Chronique
Jouer l’attaque sur un terrain mouvant
Le PLF 2026 est un exercice difficile, mais peut transformer les contraintes auxquelles fait face le pays en véritables leviers de croissance, en faisant converger ambition sociale, dynamisme économique et stabilité politique.
Certaines rentrées budgétaires ressemblent à un match joué à domicile, par beau temps, devant un public acquis. Et puis, il y a celles où la pelouse est glissante, les lignes bougent, et où le ballon prend des rebonds imprévisibles.
Le Maroc s’apprête à vivre la seconde configuration. Dans les prochaines semaines, le gouvernement devra ficeler le projet de Loi de finances 2026 avec trois paramètres imprévisibles dans les pattes : la météo, le prix du pétrole, et, dans une moindre mesure, le taux de change du dirham.
La météo est le facteur le plus déterminant. Dans un pays où l’agriculture pèse près de 12% du PIB et fait vivre plus de 45% de la population, quelques semaines de pluie ou de sécheresse peuvent bouleverser la trajectoire de croissance et l’ensemble des équilibres économiques, sociaux et politiques.
Or, les réserves hydriques sont fragiles et le climat, plus que jamais imprévisible.
Vient ensuite l’énergie. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, entretiennent la volatilité des prix du pétrole et des produits raffinés.
On le sait, chaque hausse de 10 dollars sur le baril représente plusieurs milliards de dirhams supplémentaires à financer pour les importations énergétiques.
Même si le dirham est relativement stable, toute variation défavorable face au dollar peut amplifier cet impact. La conséquence est double : sur une balance commerciale encore déficitaire, mais aussi sur le coût de la vie.
La baisse ou la hausse des cours du baril conditionnent toute une chaîne de valeurs, impactant les prix, de l’usine à l’assiette du consommateur…
À ces paramètres extérieurs, aléatoires, soumis à une grande incertitude, s’ajoute un calendrier politique et social particulièrement ambitieux. Le Roi a appelé, dans son discours du Trône, à une nouvelle vague de réformes pour réduire les inégalités territoriales.
Routes, écoles, hôpitaux, infrastructures, services publics de proximité…, cet objectif implique des investissements massifs dans les régions les moins favorisées.
Parallèlement, 2026 doit marquer l’achèvement, du moins dans sa structure, de la protection sociale universelle : généralisation de la couverture médicale, allocations familiales, élargissement de la retraite…
Deux chantiers majeurs qui, à eux seuls, redessinent le périmètre de l’action publique. Avec, à l’horizon, un troisième engagement mobilisateur : le Mondial 2030. Événement planétaire, il impose d’investir dans les infrastructures sportives, les capacités d’accueil et les réseaux de transport, avec un impact budgétaire significatif.
Tout cela, dans une année électorale où les calculs et les arbitrages politiques et parfois les coups bas risquent de peser sur le rythme de l’action publique.
L’exercice devient d’autant plus difficile non seulement pour celui qui construit le budget, mais aussi pour celui qui devra l’exécuter, ligne par ligne, dans un contexte mouvant, incertain, avec des enjeux qui ne laissent pas le choix au décideur sur la tactique à mener sur le terrain : jouer l’attaque ou… se prendre une « manita » !
Et c’est là où il faut voir le revers de la médaille : ces contraintes, enjeux, défis qui nous attendent imposent de fait une politique budgétaire offensive, un renforcement de la dépense publique.
Et par n’importe laquelle : une dépense orientée vers l’investissement et le social, ce qui représente un moteur puissant pour la croissance, le développement, la création d’emploi et le renforcement cohésion sociale.
Le PLF 2026 est donc un exercice difficile, mais peut transformer les contraintes auxquelles fait face le pays en véritables leviers de croissance, en faisant converger ambition sociale, dynamisme économique et stabilité politique.
La balle est désormais dans le camp des argentiers du Royaume, dont la copie sera scrutée avec attention.
