Archives
Archives LVE 1994 : PLF 95, les objectifs du gouvernement
Il y a 30 ans, le Projet de loi de finances table sur un taux de croissance de l’ordre de 2,5% et un taux d’inflation de 5%. Encouragement aux exportations, incitations au privé et approfondissement de la réforme du marché des capitaux en constituent les principaux objectifs.
Le Projet de loi de finances 1995 est beaucoup plus «aguichant» par ses implications politiques que par son contenu, car il s’inscrit dans le fil direct de ce qui a été fait ces dernières années.
Dans ses préambules, et selon la déclaration de Mourad Chérif, ministre des Finances, il retient les hypothèses suivantes : le taux de croissance sera de 2,5% en cas de campagne agricole normale et de 4,5% en cas de bonne campagne agricole.
La seconde hypothèse paraît compromise par une pluviométrie déjà récalcitrante. L’inflation sera contenue à 5%. Le déficit du Trésor sera contenu à 2,5% du PIB. Objectif qui n’a pu être réalisé en 1994. Le déficit de la balance des paiements sera maintenu à 2%.
Le ministre est d’abord revenu sur le budget de l’année en cours, sans toutefois donner de précisions sur le gap prévisionnel. «La Loi de finances 1994 visait la réalisation de vastes objectifs au niveau économique et social», affirme-t-il.
Mais la hausse des cours moyens du pétrole de 14 à 16 dollars le baril, ainsi que l’augmentation sur les marchés intérieurs des prix des produits alimentaires de base, soutenus par la Caisse de compensation, ont créé des tensions. L’excédent pétrolier a chuté de 560 MDH.
Quant à la Caisse de compensation, elle a dû faire face à un fardeau supplémentaire de 1 MMDH. L’augmentation des salaires des fonctionnaires (qualifiée de ridicule par les syndicats), des allocations familiales et la création de 12.702 postes budgétaires a induit une augmentation des charges du personnel de 9,3% en 1994.
Or, ceux-ci constituent 70% du budget de fonctionnement. Échaudé par l’expérience de l’année en cours et désireux de préserver les acquis en matière de rigueur des finances publiques, le gouvernement a opté pour le contrôle strict des dépenses de fonctionnement et la baisse du budget d’investissement.
C’est ainsi que les dépenses de fonctionnement ne connaîtront pratiquement aucune augmentation par rapport à l’année 1994. Cet objectif a été atteint grâce à une diminution des dépenses de matériel.
Voitures de service, factures de téléphone, carburant, etc., seront mieux gérés. La rationalisation est à l’ordre du jour, avant même que la Koutla, qui en fait l’un de ses chevaux de bataille, ne soit au pouvoir.
Quant au budget d’investissement 1995, il est en baisse de près de 15% par rapport à celui de 1994. Mais, selon le ministre des Finances, cette constatation chiffrée «doit être nuancée». Il avance plusieurs arguments :
– Les possibilités offertes aux administrations sont en fait au même niveau que les réalisations définitives de 1994, soit 22 MMDH.
– La sélection qualitative de ces investissements allant en priorité à des «projets à forte rentabilité économique et sociale».
Mais ces nuances étant apportées, le gouvernement est dans une logique déjà affirmée. Les différentes réformes structurelles, les mesures incluses dans l’actuel projet et les effets induits par la relance constatée au niveau international devraient permettre l’expansion de l’investissement privé tant local qu’étranger.
Pour ce dernier, le montant prévu est de 700 M$. Le privé est donc appelé à la rescousse. La privatisation sera poursuivie et ses recettes, évaluées encore une fois à 3,5 MMDH, devront aller aux «projets d’investissement et essentiellement au monde rural».
L’environnement de l’entreprise est amélioré par la lutte contre la contrebande, les différentes mesures fiscales, la démonopolisation de certains secteurs et, surtout, la création du marché monétaire.
Les certificats de dépôts (CD), les bons des sociétés de financement (BSF) et les billets de trésorerie seront négociables. Ceci permettra aux entreprises d’accéder à des moyens de placement et de financement à très court terme.
Il s’agit là d’une réforme majeure qui permettra de fixer un prix de marché à l’argent. Et partant, ceci devrait faire baisser les taux bancaires, qui ne reflètent nullement la surliquidité actuelle de l’économie.
Jamal Berraoui

CamScanner 25-11-2024 10.12
