Pouvoirs
Comment «L’bouffa» a été éradiquée de Casablanca ?
Face à la prolifération de la drogue du pauvre, la DGSN a mené une campagne répressive sur l’ensemble du territoire national. Toutefois, c’est dans la mégalopole de Casablanca, en raison de sa forte densité de population, que la DGSN a concentré ses efforts.
«L’bouffa qui s’apparente à du crack a malheureusement profité du trafic de cocaïne pour pénétrer le marché marocain. C’est justement un mélange de cocaïne, de bicarbonate de soude et d’ammoniaque qui est vendue sous forme de cristaux ou de petits cailloux», nous explique le contrôleur général, Aziz Kamal El Idrissi, chef du service préfectoral de la police judiciaire de Casablanca. Selon lui, les dealers et détaillants de cette drogue avaient installé leurs points de vente, appelés «merrara» , à l’intérieur de bidonvilles ou dans des terrains vagues, à l’entrée desquels sont positionnés des guetteurs pour donner l’alerte dès qu’une patrouille de police apparaît. Il ajoute que cette drogue s’est répandue à cause de son prix très accessible: «Alors que le gramme de cocaïne coûte entre 500 à 800 dirhams, L’bouffa est vendue à 100 DH le gramme, soit 5 doses à fumer à l’aide d’une simple bouteille en plastique transformée en narguilé». Pour lutter contre la prolifération de cette drogue addictive dès la première dose, la préfecture de police de Casablanca a commencé par une phase de collecte du renseignement criminel permettant d’identifier les principaux dealers, les quartiers où ils opèrent, leurs points de chute ainsi que leurs éventuels complices.
À partir de là, une campagne d’assainissement a été lancée avec la participation des différents services. «Elle a permis de porter un coup très dur aux revendeurs de cette drogue dont la majorité d’entre eux ont été arrêtés et le trafic de L’bouffa a presque été éradiqué dans la ville de Casablanca», nous affirme El Idrissi.
Prise spectaculaire
Les moyens octroyés pour assurer les missions de la police judiciaire à Casablanca sont à la hauteur des défis rencontrés pour lutter contre la criminalité et la délinquance dans cette ville. «La couverture sécuritaire de la ville est assurée par 13 services de PJ rattachés aux 13 districts de la préfecture, avec pour chaque service de PJ une brigade des stupéfiants», nous précise le commissaire. À cela s’ajoute la création de 4 BAG de 170 éléments chacune, dont la mission principale est de traquer les criminels pour tous types d’affaires : association de malfaiteurs, vols qualifiés, agressions et trafic de drogue.
L’efficacité des éléments de la DGSN a été démontrée lors de l’affaire de saisie de 1,37t de cocaïne effectuée le 19 octobre 2023. «Dès qu’on a été prévenus, notre réaction a été très rapide pour parvenir à remonter la piste des réseaux criminels derrière cette opération, afin de pouvoir déterminer, en collaboration avec les services de sécurité espagnols, l’identité de tous les mis en cause», nous révèle le commissaire. Cette cargaison en provenance de l’Équateur a transité par l’Espagne avant d’entrer au Maroc et d’être saisie enfin à Casablanca. D’après El Idrissi, ses équipes ont enquêté toute la nuit dans des conditions difficiles, car la drogue était dissimulée dans un conteneur frigorifié à une température de -28°, puis sont parvenues à récupérer toute la cargaison et remonter l’identité des filières de ce réseau international. «Pour cette saisie, dont les plaquettes de cocaïne portent le nom “Cristiano Ronaldo”, nous avons demandé aux services équatoriens, espagnols et à Interpol s’ils avaient des informations sur des saisies similaires dissimulées dans une cargaison de poissons congelés, afin d’établir les liens entre les différents réseaux criminels qui opèrent entre l’Amérique du Sud, l’Espagne et le Maroc», poursuit notre interlocuteur. Avant de conclure : «Cette saisie est tellement spectaculaire que même les services américains ont souhaité avoir des informations sur cette enquête…»
