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Diplomatie

De l’audace et du culot en Afrique du Nord

L’audace et le culot constituent l’exemple parfait de ce que les linguistes appellent des «synonymes spécieux». L’audace est, en effet, à la stratégie ce que le culot est au stratagème. En politique comme en géostratégie, l’audace est toujours réfléchie et le culot souventement impulsif.

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En effet, si l’audace s’arme de la confiance en soi pour braver les obstacles et les goûts dominants, le culot n’est qu’effronterie, outrecuidance, impudence et improbable toupet, sans vision horizontale aucune. Sur l’échiquier politique et diplomatique, même si l’homme d’État authentique recourt au bluff, il le fait exclusivement au service d’une vision à l’horizontalité vertueuse. Dépourvu de cran, un piètre politique ne recourt dans l’exercice du pouvoir régalien qu’au seul culot, éminemment instinctif.

L’occurrence de cet avant-propos est l’interférence de l’audace et du culot en Afrique du Nord, Égypte incluse, selon les conjonctures, les régimes et les contextes internationaux. Au chapitre du culot sans lendemain, la série est longue et son «top 6» (nombre des pays situés en Afrique du Nord) est toujours dominé par la nomenclatura qui sévit en Algérie.

N’était-ce pas le comble du culot que Bouteflika, comme le confirmeront Bill Clinton et le sinistre général Nizar dans ses mémoires, promit au nouveau souverain le désengagement de l’Algérie de l’affaire saharienne lors des obsèques de feu Hassan II et oublia sa promesse aussitôt revenu à Alger ? N’était-ce pas un abus de culot que la camarilla d’Alger osât expédier en Espagne le mercenaire-en-chef Brahim Ghali sous le ridicule sobriquet de Ben Battouch, avec la complicité de l’immature jobarde Arancha González ? A eux seuls, ces exemples renseignent sur ce fameux «nif» algérien, cette fausse malapropiste fierté, où trône un culot digne de l’inénarrable Amin Dada et où se juxtaposent indécence, inconscience, extravagance et imprudence. Et puis face à la révolte pacifique, la «Silmiya», oser embastiller et parfois décimer pas moins de trois anciens Premiers ministres et une quinzaine de généraux… tout en s’appropriant la «Silmiya» elle-même, voilà qui dénote de ce que les Marocains appellent «nakhoua ‘al lakhoua»! Le comble du culot, vous dis-je.

Dans ce «top 6» nord-africain du culot figure également en bonne place, à l’aune du tragicomique, l’inventeur de la «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste», de la «Grande rivière artificielle» () et du «Livre vert». Ne se déliant jamais de son psychopathique aplomb, Kadhafi osait jusqu’au ridicule. Ainsi en était-il de ce mois de février 2009 où il fut élu à la présidence en exercice de l’UA et aussitôt fit passer à ses pairs un message demandant à être désormais officiellement appelé «Roi des rois d’Afrique». Celui qui était le chantre du national-arabisme et des «États-Unis d’Afrique» eut le culot de commanditer les pires attentats terroristes, dont celui de Lockerbie (21 décembre 1988), sans compter le «tutorat» accordé aux terroristes notoires Carlos et Abou Nidal. Il finira comme un vulgaire criminel de droit commun, puisque capturé, désarmé, torturé puis tué à Syrte, le 20 octobre 2011, dans des circonstances extrêmement confuses.

A ce même chapitre du culot sans lendemain, on ne peut négliger la «performance» de l’apprenti-dictateur Kaïs Saïed qui a osé le démantèlement de la quasi-totalité de l’architecture institutionnelle et constitutionnelle tunisienne dès son accession au pouvoir le 23 octobre 2019. L’apprenti-dictateur, conforté par les caporaux algériens, aura le culot, toute honte bue, de recevoir en grande pompe le mercenaire-en-chef Brahim Ghali.
Ainsi, toutes les articulations (im)possibles et (in)imaginables du culot ont été tentées en Algérie, en Libye et en Tunisie post-révolution.

A contrario, au registre de l’audace, le Maroc et l’Égypte offrent une foultitude d’avancées spectaculaires. Ainsi, depuis deux décennies, le Maroc ne cesse d’aligner les performances sur les plans diplomatique, socioéconomique, institutionnel et géostratégique. En matière diplomatique, les plus notables d’entre elles furent sans conteste «l’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara», le retour du Royaume au sein de l’Union africaine et la dévitalisation crescendo de la fantomatique RASD. Sur le plan socioéconomique, les méga-projets structurants ne se comptent plus et la physionomie de l’ensemble du territoire s’en est métamorphosé. D’audace en audace, le Royaume s’est hissé en leader régional et continental à plus d’un titre.

Revenue de bien loin au lendemain du sinistre «Printemps arabe» et des turpitudes islamistes qui s’ensuivirent, l’Égypte de Sissi s’est armée d’une audace novatrice tant sur le plan diplomatique qu’au niveau de la refonte des priorités économiques. Aujourd’hui, à l’aune des indicateurs économiques stricto sensu, notamment industriels, le pays des Pharaons a largement largué les mastodontes sud-africain et nigérian.

Nul besoin d’évoquer à ce sujet la Mauritanie qui développe, dans l’angoisse de ses contraintes régionales et le stress imposé à elle par les incursions polisariennes et les velléités hégémoniques algériennes, une démarche discrète et néanmoins difficultueuse…en attendant l’exploitation des riches découvertes gazières à partager avec le voisin sénégalais.

Telle est aujourd’hui la physionomie de notre Afrique du Nord tiraillée entre le culot des régimes sans vision ni background aucuns et l’audace des vieux États-nations qui tiennent mordicus à conquérir le respect et la dignité dans leurs environnements régional, continental et international. Oui, bien que «synonymes spécieux», culot n’est point audace. A maints égards, il en est même l’exact contraire. A bon entendeur…