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Archives LVE. 1993 : Faire du Maroc un dragon ?

Il y a 30 ans, une rencontre qui a toutes les chances de faire date dans les annales de l’économie marocaine a eu lieu à Casablanca. Le check-up réalisé par les experts de la Banque mondiale a été enrichi par le travail des commissions chargées d’identifier les faiblesses du secteur privé.

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Pour les experts de la Banque mondiale, le développement économique du Maroc est désormais entre les mains du secteur privé pour peu que l’environnement dans lequel il opère lui soit propice. Il s’agit d’ailleurs d’une vision partagée par les pouvoirs publics à l’heure où l’État se désengage de plusieurs secteurs productifs.

Une croissance à «deux chiffres»
Le Maroc est en effet entré dans une nouvelle phase de réajustement économique qui sera concrétisée par le PAS 2. Les principales articulations de ce réajustement sont à appréhender au niveau de la politique de développement qui se base sur la poursuite de l’assainissement des indicateurs d’équilibre, la relance des secteurs sociaux et la priorité donnée au secteur privé en tant que moteur de la croissance. En effet, ce faisant, le Maroc se fixe pour objectif d’atteindre un rythme de croissance à deux chiffres, à l’image de ce qui se réalise dans les nouveaux pays industrialisés (NPI). Dans ce cadre, un des premiers constats à relever est que le secteur privé occupe une place de choix dans l’économie marocaine. En effet, sur quelque 500.000 entreprises, toutes tailles confondues, seules 700 unités de production appartiennent à l’État. Plus, les trois quarts du PIB et de l’emploi urbain sont assurés par le secteur privé… Mais si ce secteur domine l’activité productive, dans beaucoup d’autres branches d’activité, sa présence est moins importante, comme l’ont souligné les experts de la Banque mondiale. Le secteur financier est à cet égard assez édifiant, puisque 45% du capital des institutions financières est entre les mains de l’État et 50% du crédit reste du domaine du Trésor et des entreprises publiques. Concernant l’investissement, la formation brute du capital fixe est financée à hauteur de 40% par l’État, contre 30% seulement dans les pays de l’Asie de l’Est. Mais il y a d’autres secteurs où le privé est pratiquement exclu, tels les transports ferroviaire et aérien, les télécommunications, la distribution de l’eau et de l’électricité, etc. Par ailleurs, une autre remarque de taille a été établie par les experts de la BIRD. Il s’agit du bas niveau des investissements privés qui totalisent 13% du PIB, soit la moyenne établie pour les pays en voie de développement et la moitié seulement de l’enveloppe engagée dans les pays à forte croissance. En d’autres termes, il s’agit d’un niveau qui demeure en deçà de la moyenne nécessaire pour faire du secteur privé le moteur de la relance par excellence.

Concernant les contraintes les plus importantes qui handicapent l’essor du secteur privé, elles s’établissent, selon l’avis des grandes et moyennes entreprises, à trois niveaux : les problèmes de financement, la pénurie de la main-d’œuvre qualifiée et la pression fiscale (…). Pour les petites entreprises, elles partagent la même opinion que les autres vis-à-vis de deux problèmes majeurs, soit ceux qui sont liés au financement et à la pression fiscale. Mais d’autres problèmes non moins contraignants ont été mis en évidence par cette dernière catégorie d’entreprises. Il s’agit notamment des pesanteurs administratives, la faiblesse de l’infrastructure, la difficulté d’approvisionnement. En ce qui concerne la pression fiscale, se rapportant à l’impôt sur les bénéfices des sociétés, il apparaît à première vue que le Maroc se trouve au premier plan international avec un taux très élevé. Mais le problème est beaucoup plus complexe qu’il ne paraît du moment que beaucoup de facteurs font que ces taux ne sont pas réellement appliqués. Voilà ce qui fait que le produit de ces taxes n’est pas forcément plus élevé au Maroc qu’ailleurs, et ce, pour plusieurs raisons, telles les incitations fiscales, la mauvaise comptabilité des entreprises… Cependant, ce qui peut être dit, c’est que «la pression fiscale et inégale» fait que bien des secteurs et des entreprises se trouvent plus imposés que d’autres. À ce stade, il faut souligner qu’un autre élément entre en jeu. Il s’agit de la protection tarifaire, au demeurant élevée, qui favorise certes les entreprises qui concurrencent les importations, mais qui pénalise celles qui travaillent à l’exportation(…).