Chronique
La théorie des chats
L’écologie des chats errants de mon quartier, et d’ailleurs, pourrait nous apprendre des choses sur la sociologie des humains de mon quartier… et d’ailleurs. Pavlov n’a-t-il pas expérimenté sa théorie de conditionnement, d’abord sur les animaux, avant de la généraliser sur les humains ?
J’aime les chats et, souvent, ils me le rendent bien. Idem pour les chiens. Je pense toujours, pour en avoir élevé toute ma vie, que le chien ne réagit méchamment que par peur ou parce qu’il sent que l’humain, en face de lui, a aussi peur.
Avant, les chats errants s’enfuyaient quand quelqu’un croisait leur chemin, logique de survie. Maintenant, les chats de mon quartier sont devenus très (trop) sociables. Ils marchent au pas des personnes, se frottent aux jambes des passants, en toute affection et sécurité.
Avant, ils dormaient d’un seul œil, maintenant, ils roupillent profondément, faisant leur sieste à même le trottoir ou sur les capots des voitures sans s’inquiéter d’une éventuelle agression d’un passant.
Depuis peu de temps, les chats de mon quartier commençaient à me suivre au pas, me faisant même sentir différent des autres. Je croyais qu’ils sentaient en moi une bonne âme !
L’auto-flagornerie dans laquelle j’étais bassement vite tombé a pris fin quand je me suis rendu compte qu’ils ne me suivaient pas toujours, mais seulement quand je me dirigeais vers l’épicerie du coin.
Une nouvelle logique de survie
«Les chiens ont des maîtres, les chats ont des domestiques», ce vieil adage qui signifiait l’indépendance et l’orgueil des chats ne fonctionne plus.
Les chats de mon quartier, et d’ailleurs, ont appris la mendicité.
On peut l’appeler autrement pour ne pas heurter la sensibilité des amoureux inconditionnels, dont je fais partie, des chiens et chats. Il ne s’agit là que d’une observation zoologique qui pourrait peut-être s’étendre aux humains de mon quartier, et d’ailleurs.
Les épiceries du coin se sont même acclimatées au phénomène, elles vendent maintenant du pâté pour chats aux personnes qui cherchent la «baraka» en alimentant les chats du quartier. Esprit d’entreprise.
Avant, des personnes achetaient un triangle de fromage fondu «La Vache qui rit», l’ouvraient et le présentaient aux chats qui en faisaient un festin.
L’on trouve maintenant des cartons, protégés de la pluie par des sacs en plastique, dans lesquels des mamans chattes allaitent leurs petits en toute «mignonnerie».
On a fini par domestiquer, une autre fois, des chats sauvages qui ont toujours été, jusque-là, à l’affût de toute éventuelle agression. Les chats n’ont plus de domestiques, ils ont désormais des mécènes et des bienfaiteurs.
Je me pose même la question s’ils ont gardé leur instinct de chasse et que les souris de mon quartier, et d’ailleurs, ont toujours peur d’eux.
Les chiens n’ont pas cette chance. Apparemment, ils n’apportent pas la «baraka», les toucher invalident les ablutions. «La purification du récipient de l’un de vous si un chien y a bu consiste à le laver sept fois…», dit le hadith. Ils sont obligés de chercher à manger en meute, en prévision des agressions, si ce n’est pire.
Loin de moi l’idée de faire un parallèle entre des chats qui ont adopté une nouvelle logique de survie, plus servile, et des mendiants qui pullulent dans nos quartiers. Et dont le nombre croît chaque vendredi matin.
Après tout, les mêmes causes ne produiraient-elles pas les mêmes effets chez deux catégories de mammifères ? La Culture est la Solution.
