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En Couv’. Lahoucine Bouyaakoubi : «L’amazigh dépend de sa réappropriation par tous les Marocains»

L’anthropologue et enseignant-chercheur à l’Université Ibn Zohr-Agadir revient sur l’importance de la décision Royale.

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Comment réagissez-vous à la décision Royale de décréter le jour de l’An amazigh jour férié ?
La dernière décision royale de reconnaître le nouvel An amazigh est une décision historique qui répond à une revendication ancienne du mouvement amazigh, et de tous les démocrates au Maroc. Elle s’inscrit dans un processus de reconnaissance de la langue et la culture amazighes depuis l’avènement du règne du Roi MohammedVI, couronné par la reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe comme langue officielle au côté de l’arabe. La particularité de la dernière décision, c’est qu’elle reconnaît l’Histoire ancienne du Maroc d’avant l’arrivée de l’islam. Et de ce fait, elle remet en cause une certaine lecture de l’Histoire du Maroc, qui a dominé jusque-là. Je parle de la domination d’un récit qui commence l’histoire du Maroc, uniquement avec l’arrivée des Arabes et de l’islam. La reconnaissance du calendrier amazigh remet en cause cette lecture.

Selon vous, où en est la question amazighe aujourd’hui ?
Pour la question amazighe au Maroc, je crois qu’elle rentre dans une autre phase de son histoire et de son évolution, après les acquis obtenus durant ces dernières deux décennies.
Partant de là, le mouvement amazigh est invité à revoir son discours et ses stratégies pour qu’ils correspondent au nouveau contexte. Cependant, l’avenir de la langue amazighe est conditionné par le degré de la mise en œuvre de son statut de langue officielle, et notamment la réussite de son enseignement, mais il est également conditionné par la nature de la dynamique culturelle autour de cette langue, et aussi par le changement des représentations envers cette culture, avec sa réappropriation par tous les Marocains.

Pour ce qui est de l’enseignement de la langue, où en est-on ?
L’enseignement de la langue amazighe a commencé en 2003, dans la perspective de le généraliser au primaire en 2010. Nous sommes en 2023, et nous sommes très loin d’atteindre cet objectif. On peut même parler d’un recul, au lieu d’avancement. Pour le secondaire et au lycée, aucune décision n’a été prise en ce sens à ce jour. Au niveau universitaire, seulement 4 universités disposent d’un département des études amazighes (Agadir, Fès, Oujda et Casablanca). La réussite de l’enseignement de l’amazigh à tous les niveaux est la pièce maîtresse de la réussite de la mise en œuvre de l’officialisation de l’amazigh.

Et sur le plan académique ?
Je crois que sur le plan académique, les choses avancent mieux. L’IRCAM continue à faire son travail. L’aménagement de la langue connaît un avancement considérable, et ce, sur tous les plans. Au sein des universités, des laboratoires et équipes de recherche s’intéressent au sujet. Une nouvelle génération de doctorants, spécialistes de l’amazigh, émerge dans tous les domaines. Il en est de même au niveau des publications.

Quid du processus de la mise en œuvre de son officialisation ?
La mise en œuvre du statut officiel de la langue amazighe traîne. Les délais déterminés par la Loi organique ne semblent pas être respectés.
Les administrations n’ont pas toutes une vision à ce sujet, ni d’ailleurs un plan pour cette mise en œuvre. Aujourd’hui, il manque des décisions courageuses pour faire avancer ce grand chantier, et pour respecter la loi organique relative à ce sujet.

Que fera l’IRCAM une fois le Conseil national des langues et de la culture investi ?
Après la mise en place du Conseil national des langues et de la culture marocaines, l’IRCAM continuera toujours à jouer son rôle. Mais comme l’une des composantes du Conseil. L’amazigh a encore besoin de l’IRCAM pour accompagner la mise en œuvre de l’officialisation de la langue et pour contribuer au développement de la recherche académique dans ce domaine.

Que deviendront tachlhit, tamazight et tarifit par la suite ?
Il est fort probable que nous nous dirigions vers deux niveaux de la langue amazighe: la langue, dite normalisée ou standard, savante, qui servira à produire un discours savant. Et en parallèle, les dialectes qui certainement se nourriront de la langue standard, se maintiendront mais serviront plus à la communication vernaculaire.