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Industrie de défense : Le Maroc assume sa montée en puissance

Tandis que l’Europe découvre ses vulnérabilités, le Royaume accélère : il modernise ses forces armées, développe son industrie de défense et affirme une autonomie stratégique assumée.

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L’Europe fait face depuis septembre à une menace d’un nouveau genre qui vise, de manière systématique et coordonnée, des infrastructures critiques sur tout le continent. Des drones non identifiés ont survolé des aéroports civils en Belgique, au Danemark, en Norvège et en Allemagne.

Plus grave encore : certaines bases militaires stratégiques, y compris celles abritant des armes nucléaires de l’OTAN, ont été approchées sans qu’aucun de ces engins autonomes ne puisse être intercepté.

Ces intrusions répétées révèlent une vulnérabilité inattendue : celle d’États européens pourtant dotés de moyens technologiques avancés, mais incapables d’empêcher des appareils coûtant quelques centaines d’euros de perturber leur trafic aérien, de clouer des avions au sol ou de menacer des installations stratégiques.

La situation est telle que Washington a dû fournir un appui d’urgence en détection et en neutralisation, soulignant l’ampleur de cette faille sécuritaire.

Face aux menaces de rupture technologique (missiles hypersoniques ou avions furtifs de 5e génération), mais aussi face à des menaces plus low cost, capables de provoquer des dégâts importants pour un coût dérisoire, les États n’ont plus le choix : ils doivent développer leurs propres capacités souveraines pour se défendre et protéger leurs intérêts vitaux. Et cela, le Maroc l’a parfaitement compris.

Alors que beaucoup de pays subissent la rupture technologique, le Maroc l’anticipe. Et quand certaines puissances militaires, longtemps perçues comme autonomes, se retrouvent contraintes de solliciter leur allié américain pour déployer en urgence des capacités anti-drones sur leur propre territoire, le Royaume, lui, développe méthodiquement une industrie de défense souveraine, capable de produire, maintenir et sécuriser les technologies qui garantiront sa liberté d’action dans un monde devenu imprévisible.

Une rupture stratégique anticipée
La hausse du budget de défense inscrite dans le PLF 2026 ne relève ni d’une course à l’armement ni d’une logique de démonstration, mais d’une stratégie mûrement construite autour de la maîtrise, de l’efficacité et de l’autonomie.

Avec 73 milliards de dirhams alloués à la Défense, soit environ 4% du PIB, auxquels s’ajoutent 157 milliards d’autorisations d’engagement permettant de planifier les grands programmes sur plusieurs années, le Royaume ne cherche pas à accumuler des armes et des équipements militaires, mais à assumer les obligations opérationnelles liées aux équipements de nouvelle génération acquis ces dernières années.

Les F-16 Block 72, les Apache, les drones Bayraktar et Akinci, les systèmes Patriot, les Himars ou encore les capacités de guerre électronique ne sont pas des acquisitions isolées : ils exigent une maintenance lourde, une formation continue des équipages, des munitions de précision, des infrastructures adaptées et un soutien logistique de haut niveau.

Un budget tourné vers la capacité
Cette dynamique budgétaire à la hausse traduit un changement profond de paradigme : le Maroc ne vise plus seulement à acquérir du matériel à tout prix, mais à structurer ses capacités en fonction de ses besoins opérationnels, à développer une véritable base industrielle et à s’affranchir progressivement des dépendances extérieures.

Autrement dit, le Royaume n’augmente pas son budget pour la forme, mais pour garantir la disponibilité, la cohérence et la souveraineté de son outil de défense dans un environnement stratégique de plus en plus instable et exigeant.

Les premiers sites de production voient enfin le jour cette année , révélant l’identité des entreprises qui participeront à la construction de l’industrie de défense marocaine. Depuis le lancement de ce chantier en 2020 avec la promulgation de la loi 10-20 relative à l’industrie de la défense, beaucoup de spéculations circulaient sur les segments qui seraient produits localement en premier.

Dès le départ, nombre d’observateurs imaginaient que le Maroc suivrait la voie classique empruntée par d’autres pays émergents, comme la Turquie ou l’Égypte à leurs débuts, en commençant par des segments plus accessibles sur le plan technologique : armes et munitions légères, véhicules tout-terrain basiques pour l’infanterie, ou équipements optroniques destinés à être intégrés dans des systèmes plus complexes (domaines où les FAR disposent déjà d’une expérience solide).

