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Chronique

Un passé pas très formateur

La triste actualité d’une histoire vieille de cinquante ans nous rappelle que nous n’avons toujours pas trop avancé en termes d’infrastructures ni de politiques culturelles. Une petite pause historique peut être utile, de temps en temps, afin de faire l’évaluation de ce qui a été réalisé et de ce qui reste à faire.

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En 1968, Oum Kalthoum a répondu à l’invitation que lui avait faite Hassan II pour venir chanter au Maroc. La date a été choisie autour de la fête du Trône, juste avant l’Aïd El Kébir. Financièrement, les gens avaient de quoi faire avec l’argent qu’ils avaient économisé, acheter un mouton pour l’aïd. Politiquement, le pays était en état d’exception, deux années après la dissolution, en 1965, du premier Parlement du pays. Et pourtant, tous les concerts de la diva ont affiché complet.

Au départ, trois concerts, deux villes
«L’Étoile de l’Orient» devait réaliser trois prestations au Maroc. Deux au Théâtre Mohammed V de Rabat et une à Casablanca. Le concert casablancais, n’ayant finalement pas eu lieu, rend cette histoire tristement plus intéressante. Il fallait, en effet, une salle à la hauteur de la renommée de la diva de la chanson arabe de l’époque et de toujours. Le Théâtre municipal de Casablanca ne comptait pas plus de 1.000 places. La salle couverte de la Foire internationale de Casablanca, alternative possible pour accueillir plus de public, n’était pas jouable, étant donné l’écho atroce que la salle renvoyait. La réverbération de la salle ne permettant pas un rendu musical audible, ou même acceptable.

Finalement, Oum Kalthoum a joué trois soirées successives au Théâtre national Mohammed V, les 16, 17 et 18 mars 1968. Les trois concerts ont affiché complet même si le billet coûtait 300 DH la place, une «fortune» à l’époque. Le concert ayant été transmis en direct sur la radio, beaucoup se sont contentés de l’écouter sur les ondes. Et à la télévision, pour ceux qui avaient les moyens d’avoir un poste à l’époque.

Des erreurs qui se répètent
Un des tristes intérêts de cette histoire qui s’est déroulée il y a 56 ans réside dans sa désespérante actualité. Casablanca continue à ne pas avoir de salle de spectacle couverte et ouverte qui pourrait accueillir des stars internationales faisant affluer un public nombreux.

Du coup, comme disent les jeunes, les Casablancais sont toujours privés d’assister à des concerts de grands noms internationaux de la musique. À moins qu’ils acceptent de jouer dans des salles de cinéma, transformées en salles de rock ou de rap. Ou bien de jouer l’été à l’air libre. Le reste de l’année, les concerts ne sont pas possibles, faute de salles de musiques actuelles dignes de ce nom.

Pour être plus précis, une salle de musiques actuelles est un lieu fermé destiné à recevoir, toute l’année, des concerts de rock, reggae, rap, jazz… avec un public nombreux, assis et debout. Toutes les grandes villes du monde moderne contiennent une salle de ce type, qui peut accueillir, dans des conditions acoustiques et professionnelles valables, des jauges de 5.000 ou plus de spectateurs.

L’on va me rétorquer, oui, mais il y a le Grand théâtre qui doit ouvrir. Sauf que nous savons que ce théâtre, avant d’ouvrir, est plutôt destiné à recevoir un opéra de Verdi que les Rolling Stones ou Maître Gims en tournée. Il reste trois ou quatre lieux fermés qui peuvent accueillir des concerts de ce type à Casablanca, en plein hiver. Sauf que la plus grande jauge de ces salles ne dépasse jamais les 1.500 places, alors que les producteurs et organisateurs de ce genre de concerts, au vu de leur prix de revient, doivent vendre beaucoup de billets pour pouvoir amortir les cachets des artistes et les frais d’organisation (sonorisation, éclairage, scénographie, scène, sécurité…).

Et l’on se gargarise d’industries culturelles et d’économie créative sans parler d’infrastructures qui peuvent permettre cette économie. Ne parlons même pas d’éducation artistique et de politique culturelle de la ville. La Culture est la solution.