Chronique
Le recours à l’IA dans les médias : Gage de confiance ou de défiance ?
Aux yeux du grand public, l’IA est moins problématique lorsqu’elle est employée en coulisse par des journalistes qui cherchent uniquement à rendre leur travail plus efficace. Comme si l’intelligence artificielle était une sorte de poussière que l’on devait cacher sous le tapis de la souris.
À l’instar de nombreux secteurs d’activité, les médias n’échappent pas à la déferlante de l’IA. Mais la presse est sans doute l’un des rares domaines dans lequel le recours à l’intelligence artificielle recèle un double enjeu. Le premier, comme pour les autres secteurs, soulève la question des nouveaux usages et des chamboulements induits dans le processus de production. Le second, en revanche plus spécifique, met en relief le comportement des lecteurs, auditeurs et autres téléspectateurs vis-à-vis de cette information dopée par les grands modèles de langage.
Les attitudes du public à l’égard de l’utilisation de l’IA dans le journalisme, c’est justement l’un des aspects, pour le moins pertinent, explorés par Amy Ross Arguedas, dans le dernier rapport de Reuters Institute for the Study of Journalism. Sur les 100.000 personnes interrogées, réparties sur une zone qui englobe la moitié du globe, une grande majorité a une connaissance très limitée sur ces nouvelles techniques devenues sources de méfiance et de moindre confiance.
Par conséquent, dans tous les pays concernés (dont le Maroc), seule une minorité se sent actuellement à l’aise avec les informations produites par des humains via l’IA (36%). Et une proportion encore plus faible voit d’un bon œil les nouvelles générées principalement par celle-ci sous la supervision d’un humain (19%). Un niveau sensiblement plus important, mais toujours minoritaire, est relevé chez les jeunes, les hommes et les personnes diplômées, considérés comme étant plus au fait de cette actualité. Aux yeux du grand public, l’IA est moins problématique lorsqu’elle est employée en coulisse par des journalistes qui cherchent uniquement à rendre leur travail plus efficace.
Comme si l’intelligence artificielle était une sorte de poussière que l’on devait cacher sous le tapis de la souris.
En revanche, les usagers deviennent carrément allergiques lorsque cette prouesse technologique devient visible, mais néanmoins illisible.
Notamment lorsqu’elle permet de générer du contenu jamais vu ni connu.
C’est relativement problématique, pour une population à fleur de peau, lorsqu’il s’agit de la création automatique de textes, d’illustrations ou de graphiques.
Et cela devient littéralement épidermique quand on génère des photos et des vidéos réalistes.
Le fait de ne plus pouvoir croire ce que l’on arrive à voir affecte considérablement les espoirs suscités par cette mine de connaissances.
La prudence est donc de mise quand il est question de créer des informations complexes qui nécessitent une interprétation nuancée, bien plus que lorsqu’on s’emploie à traiter des nouvelles basées sur des faits et des données vérifiables.
Car nombreux sont ceux qui redoutent les informations biaisées au risque de se retrouver piégés dans les filets new tech du deep fake.
En guise de précaution, un consensus global émerge autour de la nécessité d’interdire l’automatisation totale et de préserver une touche humaine dans le processus digital.
Ceci étant le reflet de la croyance, encore solidement ancrée dans la pensée populaire, que les informations créées par l’IA sont moins dignes de confiance que celles d’origine humaine.
Un impact cependant relativement limité sur les supports qui bénéficient déjà d’une certaine crédibilité, et à l’inverse amplifié à l’égard des journaux, des chaînes ou des radios, jugés peu sérieux.
Sur cette base-là, force est de constater que l’IA n’est qu’un accélérateur de la défiance du public à l’encontre des médias. Et ce serait un véritable tour de force que d’arriver à utiliser l’intelligence artificielle pour inverser la tendance.
