Chronique
La littérature, une affaire d’État ?
Après un an de détention en Algérie, l’écrivain Boualem Sansal a été gracié la semaine dernière à la faveur d’un geste diplomatique de Berlin. Accusé d’«atteinte à l’unité nationale», le romancier était devenu un symbole de la liberté d’expression.
La libération de Boualem Sansal, obtenue par l’Allemagne, met en lumière la place croissante que prend la diplomatie culturelle dans les relations entre les États. Au-delà du cas Sansal, dans quelle mesure la littérature peut-elle encore peser sur les équilibres politiques et diplomatiques ?
Après plusieurs demandes de grâce lancées depuis son arrestation à Alger, le 16 novembre 2024, et sa condamnation, en juillet 2025, à cinq ans de prison, l’écrivain franco-algérien a été finalement gracié grâce à une médiation allemande.
L’Allemagne «a été choisie pour jouer ce rôle», confie l’ancien ambassadeur de France en Algérie, qui ajoute que l’affaire révèle les zones d’ombre d’un régime où «l’opacité n’a jamais été véritablement percée» et que «c’est la question de la liberté d’expression d’un écrivain ou d’un citoyen qui est en cause».
Boualem Sansal a été libéré de prison la semaine dernière après un an de détention, suite à une grâce exceptionnelle accordée par le président algérien. Ce dernier a ainsi «répondu favorablement» à la requête de son homologue allemand, qui avait sollicité une mesure de clémence pour des raisons de santé.
Le président algérien est reconnaissant envers l’Allemagne dont le corps médical l’avait personnellement pris en charge longuement et à plusieurs reprises, officiellement ou en catimini.
Quant à Sansal lui-même, il continue de revendiquer le rôle moral de l’intellectuel resté au pays. Ainsi, sa libération rappelle «simplement» la force persistante d’une parole libre dans un espace où elle reste menacée.
En homme libre bien qu’encore emprisonné, il a refusé, en septembre 2025, sa nomination, pour le prix Sakharov 2025, par le groupe d’eurodéputés présidé par Jordan Bardella, président du Rassemblement national, principal parti d’extrême droite en France, en déclarant par l’intermédiaire de sa femme refuser de participer à «une démarche insidieusement partisane».
Le 10 novembre 2025, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, sollicitait le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, pour obtenir la libération de l’écrivain : «J’ai demandé à mon homologue algérien de gracier Boualem Sansal, et ce geste serait l’expression d’un esprit humanitaire et d’une vision politique éclairée, reflétant également ma relation personnelle étroite avec le président Tebboune et les excellentes relations entre nos deux pays».
Il proposait le transfert de Boualem Sansal en Allemagne pour «y bénéficier de soins médicaux, compte tenu de son âge avancé et de son état de santé fragile». Ce qui fut fait. Sansal a été transféré, à bord d’un avion de l’armée allemande, le jour de sa libération à Berlin où il a été aussitôt pris en charge dans un hôpital de la capitale allemande, avant d’être rejoint par sa femme, venue d’Algérie.
En plus des services rendus par le service public de santé allemand au président algérien, ce dénouement illustre également la place croissante de la diplomatie culturelle dans les relations internationales, la littérature devenant aussi une affaire d’État. La Culture est la Solution.
