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Archives LVE. 1944, Les mines et la guerre

Il y a 80 ans, au lendemain de la guerre, le problème que doivent résoudre les États c’est de relancer l’économie. Le secteur minier offre des opportunités. Le Maroc est bien placé pour les saisir.

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Les problèmes les plus importants de l’après-guerre seront d’ordre économique et social. Sous peine de nouveaux bouleversements. Il faudra répartir le plus équitablement possible les richesses mondiales entre les nations, d’une part, et, dans chaque nation, entre les individus, d’autre part. C’est le problème social. Pour répartir ces richesses, il sera d’abord de les produire. C’est le problème économique. Chaque pays aura pour tâche de diriger sa production pour l’adapter à ses possibilités particulières et l’orienter dans le sens d’un meilleur rendement. Le Maroc, s’il veut tenir le rang que sa situation et ses réserves naturelles lui promettent, aura sa part à fournir dans la contribution générale. Les années qui ont précédé cette guerre ont montré que les produits du sol marocain et plus particulièrement ses primeurs se taillaient une place honorable sur les marchés mondiaux. Par contre, les industries locales, uniquement organisées pour satisfaire quelques besoins urgents, ne peuvent guère prétendre affronter l’exportation, à l’exception toutefois des industries minières. Dernier venu des possessions françaises, notre Protectorat n’a pu être prospecté qu’après l’armistice de 1918, et pratiquement les travaux importants de recherches et d’exploitation n’ont commencé que vers 1921 pour les phosphates et 1924 pour les mines métalliques.

Les prospections avaient permis de découvrir non seulement des minerais courants comme le phosphate, le fer, le plomb, le zinc, le manganèse, l’antimoine, le cuivre, le graphite, l’anthracite, mais encore des produits rares que peu de pays sont à même de produire, tels que le cobalt, le molybdène, l’étain et le tungstène. Les exploitations ont suivi de près les premières découvertes, de telle sorte qu’en 1938 les exportations minières du Maroc représentaient déjà plus de 300 millions, c’est-à-dire le tiers des exportations totales. Quand on connaît les efforts pour mettre en valeur des gisements miniers, les résultats obtenus en moins de 20 ans sont un gage d’avenir certain. Les circonstances actuelles ne sont évidemment pas favorables aux exploitants. La mobilisation des cadres, la crise de la main-d’œuvre, les difficultés d’approvisionnement et de transport… Des mesures officielles ont été prises, il est vrai, pour garantir la continuité du travail dans les mines indispensables aux besoins du pays, ou dont les produits sont réclamés par nos alliés… Nos amis américains ont certainement compris que, dans l’industrie, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut aussi des moyens que le Maroc ne peut pas fournir. Avec un appoint relativement faible de fournitures appropriées, ainsi qu’une amélioration des transports, ils obtiendraient de l’Afrique du Nord une participation beaucoup plus large à l’effort de guerre.

Ce ravitaillement commence déjà à nous parvenir et nous recevons régulièrement des États-Unis des carburants, des lubrifiants, du carbure, des explosifs. Nous attendons encore des pièces de rechange, de l’outillage, des pneumatiques, des batteries, dont les arrivages ont été jusqu’ici trop limités pour maintenir l’activité industrielle du pays… Si nous n’avons pas su profiter de l’époque favorable pour installer de façon rationnelle nos usines et nos exploitations, si nous n’équipons pas toutes nos forces hydrauliques pour obtenir beaucoup de kilowatts et des kilowatts à bon compte, si notre main-d’œuvre n’est pas adaptée aux techniques modernes, le pays ne pourra pas lutter contre les produits étrangers. Dans cette préparation, nos alliés peuvent nous apporter une aide précieuse aussi bien par leur matériel que par leur expérience. Les contacts sont pris dès maintenant. Des missions américaines et anglaises ont visité nos exploitations et ont pu se rendre compte de leurs possibilités. De leur côté, nos techniciens ont entrevu des méthodes nouvelles de travail et une puissance de moyens qu’ils soupçonnaient à peine. Les échanges de vues vont s’intensifier dès que les relations commerciales en particulier seront établies: le Maroc n’est qu’à quelques heures d’avion de l’Amérique (…). Après la victoire, le Maroc connaîtra certainement un nouvel essor. Déjà les capitaux cherchent à s’employer dans les entreprises industrielles, malgré les difficultés du moment. Lorsque les transactions et les facilités d’approvisionnement seront redevenues normales, il ne fait pas de doute qu’un effort important se portera sur l’exploitation des mines.