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Territoires

« La réforme de la loi sur la régionalisation apporte des avancées majeures »

Régionalisation avancée, gouvernance territoriale, succession à la tête du RNI… la présidente de l’Association des régions du Maroc livre sa lecture des réformes actuelles et met en avant les transformations structurelles que connaît la région Guelmim-Oued Noun dont elle préside le Conseil.

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Guelmim-Oued Noun connait des transformations majeures. La présidente du Conseil régional revient sur les principaux projets structurants réalisés ou en cours de réalisation, notamment les infrastructures routières, portuaires, hospitalières et hydriques, qui redessinent progressivement le paysage économique et social du territoire.

Dans cet entretien, elle aborde également les ambitions stratégiques de la région, en particulier son positionnement comme futur pôle mondial de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables.

Les enjeux de la régionalisation avancée, de la gouvernance territoriale et de la déconcentration administrative sont également des sujets débattus avec la présidente de l’Association des régions.

Quel regard portez-vous sur le chantier de la régionalisation avancée au Maroc et sur la réforme en cours ?
La régionalisation avancée est considérée comme l’un des plus grands chantiers stratégiques du Royaume. Elle repose sur une logique démocratique favorisant la responsabilisation des élus locaux et le transfert de compétences vers les territoires.

Cette démarche s’appuie sur une gouvernance participative à travers des instances consultatives régionales qui contribuent à l’élaboration des politiques publiques locales.

Après une décennie d’application, l’expérience montre que les régions sont capables de piloter des projets structurants et d’agir avec davantage de proximité et d’efficacité.

S’agissant de la réforme en cours, une satisfaction globale se dégage parmi les présidents de région concernant ses avancées. Elle apporte des éléments essentiels qui découlent d’abord des discours de Sa Majesté le Roi mais aussi des recommandations des Assises nationales de la régionalisation avancée. L’un des sujets importants, par exemple, est le financement: nous passons d’un minimum de 10 à 12 milliards de transferts vers les régions.

Ça nous fait tout de même une rallonge de 20% sur le prochain budget, qu’on votera au mois d’octobre. Cette évolution nous réconforte, car elle représente un levier important pour renforcer les capacités d’investissement des collectivités territoriales.

Il y a aussi l’aspect de gouvernance avec la transformation des AREP en sociétés anonymes ?
C’est effectivement un autre point important de cette réforme. L’Agence régionale d’exécution des projets (AREP) est une expérience qui a déjà fait ses preuves et qui doit aujourd’hui monter en puissance. Dans le cas de la région Guelmim-Oued Noun, l’AREP existe depuis 2019, mais n’est devenue opérationnelle qu’en 2023.

En moins de trois ans, nous avons pu recruter et constituer une bonne équipe qui gagne en performances et en compétences. C’est une équipe qui a pris en charge quasiment 90% des grands projets de la région. Toutefois, son statut d’établissement public limite parfois sa flexibilité. La transformation des AREP en Sociétés de développement régional (SDR) permettra d’assouplir leur gestion grâce à un cadre juridique plus adapté et une gouvernance élargie intégrant l’ensemble de l’écosystème régional.

Quid de la déconcentration et de la décentralisation administratives, les deux piliers de la régionalisation avancée ?
Pour la décentralisation, je pense que nous sommes sur la bonne voie : des prérogatives ont été effectivement accordées aux conseils régionaux. Il y a une belle interaction qui doit désormais intervenir entre les différents conseils provinciaux et communaux, qui ont aussi d’autres prérogatives et qui sont beaucoup plus proches du terrain.

S’agissant de la déconcentration, elle ne va malheureusement pas au même rythme. Pour le cas de Guelmim par exemple, il n’est pas normal d’avoir une asymétrie institutionnelle. Il y a aujourd’hui des départements ministériels qui n’ont pas encore de direction régionale. De plus, les responsables régionaux manquent encore de marges de décision suffisantes concernant les budgets et les projets.

Une accélération de la déconcentration apparaît donc nécessaire afin de renforcer l’efficacité de l’action publique territoriale. Je pense donc que la déconcentration reste un chantier qui avance de manière très timide, car peut-être mal compris. Il va falloir beaucoup plus de courage politique pour aller plus vite dans la déconcentration.

Quel regard portez-vous sur la succession à la tête de votre parti le RNI et du bilan d’Aziz Akhannouch ?
Tout le monde le reconnaît : Aziz Akhannouch a révolutionné le Rassemblement national des indépendants. Dès son premier mandat, il a réussi à renforcer notre structure partisane, notamment avec la création des organisations parallèles pour les femmes, les jeunes, les professeurs universitaires, les différents métiers…

De par son profil, son expérience et son engagement, Aziz Akhannouch a pu insuffler une nouvelle dynamique à l’action partisane, qui est désormais une action continue et non pas limitée à la période des élections. Il a fait la démonstration concrète de ce que pourrait faire un parti pour le pays en termes de développement économique et social, comme le prouvent les réalisations du gouvernement qu’il a dirigé durant cette législature.

