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Chronique

Opinion publique, algorithmes privés

Avons-nous une opinion publique ? Si oui, qu’est-ce qui la façonne ? Sinon, allez directement au second paragraphe. Comment se forme-t-elle sous nos cieux ? Intervient-elle dans la prise de décision ou bien, au contraire, n’aurait-elle aucun poids ? Des questions dont les réponses pourraient nous servir à comprendre et utiliser au mieux un moyen de participer à la prise de décision publique ?

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Qu’est-ce que l’opinion publique ? En commençant par les définitions, la plus accessible d’entre elles, celle de Wikipédia la désigne en tant qu’«ensemble de convictions, de valeurs, de jugements, de préjugés et de croyances plus ou moins partagés par la population d’une société donnée». Tout un programme !

L’opinion publique, jauge de démocratie
C’est davantage la relation de cette opinion publique avec le processus démocratique qui est intéressante. Car elle peut renseigner sur la dynamique de ce processus, sur la maturité d’un peuple, sur le niveau du débat politique, sur le degré d’influençabilité des citoyens, ou au contraire, le niveau de leur esprit critique. Après tout, si on veut parler comme «France Culture», cette opinion publique peut ne refléter, selon Platon, qu’ignorance et préjugés, comme elle peut être, selon Aristote, l’expression de la pensée populaire, sans la prise en compte de laquelle toute construction démocratique serait forcément à côté de la plaque. Fin du style «France Culture» !
Alors, quelle(s) opinion(s) publique(s) partageons-nous, Marocaines et Marocains ? Selon la définition de Wikipédia, quelles convictions assumons-nous d’avoir en commun ? Parce que de l’autre côté, nous savons que nous ne manquons pas de jugements et de préjugés. Finalement, au-delà de la théorie, à quoi pourrait servir une opinion publique, d’un point de vue utilitaire ? Car l’opinion publique renseigne sur les tendances collectives du moment, dans une société donnée.

Pour une opinion publique utile
Mais pour ce faire, il faudrait au moins deux conditions : avoir une opinion et qu’elle soit publique ! C’est peut-être là que le bât blesse. Car l’opinion de chacun se forge par une accumulation de connaissances et d’informations sur ce qui se passe en société. Une des conditions pour que l’opinion publique soit la plus proche de la réalité est celle d’être bien informé de ce qui se passe. Et qu’elle se base sur des informations vérifiées et non pas sur des rumeurs ou des préjugés.
L’autre condition de façonnage et de publicisation d’une opinion est l’existence d’un débat libre et contradictoire, qui n’insulte pas l’intelligence des citoyens et qui soit relayé et alimenté par une presse qui rend compte, chaque jour, de cette opinion publique. Et qui contribue également à la façonner et à la rendre publique.
L’ultime condition est celle de pouvoir sonder cette opinion, voire l’étudier. Et donc de publier fréquemment des sondages d’opinion avec des questions pertinentes et un traitement scientifiquement crédible. Et peut-être des recherches académiques sur le long terme pour nous renseigner sur l’évolution de notre société. Même si nous savons que les gens ne disent pas toujours ce qu’ils pensent vraiment.

Esprit critique versus influence
Le risque que nous courrons et qui pointe son nez est celui d’avoir une opinion publique de plus en plus façonnée par des influenceurs sur Facebook, Instagram, YouTube, TikTok… ou pour les «plus intellectuels», X, anciennement Twitter ! Cela n’augure de rien de bon, à l’instar d’une opinion publique potentiellement utile pour suivre l’évolution de notre société, nous serons soumis à des algorithmes privés, remplis de voyeurisme et vidés d’intelligence.
Notre «opinion publique» est de plus en plus «façonnée» par des «influenceurs» plutôt que par un débat public sain et intelligent. Nous continuons, toutefois, de rêver d’une société que nous voudrions saine, où l’esprit critique ne perd plus du terrain devant la «simple» influence, bête et méchante. La Culture est la solution.