SUIVEZ-NOUS

Archives

Archives LVE 1985. Enfin, une grande année agricole ?

Il y a 40 ans, les réserves hydrauliques étaient à 23% de la capacité globale…, mais les pluies très abondantes et la neige apportaient des éléments nouveaux à la conjoncture. Après des années de sécheresse, la terre revivait à nouveau.

Publié le

Si l’Europe meurt de froid et si l’Espagne se lamente, au Maroc, c’est l’euphorie. En ce début d’année 1985, les pluies très abondantes dans toutes les régions, la neige et même le froid assurent d’ores et déjà des résultats exceptionnels pour notre agriculture.

Le froid qui a accompagné et suivi les précipitations en a limité l’évaporation et les chutes de neige (il y en a plus de 2 mètres sur le Haut Atlas) forment des réserves qui, en fondant peu à peu, alimenteront d’une façon régulière les oueds, les barrages et la nappe phréatique.

Les premières productions bénéficiaires de cette situation sont les agrumes. On pouvait craindre que la vague de froid qui s’est abattue sur le pays n’affecte la production des oranges, notamment dans le Tadla.

Précisons tout de suite que ce n’est pas une température de moins 3 degrés qui risque de détruire les fruits et les jeunes pousses quand elle reste limitée dans le temps. Les températures minima enregistrées n’ont en effet sévi que pendant deux heures au maximum.

De plus quand la terre est gorgée d’eau, comme c’est le cas, l’atmosphère fonctionne comme une pompe à chaleur et l’humidité ambiante empêche le thermomètre de descendre trop bas. Dans l’Oriental, c’est-à-dire autour de Berkane, la récolte de clémentines était pratiquement terminée et quand la vague de froid s’est abattue, les températures très basses enregistrées (-5 à Oujda) n’ont pas eu d’effets néfastes.

La neige, par ailleurs, n’est pas une calamité pour les arbres, au contraire… Dans le Gharb et le Souss, aucun problème. À Béni Mellal, le gel n’a pas provoqué de dégâts. Seule une zone risquait d’être affectée, les agrumiculteurs ont pris leur précaution en faisant par exemple brûler de vieux pneus quand la température descend au-dessous de zéro…

Néanmoins, la production d’agrumes reste affectée cette année par les années de sécheresse qui se sont succédé et qui ont considérablement réduit les possibilités d’irrigation, notamment dans le Souss. Les possibilités d’exportation sont également réduites par le développement du marché intérieur, de plus en plus demandeur.

Aussi, on prévoyait en début de campagne un tonnage exportable de 500.000 à 520.000 tonnes. Mais les pluies abondantes de janvier, notamment dans le Souss (plus de 200 mm !) peuvent pallier les insuffisances passées, notamment pour les variétés tardives.

En Espagne, en revanche, où le thermomètre est descendu au-dessous de moins 10 dans tout le levant, c’est la catastrophe. Un organe officiel chiffre à 20 milliards de pesetas le montant des pertes enregistrées. Par ailleurs, lors de la prochaine campagne, les arbres touchés vont consacrer toute leur vitalité à reconstituer les parties détruites et la production fruitière sera encore affectée.

Le marché européen va donc se trouver face à un déséquilibre, la demande étant plus forte que l’offre, ce dont profitera le Maroc… À l’OCE, on reste prudent. Certes chaque fois que le gel a affecté l’Espagne, le Maroc en a bénéficié, mais il faut connaître l’importance exacte des dégâts.

Pour le moment, les marchés européens sont déprimés en raison du froid qui limite la consommation des fruits, de la désorganisation des circuits et des difficultés de transport et de stockage, mais aussi du fait que les producteurs espagnols sont en train d’exporter tous les fruits encore commercialisables avant qu’il ne soit trop tard.

Si la situation est très encourageante dans l’agrumiculture, les choses se présentent sous un jour beaucoup moins favorable pour des primeurs. Le gel du 31 décembre le long du littoral a affecté les plantations de tomates et de pommes de terre. Pour les tomates, ce sont surtout les variétés hivernales (tomates) qui ont souffert, sauf dans les serres dont le rôle apparait une fois de plus indispensable.

Pour les pommes de terre, les jeunes pousses ont été touchées. Et si dans les champs les plants paraissent de loin en bonne santé, le haut a franchement viré au vert sombre et presque au noir. Mais beaucoup plus que le gel, très peu ressenti en vérité, c’est le vent qui a été le principal facteur de détérioration, notamment pour les tomates dont les abris ont été endommagés, les tuteurs renversés.

Les cultures qui ont souffert ont ainsi leur cycle végétatif ralenti. Les plants seront sauvés, mais les rendements affectés.
La Vie Économique

CamScanner 17-01-2025 10.54