Or, l’Administration de la Défense nationale a surpris tout le monde en plaçant la barre beaucoup plus haut : production de drones high-tech de dernière génération, lancement de véhicules blindés 8×8 et création d’un centre de maintenance lourde et de modernisation des F-16 et C-130, appelé à concentrer le meilleur de la technologie aéronautique. Autrement dit, le Maroc n’a pas choisi la facilité : il a décidé d’entrer d’emblée par le haut du spectre technologique.

Une industrie de défense qui émerge
Si l’effort budgétaire traduit une ambition certaine, ce sont les projets industriels qui en révèlent la direction stratégique : localiser, produire, maintenir et exporter.

Les dix nouveaux projets annoncés par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, totalisant 260 millions de dollars et plus de 2.500 emplois directs, matérialisent la volonté de bâtir une véritable base industrielle de défense, capable de réduire les dépendances, de sécuriser les segments critiques et surtout de répondre aux besoins opérationnels des militaires des FAR.

Ils couvrent l’ensemble du spectre: production de drones avec BlueBird Aero Systems, centre de maintenance lourde des F-16 et C-130 en coopération avec Lockheed Martin et Sabena Engineering et blindés WhAP 8×8 avec Tata Advanced Systems.

Cette montée en puissance n’est pas improvisée : elle s’appuie sur quatre années de structuration autour de partenariats ciblés : Turquie pour les drones et blindés, Israël pour les systèmes intelligents et UAV tactiques, États-Unis pour la maintenance aéronautique, Inde pour les véhicules blindés, avec la possibilité de collaborations étroites avec le cluster marocain AMC (Aerospace Moroccan Cluster), ainsi que les opérateurs de l’aéronautique déjà installés à Nouaceur, comme le groupe Safran.

Autrement dit, le Maroc ne subit plus le marché mondial de l’armement, mais il commence à y prendre place en bâtissant un écosystème inspiré des modèles turc et israélien, où start-up, PME et industriels majeurs coopèrent pour produire des technologies duales et orientées export. Si le Maroc parvient aujourd’hui à structurer une industrie de défense ambitieuse, moderne et crédible, c’est d’abord grâce à la vision éclairée de

Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a placé la souveraineté stratégique, industrielle et technologique au cœur du renforcement de l’outil de défense nationale. Depuis plusieurs années, le Royaume suit une trajectoire cohérente : moderniser ses forces, structurer son industrie, anticiper les menaces, maîtriser les technologies de rupture et bâtir progressivement un écosystème capable de soutenir l’effort de défense dans la durée.

Construire un écosystème souverain
Le Maroc aborde aujourd’hui une nouvelle étape de sa souveraineté de défense: structurer une base industrielle capable de produire, maintenir et exporter des équipements de pointe, tout en formant un écosystème national d’influence, de compétences et de culture stratégique.

La vision royale donne le cap, mais sa réussite repose sur un ensemble cohérent : des partenariats technologiques ciblés, des zones industrielles sécurisées, une doctrine militaire modernisée et une montée en puissance du capital humain.

Pour être durable, cette ambition devra s’accompagner de filières universitaires dédiées à la stratégie militaire et sécuritaire et à l’industrie de défense encore inexistantes, de forums spécialisés, de salons ou évènements liés au secteur de l’industrie militaire et d’une stratégie d’intelligence économique adaptée aux marchés mondiaux.

Cette dynamique s’appuie également sur la continuité du pilotage institutionnel, qui a assuré la cohérence du cadre juridique, la sélection rigoureuse des partenaires et la transition vers une logique de capacités.

Dans ce processus, le ministre délégué, Abdellatif Loudiyi, a joué un rôle discret, mais essentiel, veillant à la structuration progressive des fondations de cette industrie naissante et à l’alignement des chantiers avec la vision royale.

Le Maroc avance ainsi avec méthode : ses choix ne relèvent ni de l’improvisation ni de la surenchère, mais d’une stratégie d’autonomie maîtrisée, pensée pour durer dans un environnement géopolitique de plus en plus imprévisible et sous tension.