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Industrie de la pêche : Et si la relance viendrait des partenariats africains

À fin mai dernier, le volume des prises dans les régions du Sud était de 38.000 tonnes contre une moyenne annuelle de 300.000 t. L’industrie des conserves, la congélation, les producteurs de la farine et de l’huile de poisson sont dans l’impasse. Des scénarios de relance.

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C’est une première dans l’histoire des ports de la pêche au sud du Maroc. Les petits pélagiques, qui ont marqué le secteur de la pêcherie locale et le paysage de l’industrie maritime dans la région, se font de plus en plus rares. Le volume des débarquements est en baisse depuis 2023. Cette situation devient une source d’inquiétude pour l’industrie de conservation et de congélation et dans un second niveau pour la farine et l’huile de poisson.

Les chiffres publiés par l’ONP le montrent, la situation exige de prendre les mesures qui s’imposent. Au 31 mai, le volume débarqué n’a pas dépassé le seuil des 38.000 tonnes, et ce, malgré l’observation d’une période d’arrêt biologique de 45 jours pour leas ports de Laâyoune et Tarfay et de 60 jours pour les ports de Boujdour et Dakhla.

Au terme de l’année 2024, le volume des débarquements s’est établi à 211.326 tonnes contre un total de 311.123 tonnes pour 2023. Conséquence directe: resserrement de l’approvisionnement en matières premières à base de petits pélagiques des industries locales.

Il faut dire que depuis des années déjà, la sécurité de l’approvisionnement de l’industrie de la pêche locale en matières premières a été l’une des priorités des pouvoirs publics. La stratégie Halieutis, lancée en 2009, et dont les piliers sont l’innovation, la durabilité et la compétitivité, avec pour objectif la préservation des richesses halieutiques pour les générations futures et la valorisation du potentiel maritime du Maroc, a accordé un intérêt particulier à cet aspect.

Des appels d’offres et des appels à manifestation d’intérêt ont été lancés dans ce cadre et ont abouti à l’attribution des quotas annuels de pêche côtière aux armateurs de la zone du Sud. En même temps, cette stratégie a encouragé les industriels à former des groupements d’intérêt économique (GIE) avec des bateaux RSW à Dakhla, qui ont pu bénéficier aussi des quotas annuels de la pêche dans la zone du stock C.

Cette politique étatique a été une opportunité historique pour la promotion de l’industrie maritime marocaine. D’importants capitaux ont ainsi été investis dans les unités industrielles au sud du Maroc, ce qui a permis d’augmenter la capacité de production et de faire évoluer le chiffre d’affaires à l’export.

Ces investissements ont été financés par des banques de la place. Cependant, aujourd’hui, la volatilité du secteur et la tendance baissière et imprévisible des volumes des prises impactent l’approvisionnement en matières premières. Les risques auxquels le secteur fait face constituent un sujet d’actualité brulante à l’échelle locale. La question de la pérennité de ces investissements se pose avec acuité.

Le modèle espagnol

La question que tout le monde se pose est: Comment faire pour sauver le secteur? L’expérience espagnole capte particulièrement l’intérêt des industriels locaux. En gros, pour se maintenir, l’industrie liée à la pêche au sud de l’Espagne s’est appuyée sur l’accord de pêche avec le Maroc.

En parallèle, des partenariats ont été noués entre des industriels espagnols et des opérateurs de la pêche marocaine pour sécuriser leur approvisionnement en matières premières, tout en jouant sur l’effet de change euro/dirham pour préserver leurs marges. L’un des exemples les plus réussis est celui de l’industrie du thon espagnole.

La compagnie Atunes y Lomos S.L., dont le siège social est sis à Vigo au nord de l’Espagne, a pu conclure des contrats d’approvisionnement de taille, à moyen et à long terme, avec de grandes conserveries spécialisées dans cette gamme de produits de la mer, à Casablanca, à Agadir et à Laâyoune.

