Evénement
PLF 2025 : L’Exécutif face à de forts enjeux
L’année prochaine, la Loi de finances devrait s’inscrire dans la continuité des grandes réformes entamées et des investissements engagés, pour consacrer l’État social, revitaliser l’économie et assurer la durabilité des finances publiques.
C’est la période de préparation du projet de Loi de finances de l’année 2025. Un exercice difficile, à forts enjeux et à plusieurs variables, parfois non maîtrisables. Les discussions ont déjà été entamées en Conseil de gouvernement du mercredi 24 juillet, après que le ministère du Budget a collecté et examiné les propositions budgétaires des ordonnateurs concernés. L’objectif était de présenter certes l’exécution du budget 2024, mais aussi le cadre de préparation du projet de Loi des finances pour l’année 2025. Ceci devrait aboutir, à la fin du mois de juillet prochain, à la lettre de cadrage du PLF, document nécessaire qui donne les grandes lignes et les principales orientations budgétaires de l’année.
Le PLF 2025 devrait s’inscrire dans la continuité des grandes réformes que le Maroc a amorcées, tant sur le plan social, économique, industriel ou autre. Il sera élaboré dans la continuité également de l’incertitude du contexte national et international.
En effet, le pays fait toujours les frais d’un cycle de sécheresse qui s’allonge d’année en année et dont les effets sont durs sur la campagne céréalière, estimée à 25 millions de quintaux, induisant alors une hausse des importations de blé d’environ 5 millions de tonnes.
Dans ses récentes prévisions, le HCP table sur une croissance de 3,2% en 2025, sur la base d’une hypothèse d’une campagne agricole inférieure à celle de cette année. Les conséquences sont néfastes aussi sur l’eau d’irrigation, sur le taux de remplissage des barrages…, mais aussi sur les emplois: plus de 180.000 postes ont été détruits les deux dernières années, au moment où le gouvernement s’est engagé à assurer 550.000 emplois à l’horizon 2026.
Parallèlement, le PLF 2025 sera mis face à l’immense programme de généralisation de la protection sociale, à la hausse des salaires décidée à l’issue du dialogue social, ainsi qu’à la poursuite du programme des aides sociales directes (29 milliards de dirhams prévus en 2025) et des aides à l’acquisition d’un logement, remplaçant l’ancien dispositif du programme de logements économiques et sociaux.
La réforme fiscale sera également au menu du prochain PLF. Après l’IS et la TVA, c’est au tour de l’IR de connaitre une refonte, comme s’était engagé Fouzi Lekjaa, ministre délégué au Budget, à le faire. L’objectif selon lui est «d’alléger la pression sur les salariés soumis à la retenue à la source».
Il s’agira alors de revitaliser le pouvoir d’achat des ménages, de répondre aux défis qui touchent l’économie marocaine et de poursuivre les investissements engagés pour éviter de rater «le momentum Maroc»… sans que cela ne pèse sur les finances publiques.
Et c’est justement cette autre partie de l’équation que l’Exécutif devra gérer. Autrement dit, le financement des investissements socioéconomiques envisagés, tout en maintenant la tendance baissière du déficit budgétaire qui «devrait s’établir à 3,8% du PIB en 2025, en allègement par rapport à son niveau estimé à 4% du PIB en 2024», selon le HCP.
La gestion des aléas de la conjoncture internationale est une autre paire de manches. Les cours du pétrole et des principales denrées alimentaires de base continuent de fluctuer au gré de l’atténuation ou du renforcement des tensions géostratégiques, notamment les guerres en Ukraine et à Gaza. Ce qui représente une variable supplémentaire qui pourrait entraver l’exécution de la Loi de finances.
LOF, la réforme sur les rails
La préparation du PLF 2025 intervient concomitamment à la poursuite de la révision de la loi organique des finances. Renforcement des principes et règles budgétaires, consolidation du rôle du Parlement dans la préparation et l’exécution de la LF, amélioration de la soutenabilité des finances publiques…, tout y passe. Parmi les nouveautés, toute modification des dispositions fiscales ou douanières nécessite l’approbation préalable de la Loi de finances. D’autant que les critères de sélection des projets d’investissements publics doivent être définis par décret.
En parallèle, la réforme prévoit l’encadrement du recours aux lois rectificatives. En ce sens, la durée d’étude et de vote serait réduite de 15 à 5 jours. Elle devrait être accompagnée par une note de présentation spécifiant les raisons du recours ainsi que les rectifications prévues.
Autre nouveauté à prévoir, la réduction du délai de dépôt de la loi de règlement de la Loi de finances à 6 mois, de décembre à juin, suivant l’année budgétaire. Enfin, le délai d’étude et de vote du projet de loi de règlement serait ramené à un mois.
L’IR : Le grand réaménagement attendu en 2025
La réforme de l’impôt sur le revenu est la dernière phase de la refonte de la fiscalité, inscrite dans la loi-cadre portant réforme de la fiscalité adoptée en 2021. Le nouveau barème progressif de l’IR applicable aux revenus salariaux devra entrer en vigueur dès le 1er janvier 2025. À compter de cette date, l’IR salarial et l’IR professionnel auront chacun son barème. Cela, sachant que 73% des recettes de l’IR proviennent de l’IR sur salaire et seulement 5% de l’IR professionnel. Le reste des recettes provient des activités agricoles, foncières et financières. D’autant que la contribution moyenne d’un salarié est trois fois plus importante que celle d’un professionnel. Reste à savoir quels barèmes fixera la LF pour ces deux catégories, en vue de répondre à l’objectif de soutenir la classe moyenne !
