Edito
Football : Là où ça ne tourne pas rond !
Le succès sur les pelouses, comme dans les SAS diplomatiques, ne doit pas nous aveugler sur les crises de vestiaires des clubs marocains, particulièrement ceux des divisions inférieures.
Le football marocain brille de mille feux sur la scène africaine et mondiale. Lister toutes les réalisations et les exploits récoltés ces dix dernières années reviendrait à noircir l’équivalent de dix stades de football. Mais rien que les événements du dernier mois suffisent pour illustrer l’efficacité du soft power footballistique du Royaume.
Cette semaine, le gotha du ballon rond africain était réuni à Rabat, théâtre du tirage au sort de la CAN 2025, qui se tiendra au Maroc en guise de tour de chauffe pour l’organisation d’une Coupe du monde inédite en 2030. Le jour même, c’est l’Association des clubs africains, issue de la CAF, qui signe pour l’installation de son siège au Maroc.
Un nouveau coup de maître après celui réalisé avec la FIFA qui va bientôt lancer les travaux de construction de son siège régional, à quelques encablures du Complexe Mohammed VI de football à Salé. Une infrastructure ultra-équipée, devenue l’antre des Lions de l’Atlas et l’emblème du rayonnement du football national.
Ce succès sur les pelouses, comme dans les SAS diplomatiques, ne doit pas nous aveugler sur les crises de vestiaires des clubs marocains, particulièrement ceux des divisions inférieures. Rien qu’en 3e division, il existe des labels footballistiques au potentiel phénoménal, qui peuvent être rentabilisés, mais dont les modes de gestion sont désespérants.
Animé par toute la bonne volonté du monde, tout nouveau président de club qui essaie de reprendre en main une équipe de ce genre bute sur des obstacles monstrueux, sur une rétention de l’information. En même temps, c’est prévisible lorsqu’on se fait élire par une assemblée d’une trentaine de membres seulement à la tête d’une association sportive célèbre dans une ville comptant plus d’un million d’habitants.
Le statut de société sportive n’étant pas en vigueur dans les divisions amateures, la traçabilité des dépenses et recettes est d’une opacité à déboussoler Florentino Pérez : qui paie les joueurs ? Qui tient les livres des comptes ? Qui paie ces personnes qui traînent dans le club ou l’association ? Sont-ils salariés ? Quelles sont les dettes du club ? Envers qui ? Et ses revenus ? Qui engrange les recettes de la billetterie ? Le montant des subventions bloquées pour différents litiges avec joueurs ou entraîneurs ?
Car une des particularités de ce type de clubs, c’est que le président peut engager des dépenses qu’il n’a pas les moyens d’honorer. Rien ne l’empêche à signer un coach ou un joueur à 2,5 millions de dirhams, alors que son équipe ne trouve pas 25.000 dirhams pour financer son déplacement.
Un process qui ouvre la voie à tout genre d’entourloupes et de rétrocommissions et un jeu de mistigri entre les présidents successifs. Les dirigeants les plus prudents s’en sortent soulagés de quelques centaines de milliers de dirhams, alors que d’autres se retrouvent pris dans l’engrenage, engagent des chèques personnels qui les conduisent à fuir le pays ou à croupir dans les cages… de prison.
L’état de ce milieu footballistique que l’on veut cacher sous le tapis rouge – se dressant le long des performances de notre équipe nationale ou des équipes d’élite – est à soigner. Le saut quantique réalisé au plus haut niveau doit déteindre sur la base, notamment sur les modalités de gestion de ces clubs, alors même que l’on veut fédérer les écuries africaines des six zones de la CAF. Laisser le décalage béant, c’est risquer une débâcle cuisante…
