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Jeunes et femmes : Deux mécanismes, un raté

Contrairement à la liste régionale des femmes, garantissant à la fois la présence féminine et la diversité politique, les incitations instituées au profit des jeunes n’ont pas donné leurs fruits. Le rajeunissement de l’élite politique dépend encore de la volonté des partis.

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On se souvient tous de cette première journée de la campagne électorale, au terme du dernier Conseil du gouvernement, Aziz Akhannouch s’est dirigé directement vers la circonscription de Rabat-Océan pour soutenir le candidat RNI. Un geste à double symbolique.

Depuis toujours, cette circonscription est connue comme «la circonscription de la mort». Des ministres sortants et anciens ministres, ainsi que d’autres candidats de premier rang, se sont disputé les quatre sièges dans ce qui est considéré comme un fief du PJD, puisqu’il abrite le siège du parti et, jusque-là, celui de sa matrice idéologique, le MUR.

Mais le fait que le RNI entame officiellement sa campagne dans cette circonscription est porteur d’un autre message. Le candidat Taha El Joumani est un jeune, à peine la vingtaine entamée.

Il fait partie de plusieurs autres candidats, de moins de 35 ans, portés par le parti à la tête des listes locales, et de dizaines de jeunes présentés pour ces élections.

Présenter et soutenir de tout son poids un jeune dans une circonscription de la mort est un signal fort de la place que le parti accorde aux jeunes et surtout au renouvellement des élites et à l’alternance générationnelle de ses instances décisionnelles et exécutives.

Le RNI n’est certes pas le seul à avoir donné la chance aux jeunes, sur les 7.288 candidats qui se sont présentés, un peu plus de 23% sont des jeunes, soit un total de 1.679 candidats. Mais il fait partie des rares formations à avoir présenté des jeunes comme têtes de liste.

Et c’est là la différence. Pour lui, présenter des jeunes n’est pas un faire-valoir politique, mais un choix du renouvellement des élites et de la représentation des jeunes au sein des institutions.

C’est aussi une réponse à l’initiative de l’État de, justement, renforcer la présence des jeunes dans les centres de pouvoir et de décision. Les législatives de 2026 ont connu, en effet, la mise en place d’un nouveau mécanisme d’encouragement des jeunes de moins de 35 ans, particulièrement ceux qui ne se retrouvent pas dans l’offre politique actuelle.

L’incitation financière comporte une prise en charge jusqu’à 75% des frais de campagne électorale. Mais au terme du délai de dépôt des candidatures, les services concernés n’ont réceptionné aucun dossier de candidature.

Le comble est que les deux listes électorales (sur 1.850 listes présentées), conduites par des «Sans appartenance politique», ont été déposées par des «vétérans».

À Sidi Ifni, c’est un transhumant politique notoire (PAM, USFP…) qui s’est présenté pour briguer les deux sièges à pourvoir. L’autre indépendant, un ancien du PUD, parti né d’une scission de l’Istiqlal – s’est présenté à Casablanca. L’ambition manifestée ici et là, et même soutenue par une partie de la société civile, n’a finalement pas eu de suite sur le terrain.

Ce sont donc les formations politiques, qui bénéficient de ce mécanisme d’incitation des jeunes, mais à de rares exceptions près, qui n’ont pas joué non plus le jeu. La condition étant, en effet, de pouvoir aligner une liste entièrement composée de jeunes de moins de 35 ans, en alternant les deux sexes.

Dans tous les cas, les partis politiques, pourvu qu’ils fassent preuve de discernement et qu’ils y mettent suffisamment de bonne foi, sont les seuls à pouvoir porter ce changement.

Sans cela, aucun mécanisme aussi performant et attractif qu’il soit ne peut y arriver. Un regard sur les listes électorales suffit à rappeler cette réalité. À peine un électeur sur cinq est jeune.

Seuls 19% des inscrits sont âgés de moins de 35 ans. Pourtant, c’est la condition principale pour pouvoir participer au jeu politique, que ce soit en tant qu’électeur ou candidat.

Les jeunes choisissent pour le moment de rester en dehors du jeu politique. Autrement, il faut beaucoup d’implication, de volontarisme et d’une forte dose d’esprit d’entreprise pour entrer dans l’arène électorale.

Aujourd’hui, l’absence de listes indépendantes de jeunes pour le scrutin du mercredi dernier est la preuve que – malgré leur supposé poids et l’ampleur de leur activisme sur les réseaux sociaux – la condition d’obtenir 2% de voix des personnes inscrites sur les listes électorales dans leur circonscription devient une barrière infranchissable.

C’est le seuil nécessaire pour pouvoir prétendre au soutien financier de l’État, après avoir accompli, bien sûr, les formalités nécessaires de dépôt de la liste de candidature, dont la nécessité de réunir 200 signatures.

Il faut aussi ouvrir un compte bancaire dédié, faire certifier les comptes par un expert-comptable, et surtout disposer d’une trésorerie suffisante pour «préfinancer» une campagne à plusieurs centaines de milliers de dirhams, dans l’espoir d’être remboursé une fois ce seuil de 2% des voix dépassé.

Les femmes, garantes du pluralisme
Si le nouveau mécanisme n’a pas, ou pas encore, contribué pleinement à rajeunir la population parlementaire, l’appui à la représentation féminine dans l’institution législative, lui, donne ses fruits.

Et doublement. Depuis les élections de 2021, avec l’institution des listes régionales, en remplacement des listes des femmes et des jeunes (90 sièges), les femmes sont devenues aussi, et accessoirement, garantes du pluralisme politique dans notre pays. Un amendement de la Loi organique 04.2 vient renforcer cette tendance.

Avant, seuls les deux premiers postes de la liste étaient consacrés aux femmes. Aujourd’hui, la liste entière est féminisée.

Ce mécanisme permet de consacrer au moins 22,8% des sièges aux femmes, en plus, bien sûr, des sièges remportés sur les listes locales (6 sièges en 2021). Rappelons à ce niveau que les mandataires de 121 listes locales sont des femmes. C’est encore peu.

Toujours est-il, ce mécanisme permet surtout aux petits partis d’être représentés au sein de l’institution législative. C’est d’ailleurs grâce aux listes régionales que le PJD a pu sauver la face en 2021.

Sur ses 13 sièges, 9 ont été remportés sur ces listes. Les petites et même les moyennes formations politiques doivent désormais, pour continuer à exister, investir des femmes compétitives au niveau régional.

Le recrutement féminin n’est plus seulement une contrainte de parité ou une condition pour accéder à une rallonge financière, il devient une condition de survie partisane.

Cela d’autant que, pour les candidates elles-mêmes, le mandat décroché par le biais de ce mécanisme leur confère une certaine visibilité et une pratique de l’action parlementaire leur permettant de se présenter plus tard – on compte d’ailleurs plusieurs cas – sur les listes locales.

En définitive, pour illustrer l’importance de ce mécanisme, si les règles électorales de 2016 avaient été appliquées en 2021, la Chambre des représentants aurait été dominée par seulement trois grands partis (RNI, PAM, Istiqlal) accaparant plus de 300 sièges, et n’aurait compté que 10 partis.

Les listes régionales féminines sont donc devenues le filet de sécurité du multipartisme marocain. Depuis 2021, elles sont devenues à la fois un instrument de féminisation et, par effet secondaire, un mécanisme de diversification au sein de l’institution législative.