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Chronique

Croissance : L’État ne peut pas tout faire

L’État a fait sa part, il a construit, investi, mis les bases. Désormais, c’est au privé de prendre ses responsabilités. Car un pays qui attend tout de son budget public finit toujours par s’épuiser.

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Le Maroc signe une croissance de plus de 5,5% au deuxième trimestre 2025, selon la dernière publication des comptes nationaux du Haut-commissariat au plan (HCP).

Une première depuis au moins 2017 (on ne compte pas 2021, année de rattrapage post-Covid) ! Et si la tendance se confirme, ce qui est fort possible au vu des données actuelles, le Maroc pourrait même clore l’année à ce niveau-là, soit une croissance bien supérieure aux prévisions du gouvernement et de Bank Al-Maghrib qui oscillent entre 4,4% et 4,6%.

Cette embellie est bienvenue. Mais, comme toujours, le diable est dans les détails, car les mêmes chiffres du HCP montrent que cette croissance est d’abord alimentée par la demande intérieure, qui, elle-même, est tirée par l’investissement public. Encore et toujours…

Les routes, les infrastructures, les barrages, les chantiers de toutes tailles : l’État dépense pour que l’économie avance. Mais avec quelle efficacité ? Depuis longtemps, les économistes, marocains comme étrangers, alertent sur la faiblesse du rendement de l’investissement public au Maroc.

Le pays affiche un ICOR supérieur à 9, l’un des plus élevés au monde : il faut dépenser plus de neuf dirhams d’investissement pour générer un dirham de croissance supplémentaire.

Autrement dit, nous investissons beaucoup… pour récolter peu, en valeur ajoutée comme en emploi.

Et le privé dans tout ça ? Toujours en retrait. Le Roi avait pourtant vivement invité le secteur privé à prendre le relais, pour que la part de l’investissement privé, au contenu plus fort en rendement, en valeur ajoutée et en emplois durables, puisse passer à au moins les deux tiers de l’investissement total dans le pays d’ici 2035.

C’était le cœur du discours royal sur le nouveau modèle de développement. Mais aujourd’hui, ce cap ressemble plus à un horizon lointain qu’à une trajectoire réelle. Le Roi avait même fixé un cap intermédiaire : mobiliser 550 milliards de dirhams d’investissement privé et créer 500.000 emplois d’ici 2026. Mais à un an de l’échéance, la réalité est en deçà des ambitions.

Certes, le privé aime pointer les lourdeurs: bureaucratie, foncier verrouillé, financement difficile… Et il n’a pas tort. Mais faut-il tout mettre sur le dos de l’administration ? Beaucoup d’opérateurs préfèrent rester dans l’ombre rassurante de la commande publique, sécuriser une rente, plutôt que d’innover, risquer et oser.

Or, un État moderne n’a pas vocation à créer la richesse. Son rôle est ailleurs : créer un cadre clair et stable pour que le secteur privé investisse, puis redistribuer équitablement cette richesse à travers des services publics de qualité. Santé, éducation, justice sociale : voilà les vrais chantiers de l’État. Et les citoyens n’attendent rien d’autre.

C’est là que le relais doit s’opérer. L’investissement public ne peut plus continuer à jouer à la fois le rôle de locomotive et de dernier recours. Son efficacité, par essence, est limitée et ses marges de manœuvre sont faibles. La croissance durable passera, comme dans les pays qui ont réalisé des bonds de développement avant nous, par un secteur privé qui investit, qui exporte et qui crée des emplois.

L’équation est donc simple : que le privé prenne enfin le relais de la croissance et que l’État concentre ses efforts là où il est le plus attendu actuellement: garantir des écoles qui fonctionnent, des hôpitaux qui soignent, des services publics dignes de ce nom. Le 5,5% de croissance au deuxième trimestre est une bonne nouvelle, mais elle sonne aussi comme un rappel à l’ordre.

L’État a fait sa part, il a construit, investi, mis les bases. Désormais, c’est au privé de prendre ses responsabilités. Car un pays qui attend tout de son budget public finit toujours par s’épuiser.