Edito
L’urgence de faire barrage au stress hydrique
«Le problème de l’eau ne doit pas servir de prétexte à la surenchère politique, ni d’argument pour alimenter des tensions sociales.»
Le Roi Mohammed VI vient de présider une nouvelle séance de travail consacrée à la problématique de l’eau. La sécheresse que vit le Maroc, inédite depuis le début de la décennie 1980, rend ce dossier délicat. C’est que le Royaume est passé depuis quelques années de la phase de «carence en eau» à un stade de «rareté» de cette ressource vitale.
Le pays tourne actuellement à moins de 600 mètres cubes en moyenne par habitant et au rythme où vont les choses, la situation est partie pour se dégrader. Selon le World Ressources Institute, le risque est extrêmement élevé à l’horizon 2040 où la demande dépassera les ressources disponibles.
Cette dernière réunion vient ainsi donner un coup de boost à la stratégie nationale en la matière. Le budget consacré à ce plan a été majoré de quelque 10% pour atteindre désormais les 143 milliards de dirhams. Mais surtout, elle vient illustrer le suivi minutieux de ce dossier où les plans se sont succédé depuis des années, tout en laissant le secteur en soif de réalisations. Il suffit de rappeler que la première stratégie du genre, présentée devant le Roi Mohammed VI, remontait à 2009 ou encore que la station de dessalement prévue à Casablanca devait être opérationnelle en 2016…
Les gouvernements précédents n’avaient pas jugé utile d’accorder l’intérêt nécessaire à l’exécution de cette stratégie. Le ciel était alors clément, ils ont pensé qu’ils pouvaient se permettre de différer les chantiers prévus et de les sortir de la «to do list» prioritaire. Les conséquences fâcheuses de ce choix politique ont ainsi été héritées par le nouvel Exécutif, qui lui s’est retrouvé contraint de faire face à la problématique dans l’urgence.
Quelques mois après sa prise de fonction, Nizar Baraka a dû concocter un plan d’urgence pour éviter que les robinets dans les foyers ne se retrouvent à sec. Ce dossier bénéficie actuellement d’une haute sollicitude royale et le gouvernement ne ménage aucun effort pour faire avancer les chantiers selon le calendrier prévu. Le ministre de tutelle a ainsi exposé durant cette séance de travail l’état d’avancement de la mise en œuvre des différentes composantes du Programme 2020-2027 : interconnexion des bassins hydrauliques, nouveaux barrages, stations de dessalement et de traitement des eaux usées, renforcement de l’approvisionnement du monde rural…
La ligne directrice de l’approche actuelle est sans doute inspirée des directives formulées lors du discours royal d’octobre dernier à l’occasion de l’ouverture de l’année législative. «Nous appelons à un traitement diligent de la problématique de l’eau, dans toutes ses dimensions, et notamment à une rupture avec toutes les formes de gaspillage ou d’exploitation anarchique et irresponsable de cette ressource vitale», avait insisté le Souverain. Il avait également pris soin de couper l’herbe sous le pied d’une opposition à l’affût de la moindre occasion pour dénigrer l’action de l’Exécutif. «Le problème de l’eau ne doit pas servir de prétexte à la surenchère politique, ni d’argument pour alimenter des tensions sociales», avait également souligné le Roi Mohammed VI.
Une directive dont devraient se rappeler ceux qui souhaiteraient instrumentaliser le nouveau plan que devrait présenter le gouvernement, comme demandé par le Souverain, pour parer encore une fois à l’urgence…
