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Chronique

Action / Réaction

De temps à autre, des signes nous permettent de rester optimistes et de garder l’espoir dans la possibilité d’un changement positif de notre société. Voici une histoire susceptible de nous ouvrir l’esprit sur une réalité qui ne saute pas forcément aux yeux.

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Les préjugés sont toujours nuisibles à une meilleure lecture du contexte et des possibilités d’action, notamment dans une société que l’on pourrait croire sclérosée ou «foutue» à l’avance. Un projet peut devenir possible quand on ne se laisse pas conter les préjugés des autres, en jouant l’ignare de Marcel Pagnol : «Tout le monde savait que c’était impossible. Un ignare ne le savait pas : il l’a fait».

Éléments du contexte
Pour ceux qui ne connaissent pas l’historique, il y a eu, en 2008 à Casablanca, un essai de transformation d’une friche urbaine, celle des anciens abattoirs de Casablanca, en lieu de vie culturelle, en plein fameux quartier Hay Mohammadi.

Peut-être la seule tentative de ce genre dans ce pays. Si ce n’est pas le cas, ce fut certainement la première, puisque l’histoire a commencé en 2009. La Commune de Casablanca, le ministère de la Culture et des associations culturelles, celles qui comptent, encore, ou comptaient, à l’époque, dans le paysage culturel marocain, s’étaient réunis pour réfléchir à un projet de requalification urbaine d’une friche patrimoniale.

Le résultat fut une ouverture réussie du lieu, sept ans après sa fermeture définitive en 2002. «Les Transculturelles des abattoirs», organisées pendant deux jours, les 18 et 19 avril 2009, avaient drainé un public de 30.000 spectateurs, toutes catégories de populations mélangées. Des riches et des pauvres, des habitués et des néophytes, des femmes, des hommes, des familles, des officiels et des jeunes voilées ou en dreadlocks… Des artistes confirmés avaient bien voulu présenter généreusement leurs créations à un nouveau public n’ayant pas l’habitude de fréquenter les galeries ou les lieux de spectacle.

Cinq années se sont ensuivies de mise à disposition aux artistes pour des résidences de création, de travail interdisciplinaire et des programmations diverses offertes au public de L’batwar. Cinq années de coopération culturelle internationale avec des lieux similaires dans le monde. Une reconnaissance locale et nationale avec une station de tramway qui s’appelle désormais «Fabrique culturelle des anciens abattoirs». L’inscription du projet de la Fabrique culturelle dans le schéma d’aménagement urbain de Casablanca (SDAU) ayant force de loi. La prise en compte du projet dans le Plan d’aménagement communal (PAC), etc. Et puis, à partir de 2016, plus rien.

Et puis, la leçon du présent
Pour les besoins d’un festival organisé à la Fabrique culturelle des anciens abattoirs à partir du 1er décembre 2023, j’ai assisté à la réunion de coordination à la préfecture de Hay Mohammadi. Les préjugés m’auraient dicté que les autorités locales ne sont pas les meilleurs alliés pour organiser un festival dans un espace qui devient malfamé. Ce fut, au contraire, une réunion brève et intense, pendant laquelle chaque intervenant (administrations de la préfecture, de l’arrondissement de Hay Mohammadi, de la commune de Casablanca, police, pompiers, agents d’électricité, de nettoyage, de désinfection, ministères de la Santé, de la Culture et de la Jeunesse…) a posé professionnellement et pertinemment ses questions, ses remarques et ses exigences. Une réunion normale et constructive avec des fonctionnaires qui ont envie que ça fonctionne.

De l’autre côté, quand nous analysons les contenus des manifestations culturelles ou assistons à des débats organisés par des associations qui prônent, soi-disant, l’ouverture et l’esprit critique, nous restons sur notre faim quant à la teneur des interventions et la pertinence des questions et des réponses. Il paraît que la réaction a changé de camps. Les progressistes d’hier se révèlent, de plus en plus, les réactionnaires d’aujourd’hui. Si l’on n’y prête pas attention, l’avant-garde risquerait de continuer à faire marche arrière.

Moralité : mes préjugés ont été inversés cette semaine. Une agréable surprise de la part de ceux que je considérais réactionnaires et empêcheurs de tourner en rond. Et une déception de la part de ceux qui devraient faire progresser le débat des idées.
La Culture est la solution.