Edito
Mauvaise foi des grévistes vs Bon sens de l’Exécutif
Et maintenant qu’il y a l’amorce d’une véritable révolution dans le secteur de l’Enseignement, voilà que l’on assiste à un sabotage orchestré par ceux-là mêmes à qui profite la réforme.
L’enseignant a failli devenir prophète ! C’est ce que racontait un proverbe que l’on assimilait à une ère où l’école publique marocaine était encore un temple d’apprentissage. Depuis des décennies, elle tombe en désuétude avec un corps professoral aussi mal formé que payé, des conditions de travail lamentables, un surpeuplement des classes…
Tout au long de ces dernières décennies, des réformes ont été tentées pour sortir l’école de sa torpeur. Un plan d’urgence avait même englouti des milliards de dirhams avant de finir son cursus sur un échec. Un mode de recrutement contractuel avait porté le coup de grâce à la dignité des profs envenimant le climat social de ce secteur dont le sauvetage est une priorité nationale. C’est qu’il est aussi crucial que budgétivore : 7 millions d’élèves, quelque 330.000 fonctionnaires, dont 260.000 enseignants, 73 milliards de dirhams de budget inscrit au PLF 2024… La série des stats est encore plus effarante quand on la confronte aux performances des établissements scolaires publics : la maîtrise élémentaire des langues et des maths place le Royaume dans le club des cancres, alors que 300.000 élèves quittent chaque année les bancs de l’école.
Et maintenant qu’il y a l’amorce d’une véritable révolution dans le secteur de l’Enseignement, voilà que l’on assiste à un sabotage orchestré par ceux-là mêmes à qui profite la réforme. Ce grand corps de l’Enseignement censé avoir choisi pour vocation le plus noble des métiers et devant incarner un modèle pour les Marocains de demain qui défilent aujourd’hui au tableau du primaire. Depuis quelques semaines, des dizaines de milliers d’enseignants ont abandonné leurs classes pour manifester devant le Parlement ou le siège du ministère de l’Éducation nationale, voire là où ils peuvent.
Jonglant entre jours de grève (ponctionnés du salaire) et perturbations bien calculés en fonction de leurs heures de travail, ces enseignants qui (pour certains) ne ratent pas leurs cours dans les établissements privés donnent une impression de paralysie de l’école publique.Ce phénomène qui tend à prendre de l’ampleur et semble s’installer dans la durée – sans pour autant atteindre les records d’antan – prend en otage des millions d’élèves. Plus malheureux encore, les jérémiades du corps enseignant restent confuses quant à ce nouveau statut unifié du personnel de l’Éducation qui a préservé les acquis, accordé de nouveaux avantages tout en liant l’ensemble à une performance du résultat pour aspirer à une école publique de qualité.
Une approche constructive et concertée (une cinquantaine de réunions touchant quelque 20.000 enseignants et autant de parents d’élèves) avait pourtant été adoptée par Chakib Benmoussa pour faire aboutir ce nouveau statut. Aujourd’hui, même les syndicats «les plus représentatifs» du secteur, qui ont mené les tractations, font volte-face, se cachant derrière de nouvelles revendications (non contenues dans l’accord du 14 janvier) pour surfer sur la vague de la contestation. Ils démontrent encore une fois leur représentativité utopique, cannibalisée par des coordinations syndicales disséminées sur différentes catégories et sensibilités.
Heureusement, l’Exécutif ne se laisse pas impressionner par cette surenchère. La majorité gouvernementale vient de le confirmer par la voix de son chef de file. «Les enseignants sont priés de rejoindre leurs classes, le dialogue social reste encore ouvert», a insinué Aziz Akhannouch, qui n’a pas manqué de réitérer sa confiance au ministre de l’Éducation nationale. Une manière de dire que la réforme de l’école publique n’est plus une prophétie, cette fois-ci c’est du sérieux…
