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Chronique

Relents persistants

Plus d’un siècle d’histoire commune entre le Maroc et la France, avec des épisodes d’entente et d’autres d’affrontement. Le tout sur un coulis de relations, parfois paternalistes, parfois d’émancipation. Mais toujours avec une condescendance avérée, souvent feinte, mais toujours là.

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Ce dont nous sommes certains, c’est que les intérêts économiques des deux pays sont tellement imbriqués qu’un divorce total semble impossible. Inenvisageable pour l’instant, donc. Mais a-t-il été envisagé une fois ?

Français, La langue de l’élite
L’élite marocaine parle français. Même celle qui n’est pas encore tout à fait l’élite, celle qui aspire à le devenir, qui veut faire semblant ou se persuader elle-même qu’elle l’est. Tous ceux-là parlent français. Et ils reproduisent le système francophone. Ils parlent français à leurs enfants et les éduquent en français, même si ça coûte plus cher. Ils les envoient finir leurs études en France, quitte à se saigner pour payer leurs études. L’avenir est à ce prix. Cependant, cela pourrait commencer à appartenir au passé, même si Casablanca abrite le plus grand Lycée français au monde, en dehors de la France. La nouvelle élite envoie ses enfants aux États-Unis d’Amérique, au Canada, au Royaume-Uni, en Allemagne… voire en Roumanie, en Ukraine, en Corée du Sud… TSF (tout sauf la France) est une maxime qui devient de plus en plus à la mode.

Une «partition diplomatique ratée»
Notre actuel ministre de l’Éducation nationale, ancien ambassadeur du Maroc en France, travaille à remplacer le français par l’anglais dans l’enseignement primaire et secondaire. Le Rwanda l’a fait. En réaction à la France, Paul Kagame, après avoir sorti le Rwanda de la francophonie et rompu ses relations diplomatiques avec la France en 2006, a complètement remplacé le français par l’anglais en moins de dix ans. Dans les systèmes d’enseignement, celui des entreprises, de l’administration publique, du gouvernement, etc. C’est dire que la perte d’influence peut s’accélérer d’un coup. Nos jeunes sont d’ailleurs déjà en train de devenir de plus en plus anglophones. Il ne faudrait pas beaucoup pour généraliser le processus.
Il faut dire que la France insiste pour prendre le mauvais chemin, au Maroc et plus généralement en Afrique. L’essayiste sénégalais, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, auteur de «Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial» (Riveneuve, 2023), parle d’une «partition diplomatique ratée» de Paris en Afrique.
La France vient de lui donner raison, il n’y a pas plus d’une semaine. Le ministère français des Affaires étrangères vient de décider de «suspendre» la collaboration des scènes culturelles subventionnées avec les artistes du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Quel rapport ? Tout comme la décision prise par la France en 2021 à l’encontre du Maroc. En quoi la restriction de la moitié du quota des visas accordés aux Marocains pourrait-elle être une punition pour le gouvernement marocain ?

Persistante internationale condescendance
On dirait que quand il s’agit de l’Afrique, la France ne trouve plus de bons conseillers !
Et maintenant, que faire ? Je pense que dans le cadre d’une relation de respect réel, tout serait surmontable. Les mauvais ressentiments ne sont bons pour personne. Il «suffirait» que ce respect soit réellement véritable, pas feint ou teinté de condescendance semi-bourgeoise de classe. L’actuel président français ne semble pas prendre ce chemin. Attendons donc que Macron s’en aille et voyons si le nouveau président de la France appliquera ce qu’Elgas appelle une «indifférence bienveillante». En attendant, s’il faut provoquer ce respect, ce sera par obligation, mais ce sera fait.
La culture est la solution.