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Edito

Billetterie sportive : Condamnée au marché noir ?

La résurrection du complexe Moulay Abdellah incarne ce Maroc qui réalise, capable d’édifier un stade aux dernières normes et à la pointe de la technologie. Son ouverture aurait dû être l’occasion d’inaugurer une nouvelle ère dans la billetterie sportive.

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Une file virtuelle en dizaines de milliers d’adresses IP… ça mouline… bug sur la position dans la queue en ligne… le nombre qui va en diminuant… re-bug de la file… l’horloge se ralentit… enfin arrivé votre tour après plus de 8 heures d’attente… et patatras : aucun accès au guichet. Sold out ! La plateforme ne prend même pas la peine de vous l’annoncer : rien n’est plus cliquable, la fenêtre web est bonne à fermer, au revoir et merci.

Voilà l’expérience client vécue par de nombreux supporters des Lions de l’Atlas qui ont cherché à acheter leur billet en ligne, ce 25 août, pour le match Maroc-Niger. Tous frétillaient d’envie de vivre avec la sélection nationale une communion particulière. La qualification au Mondial 2026 se joue à un modique point, mais c’est la rencontre inaugurale du Complexe Moulay Abdellah rénové qui fait l’événement. Ce bijou architectural qui a laissé Gianni Infantino bouche bée alors qu’il enjambait encore les gravats du chantier. Un stade pour lequel des centaines de millions de dirhams avaient été dépensés en réfection avant de se résoudre à tout démolir pour le reconstruire à neuf. Des milliards de dirhams dépensés pour un chantier réalisé en un temps record grâce au dévouement d’une dizaine de milliers d’ouvriers, se relayant 24/24, déversant des hectolitres de sueur et laissant même quelques âmes dans des accidents peu médiatisés de ce chantier qui se veut une démonstration que «l’impossible n’est pas marocain».

La résurrection du Complexe Moulay Abdellah incarne ce Maroc qui réalise, capable d’édifier un stade aux dernières normes et à la pointe de la technologie. Une infrastructure qui conforte la légitimité du Royaume en tant que pays organisateur des futurs plus grandes compétitions footballistiques mondiales. Son ouverture aurait dû être l’occasion d’inaugurer une nouvelle ère dans la billetterie sportive. Hélas, en accordant l’exclusivité des ventes de billets Maroc-Niger à une plateforme nouvellement installée, la FRMF a raté le coche. Les robots spécialisés dans la saturation des rendez-vous pour visas avaient été orientés dès les premières heures vers cette plateforme Webook, de manière à rafler le maximum des 50.000 billets mis en vente. La suite on la connaît : les mêmes billets ont été écoulés au détail sur d’autres plateformes, à des prix trois à sept fois supérieurs.
Le marché noir est déjà le grand gagnant…

Et il continuera de gagner tant que ce secteur de la billetterie sportive n’est pas structuré. Pourtant, on pensait que c’est chose faite avec le récent arbitrage du Conseil de la concurrence, qui a relativement ouvert le marché, mais aussi avec le lancement par la société exploitant les stades (Sonarges) d’un appel à manifestation d’intérêt pour référencer les opérateurs de billetterie numérique. Mais visiblement, il reste beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. Et très peu de temps : la Coupe d’Afrique des Nations se profile. D’ailleurs, c’est pour quand les billets de la CAN ?