement, est un début de cette révolution énergétique qu’incarnent désormais les provinces du Sud.
Il porte sur une production de départ de 1 GW d’énergies renouvelables, éolienne et solaire, dans le cadre d’un projet plus ambitieux d’un total de 11 milliards de dollars d’investissements. Cette première phase du projet, situé dans la région de Guelmim-Oued-Noun, à Chbika plus précisément, une fois opérationnelle, produira 200.000 tonnes d’ammoniac par an pour l’exportation vers l’Europe.
Du carburant propre, garanti et facilement accessible de surcroît. En effet, le 24 octobre, le chef du gouvernement avait organisé une réunion avec le comité de pilotage chargé de «l’Offre Maroc» en matière d’hydrogène vert, au cours de laquelle il a été procédé à la présélection d’une série de projets, une quarantaine au total, couvrant essentiellement les trois régions des provinces du sud du Royaume.
Cela dit, après Guelmim-Oued Noun, à Laâyoune cette fois, on retrouve la même combinaison dans un projet colossal mené par OCP. Le géant marocain des phosphates prévoit ainsi de produire 1 million de tonnes d’ammoniac vert à l’horizon 2027 et 3,2 millions de tonnes d’ici 2032, dans un complexe industriel situé dans l’axe Boucraâ-Laâyoune-Tarfaya.
Pour ce faire, le groupe OCP va construire une usine d’électrolyseurs d’hydrogène, un complexe de production d’ammoniac vert d’une capacité de 1 million de tonnes, une station de dessalement de l’eau de mer de 60 millions de m3, ainsi qu’une ferme solaire photovoltaïque (1,2 GW) et un parc éolien (2,6 GW).
Le Dubaï de l’Afrique
Plus au Sud, à Dakhla, qui a une autre vocation, la combinaison dessalement/énergies propres est déjà mise en route, dans un projet mené en partenariat avec le marocain Nareva et le français Engie, mais pour une tout autre utilisation : l’irrigation mais aussi l’eau potable. Il n’en reste pas moins que la région s’apprête, elle aussi, à devenir un pôle énergétique.
L’un des contrats signés également à l’occasion de la visite du chef d’État français dans notre pays porte sur la production du e-fuel. Du carburant produit grâce aux énergies renouvelables qui sera utilisé principalement dans le transport maritime.
Un choix évident, puisque le port Dakhla Atlantique sera la future porte de l’Afrique, dont les travaux de réalisation avancent à une cadence soutenue, jour et nuit, pour une entrée en service en 2028.
Tourisme, commerce international, énergie…, la combinaison des investissements français et émiratis, avec le projet d’aménagement et le développement du projet intégré «Dakhla Gateway to Africa», le projet aéroportuaire «Dakhla Hub» et les projets prévus dans le domaine du tourisme et de l’immobilier aussi bien à Dakhla qu’à Tarfaya, attendus dans cette région, vont en faire sans doute un nouveau Dubaï. Même plus.
Et dire qu’il y a moins d’une vingtaine d’années, on peut encore le lire sur un site développé par le Corcas, en 2007, l’économie des trois régions était «basée sur les pêches artisanale et hauturière ainsi que les industries agroalimentaires de transformation des produits de la pêche».
À l’époque, la région offrait également «un fort potentiel agricole et un climat propice à certaines cultures sous serre». Voilà tout ce que l’on pouvait espérer de son développement. Mais cela c’était avant.
Avant le Nouveau modèle de développement des provinces du Sud, lui-même focalisé sur la mise à niveau des infrastructures, de la santé et l’enseignement, n’ayant pas intégré pleinement la nouvelle réalité de ces trois régions.
C’est donc un nouveau cap de développement que ces régions s’apprêtent à franchir. Une évolution qui n’a a priori pas été prévue, ou du moins explicitée, il y a près d’une dizaine d’années, en 2015.
Mais il n’en demeure pas moins que c’est grâce aux infrastructures et aux programmes d’action dans différents domaines, tracés par ce plan de développement, qu’aujourd’hui ces régions peuvent facilement, et surtout rapidement, franchir ce palier.
Nouveau modèle de développement
Le modèle de développement a ciblé tous les secteurs économiques, sociaux et environnementaux auxquels il a été initialement alloué un montant global de 77milliards de dirhams avant de le porter à 87milliards de dirhams.
Ce plan est destiné à financer plus de 600 projets, parmi lesquels se trouvent des projets structurants comme la voie express Tiznit-Dakhla, le port de pêche de Dakhla et le dessalement de l’eau de mer.
Concrètement, près de la moitié de ces projets ont été achevés selon le bilan réalisé à fin mai 2024. Dans le détail, il s’agit de 320 projets déjà réalisés pour un coût global de 22 milliards de dirhams, alors que 201 autres projets sont en cours de réalisation pour une enveloppe totale frôlant 50 milliards de dirhams.