Son action en tant que chef de gouvernement et chef de la majorité a été de nature à réconcilier les Marocains avec la politique, puisque ce gouvernement a pu tenir ses promesses et ses engagements envers les citoyens.

Je pense donc que le double mandat de Aziz Akhannouch a marqué le RNI et restera à jamais gravé dans l’histoire du parti. Son successeur, Mohamed Chaouki, à qui je souhaite tout le succès dans sa mission, peut être heureux d’hériter d’un parti qui a des bases solides. Et à mon humble avis, le mandat de Chaouki s’inscrit et s’inscrira dans la continuité.

Parlons de la région Guelmim-Oued Noun dont vous êtes la présidente. Comment a-t-elle évolué durant cette dernière décennie ?
La région de Guelmim-Oued Noun a connu une transformation majeure grâce au nouveau modèle de développement des provinces du Sud, lancé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ce programme, officialisé en 2016 à Dakhla, a mobilisé près de 77 milliards de dirhams pour les provinces du Sud, dont environ 10 milliards de dirhams destinés à la région.

Parmi les réalisations phares figurent la voie express Tiznit-Dakhla, achevée récemment et devenue un levier essentiel de développement économique et social, ainsi que le barrage de Fask, doté d’une capacité de plus de 80 millions de mètres cubes.

La région a également bénéficié de la modernisation de l’aéroport de Guelmim, du renforcement des infrastructures portuaires à Tan-Tan et Sidi Ifni, ainsi que de projets hospitaliers structurants, notamment la construction d’un CHU et la mise à niveau des établissements de santé existants.

Où en est l’exécution de votre Plan de développement régional (PDR) ?
Le premier Plan de développement régional a donné naissance à un contrat-programme couvrant la période 2021-2023, comprenant une trentaine de projets représentant plus de 5 milliards de dirhams d’investissements.

Ces projets visent principalement à renforcer les infrastructures et le potentiel économique de la région. Le PDR 2022-2027 adopte, quant à lui, une vision à long terme fondée sur les énergies renouvelables et l’ambition de faire de Guelmim-Oued Noun une capitale mondiale de l’hydrogène vert.

Ce programme repose sur trois axes : le rattrapage en matière d’infrastructures et de formation, la préparation du territoire à accueillir de grands projets économiques et, enfin, la transformation économique créatrice d’emplois durables. L’enveloppe globale du PDR 2022-2027 est estimée à près de 11,9 milliards de dirhams, avec un taux de contractualisation dépassant déjà les 80 %.

Quels sont les projets emblématiques portés par la région ?
La région déploie plusieurs projets structurants visant à améliorer la qualité de vie des habitants et renforcer l’attractivité du territoire. Parmi eux figure un vaste programme de mise à niveau urbaine doté d’un budget de 1,2 milliard de dirhams.

La question de l’eau constitue également une priorité majeure avec des investissements dépassant les 800 millions de dirhams pour la construction et la réhabilitation des barrages, ainsi que plus de 131 millions de dirhams destinés à l’alimentation en eau potable.

La région a également signé des conventions importantes avec les ministères de l’Équipement, de la Santé et de l’Éducation nationale, afin d’améliorer le réseau routier, renforcer l’offre de soins et généraliser les écoles d’excellence.

Quels grands projets liés à l’hydrogène vert sont actuellement en préparation ?
Plusieurs investissements majeurs sont en cours dans le secteur de l’hydrogène vert. Parmi eux figure le projet porté par TotalEnergies et des fonds d’investissement allemands, signé devant Sa Majesté le Roi.

D’autres projets stratégiques concernent notamment une unité de production de polysilicium à Tan-Tan ainsi que plusieurs investissements en cours de contractualisation. La région devrait accueillir à terme plusieurs projets géants représentant des milliards de dollars.

Cependant, le principal défi reste aujourd’hui le développement de projets de taille moyenne et de petites initiatives capables de générer rapidement de l’emploi local.

Quid du projet Gon H2 Valley ?
Comme j’ai dit, la région ambitionne de devenir une référence mondiale dans le domaine de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables. Dans cette perspective, le projet Gon H2 Valley sera implanté dans la zone d’activité économique de Tan-Tan.

Des discussions sont actuellement en cours avec des partenaires publics et privés afin de faire de cette plateforme un véritable laboratoire de projets innovants liés à l’hydrogène vert.

De manière générale, quels atouts font de Guelmim-Oued Noun une région attractive pour les investisseurs ?
La région bénéficie d’une position géographique stratégique au cœur du Royaume, avec des infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires modernes. Elle dispose également d’un important potentiel humain et énergétique.

Les autorités régionales misent sur la formation, les zones d’activités économiques et la création d’un nouveau port de dernière génération à Tan-Tan, afin de soutenir les projets industriels liés notamment à l’hydrogène vert.

Grâce à un écosystème favorable aux investisseurs et à des projets structurants en cours, la région aspire à devenir un hub énergétique et industriel majeur.