Chronique
Ces trois doctrines qui guident le Maroc
Revenu de loin, le Maroc sait aujourd’hui où se trouve son rang de nation pré-émergente parmi les nations.
À l’heure où se sont effondrées les unes après les autres les idéologies de la Guerre froide et où l’émergence de nouvelles puissances au sein du «Sud global» ne cesse de mettre à mal les paradigmes de l’unijambisme occidental, peu de pays peuvent légitimement se targuer d’une vision horizontale de leur futur.
Or, une telle vision ne saurait vraiment en être une qu’à la faveur de l’existence palpable et vérifiable des trois doctrines systémiques que sont le rôle de l’État, une articulation lisible de la souveraineté au sein de la communauté internationale et un «chemin de fer» socioéconomique cohérent et attractif. Ces trois doctrines se rapportent donc à des choix stratégiques au chapitre du régime politique, de la diplomatie et de l’économie.
Hélas, les pays qui peuvent prétendre disposer de ce triptyque doctrinaire se comptent sur les doigts d’une seule main au sein des aires auxquelles appartient le Maroc. L’ère post-modernitaire, faite d’immédiateté plus que de prospective et de réactivité plus que de volontarisme, ainsi que l’exiguïté temporelle des mandats électifs – 4 à 5 ans dans plus de 80% des pays – altèrent toute tentative d’élaboration d’une vision horizontale et globale du futur – donc du destin – d’une nation.
Il se trouve que le Maroc, lui, dispose bel et bien d’une vision assise sur une doctrine de l’État, une doctrine diplomatique et une doctrine économique, toutes visibles, intelligibles et, par conséquent, crédibles.
La doctrine de l’État marocain s’articule autour d’un vivre-ensemble garanti par une monarchie certes exécutive, mais fondamentalement évolutive, comme l’atteste la Constitution de 2011 qui la qualifie de «constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale». Au sein de cette configuration du pouvoir, les fondamentaux inaliénables et impérissables qui soudent le vivre-ensemble sont expressément définis : «La nation s’appuie dans sa vie collective sur des constantes fédératrices, en l’occurrence la religion musulmane modérée, l’unité nationale aux affluents multiples, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique». Cette doctrine de l’État, qui fait du chef de ce même État un souverain opérant essentiellement par le biais de l’impulsion et du volontarisme, s’est enrichie considérablement de la réflexion collective au sein des commissions thématiques initiées par le roi depuis son intronisation. Le Rapport du cinquantenaire et celui du Nouveau modèle de développement constituent ainsi une partie intégrante du référentiel de la «doctrine de l’État».
La doctrine diplomatique, elle, ne souffre aucune ambiguïté quant à ses axes également inaliénables et impérissables : l’ouverture, l’attachement à la paix – le Maroc est le 10e plus grand contributeur mondial aux opérations de maintien de la paix –, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États et, surtout, la sacralité de son intégrité territoriale. Force est de reconnaître que cette doctrine s’est imposée aux grandes comme aux moins grandes puissances à travers le monde.
Quant à la doctrine marocaine en matière économique, elle a connu des errements dogmatiques avant de trouver sa voie «royale». Après avoir connu des va-et-vient entre optimisme et désillusion, au lendemain de l’indépendance jusqu’au Plan d’ajustement structurel (PAS) de 1983, entre le dirigisme qui fit la gloire du tiers-mondisme triomphant des décennies 60 et 70 et le libéralisme tâtonnant, elle a fini par s’arrimer à une vision intégrative, en interne comme à l’international. La bataille des remises à niveau multisectorielle, financière, juridique, partenariale et entrepreneuriale n’a point cessé depuis l’avènement du règne actuel, et ne semble pas près de prendre fin. «Ce qu’il faut retenir, c’est sans doute que l’économie n’aime pas les excès», avait dit, il y a cinq ans, le Pr Mohamed Berrada, avant d’ajouter : «Je suis en faveur d’un patriotisme économique renouvelé. Nous devons donner la priorité à la production nationale». Aujourd’hui, les bénéfices de cette doctrine économique sont mondialement salués, notamment au niveau des grands projets structurants. Récemment, la doctrine économique s’est bonifiée d’un volet social transversal qu’on n’a pas hésité à qualifier de «révolutionnaire». Nombre d’observateurs ont évoqué l’«État social» à cet égard.
La visibilité, le sérieux et la crédibilité de ces trois doctrines marocaines valent au pays d’être aujourd’hui distingué à plus d’un titre. Outre les plébiscites des institutions financières internationales et des agences de notation, une foultitude d’organismes et d’ONG ne cessent de surclasser les indicateurs économiques, sociaux et diplomatiques du pays. Dernier exemple, le gain par le Maroc d’une dizaine de places au Global Soft Power Index 2024, en se plaçant au 50e rang des pays les plus influents au monde. D’ailleurs, en Afrique, en Europe, dans les sphères arabe et musulmane, ainsi qu’au sein des organisations internationales, le soft power marocain accomplit des performances rares pour une nation du Sud. Ce soft power est admirablement servi par les exploits sportifs et une volumineuse, généreuse et influente diaspora – sur les 989.000 personnes ayant acquis une nationalité européenne en 2022, on compte 112.700 Marocains ! – représentant près de 15% de la population totale du Royaume.
Revenu de loin, le Maroc sait aujourd’hui où se trouve son rang de nation pré-émergente parmi les nations, parce qu’il en a l’ambition et, surtout, une vision des plus claires. Bon vent !