Aujourd’hui, le groupe Aveiro à Agadir est témoin de ce genre de partenariats. C’est en toute logique que les industriels des régions du Sud appellent à la reproduction de ce modèle entre le Maroc et ses partenaires africains. C’est d’ailleurs, estime-t-on, une nécessité surtout dans le cadre d’une vision partagée de l’exploitation des ressources de l’Atlantique ou de l’économie bleue.

Cette vision alimente l’espoir d’exploiter l’offre de la pêche africaine comme réponse à la contrainte actuelle et comme moyen de satisfaire les besoins d’approvisionnement en matières premières des industriels marocains. Mais cette fois, dans le cadre d’une autre forme de groupements d’intérêt économique (GIE), à vocation d’import ou de la pêche dans les larges côtières africaines. En ce sens, l’avantage de la proximité géographique favorise les offres de la Mauritanie et du Sénégal.

Au point que les opérateurs locaux se montrent déjà très intéressés par des partenariats Sud-Sud.
Cela d’autant plus que le dirham marocain, comme monnaie stable et forte en face du franc CFA, offre un avantage incomparable et garantit la réussite de tout partenariat Sud-Sud du Maroc avec ses voisins africains. Ce qui est d’ailleurs une offre très alléchante pour les opérateurs marocains du secteur de la pêche.

La conversion de 1dirham marocain pour une contre-valeur de 63 francs CFA est très rassurante dans la balance commerciale du Maroc en face de ses concurrents, dont le coût de l’approvisionnement en matières premières des petits pélagiques devient très concurrentiel.

Cela représentera, sans doute, une bouée de sauvetage pour le secteur de la pêche marocain et stabilisera ses emplois directs et indirects, menacés par l’incertitude d’une reprise immédiate de la pêche côtière à des niveaux de débarquements d’il y a quelques années.

Une commission ad hoc
Pour les opérateurs, l’espoir d’atteindre l’objectif d’une moyenne de 300.000 tonnes est de plus en plus lointain. Et pour ce faire, il va falloir observer des périodes de repos biologiques de plus en plus longues, dépassant même un an et demi.

D’où, encore une fois, l’importance du partenariat avec des pays africains pour pérenniser le secteur. Ce qui implique, le cas échéant, des volumes de débarquement encore plus importants et donc la nécessité d’infrastructures de taille.

Justement, et d’une manière globale, la signature des accords bilatéraux en matière d’échange commercial avec les voisins africains nécessite un dispositif logistique lourd, des infrastructures portuaires et routières, des réseaux de télécommunication, des zones industrielles, des sources économiques d’énergie, de la formation du capital humain, un système monétaire stable, un bon climat des affaires, une visibilité claire sur les investissements à engager dans l’avenir, etc.

Pour les acteurs du secteur de la pêche, le nouveau port de Dakhla Atlantique offre cette possibilité.
De plus, la formation d’une commission ministérielle mixte ad hoc (Intérieur, Agriculture et de la pêche, Commerce extérieur, Finances) pour statuer sur des projets de groupements d’intérêt économique (GIE) d’import ou de la pêche en Afrique pourrait constituer un début de la solution de la crise.

Par la suite, il va falloir mettre en place un mode opératoire de gestion de la crise via la concertation entre les pouvoirs publics et les opérateurs du secteur de la pêche côtière des pays engagés dans le partenariat Sud-Sud.

Cette commission aura aussi pour mission de proposer des scénarios possibles de décollage via la signature de partenariats Sud-Sud avec les voisins africains, de conceptualiser des cahiers des charges adaptés aux besoins de l’industrie maritime, via la fixation des quotas annuels d’import favorisés par des incitations douanières accordées à des groupes des unités industrielles qui auront manifesté leur intérêt pour cette proposition de partenariat.

On pourrait même élargir cette offre aux bateaux de la pêche côtière de type senneurs, en leur accordant des autorisations de pêcher au large des côtes africaines et débarquer leurs prises dans les ports africains disposés à répondre aux contraintes logistiques et de qualité.

Par Brahim AZERGUI, Cadre de Banque