Chronique
Éloge aux spécialistes
Pardon aux spécialistes, cette chronique ne leur est pas destinée. Elle est à ceux qui ne comprennent pas à quoi servirait, au fond, la culture.
Cette chronique est destinée à ceux qui ne lisent pas ou rarement. À ceux qui pensent que la culture ne peut qu’être élitiste, peut-être parce qu’on les en a presque toujours écartés. À ceux qui croient intimement qu’il y a d’autres priorités encore plus prioritaires que la culture : la santé, le travail, l’éducation… Même si finalement ils n’ont pas probablement totalement tort et bien qu’ils n’aient pas tout à fait raison.
Action culturelle en tant que solution
Un début de réponse pourrait s’observer dans le fait que, dans notre cher pays, nous avons essayé tellement de choses : des plans, des lois, des commissions, des nouvelles commissions et d’autres nouvelles commissions. Tous ayant abouti aux résultats que nous connaissons.
Autre argument. Nous n’avons pas vraiment essayé la culture, et plus précisément l’action culturelle, en tant que solution pour développer une conscience de destin commun, une espèce de règlement intérieur à la population, un code de comportement, une culture du respect, une culture du collectif, une culture d’espace public serein et respectueux de tous, une culture de reddition de comptes, une culture de liberté d’expression… Inventaire à la Georges Perec des conditions sine qua non pour arriver à un développement structurel.
Cette chronique, disais-je, n’est pas destinée aux spécialistes. Car ce sont eux qui nous ont menés en bateau jusque-là. Tous ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent et qui persistent, malgré tout, à insister pour nous dire ce qu’ils pensent. Alors que nous pourrions placer leurs opinions dans la rubrique «on s’en fout».
Experts qui nous veulent du bien
Ce sont ces «experts» que Coluche qualifiait de «personnes autorisées qui s’autorisent à penser des choses autorisées dans les milieux autorisés !». Ce sont justement ces élites qui font éloigner la culture des gens, tout en croyant bien faire. Ils nous envoient dans un enfer plein de bonnes intentions tellement qu’ils sont persuadés d’avoir la science infuse ou/et qu’ils n’arrivent pas à admettre publiquement qu’ils ne peuvent pas tout comprendre. Et qu’il existe des métiers spécifiques, tout comme les leurs, dans lesquelles ils sont ignares.
Or, il faudrait que nous nous rendions à l’évidence, enfin, que ce n’est pas parce qu’on est architecte, médecin ou avocat que l’on comprend dans l’organisation de l’action ou de la politique culturelle. Il s’agit d’autres métiers.
Un espace culturel est fait pour le public
Il y a encore pire, ce n’est pas parce que nous sommes artistes que nous savons, forcément, comment se gère un lieu culturel. Le point commun entre tous ces spécialistes est celui qu’ils comprennent tout mieux que tout le monde. Et qu’en même temps, ils sont incapables de se mettre à la place du public, de l’étudier, de voir ce dont il a besoin et envie. De ce que le pays a besoin et envie. Leur action tourne autour de la communication externe. Quand il s’agit des indigènes, ce n’est pas grave si le travail est mal fait, nous restons entre nous !
Il y a, en effet, une composante que beaucoup de ces experts oublient, celle du public ou plus précisément des publics. En somme, les véritables «clients» de l’action culturelle. Beaucoup de nos «spécialistes» sombrent dans leurs egos sans se préoccuper de ceux pour qui ces lieux de culture ont été construits. Que ce soit les grands théâtres, les maisons de la culture ou de la jeunesse, les complexes culturels municipaux…
Une des définitions d’expert résume celui-ci en une personne qui connaît toutes les positions du Kamasutra, alors qu’il n’a pas de partenaire ! La culture est la solution.
