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Au Royaume

Archives LVE. 1924, le tourisme au Maroc

Il y a un siècle, le Syndicat d’initiative, sis bd. Mohammed V, voit le jour. Sa mission, lancer la toute première stratégie touristique au Royaume.

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Nous avons appris avec plaisir qu’un Syndicat d’initiative venait d’être enfin constitué à Casablanca. Composé de personnalités sympathiques et actives, il saura mener à bien la tâche assez compliquée qu’il s’est proposée. Fort justement, il a réparti la besogne en un certain nombre de sections qui tiendront à travailler avec méthode à l’exécution du programme imposé. La section des fêtes n’aura pas le moins à faire, Si seulement elle arrive à servir de liaison entre les divers groupements de la ville, si surtout elle parvient à établir un programme des réunions pour l’année entière, elle aura accompli une œuvre utile. Jusqu’ici, non seulement les villes ont pris l’habitude d’organiser des manifestations en même temps, mais à Casablanca même, il n’est point rare de voir annoncées pour la même journée plusieurs réunions du même genre. Il est donc nécessaire d’établir au plus tôt un calendrier des fêtes pour toute l’année et de lui donner la plus large publicité afin que les autres villes puissent prendre leurs dispositions en conséquence. Dans l’organisation des fêtes locales, le Syndicat d’initiative doit jouer un rôle important : il ne s’agit pas pour lui de se substituer aux organismes déjà existants comme la Société de bienfaisance, il doit au contraire les seconder, le cas échéant, faciliter les manifestations d’ensemble et même les provoquer. Qu’on se rende compte de ce qui se fait par exemple à Rabat et on reconnaîtra que l’entente y règne mieux que chez nous. À Rabat, on a organisé ces dernières années des cavalcades fort réussies, tout le commerce local en a profité. Cette année-ci, paraît-il, sur le «Triangle de vue» aura lieu un concours hippique. Pourquoi n’en ferions-nous pas autant ? Qu’on se souvienne de la réunion hippique de 1919 au cours de la Grande semaine sportive. Le succès fut complet: un nombre considérable d’officiers et de civils venus de tous les coins du Maroc suivirent avec un vif intérêt les épreuves des deux journées. Or, si mes souvenirs sont exacts, l’organisation complète de ce concours ne dépassa pas 6.000 francs. Combien le commerce local a-t-il retiré? La question hôtelière doit naturellement mériter l’attention spéciale du Syndicat d’initiative. Nous avons de nombreux hôtels aujourd’hui, mais il est nécessaire d’établir une classification, et même d’indiquer par une plaque ceux qui sont particulièrement recommandés. Le Syndicat pourrait agir auprès des propriétaires d’établissements mal tenus en leur faisant ressortir l’intérêt de certaines améliorations. Il laisserait complètement de côté certains, et refuserait même d’accepter toute publicité en faveur des hôtels malpropres et de clientèle douteuse. Il faut en effet que dans la brochure publiée par le Syndicat on trouve la liste de tous les hôtels convenables avec indication exacte de leurs prix, celle des restaurants et cafés recommandés, celle enfin des marchands d’objets marocains, qui intéressent surtout le touriste. Si on y ajoute les adresses des principales administrations, l’indication de transport et un plan, il suffira de rédiger une courte description de la ville pour obtenir une brochure d’une vingtaine de pages au maximum. La dépense peu élevée sera d’ailleurs largement couverte par la publicité, ce qui permettra de tirer des éditions successives constamment tenues à jour. Mais le Syndicat devra être outillé pour recevoir le touriste. Pour cela, il lui faut disposer d’un local bien situé, où le voyageur puisse trouver une documentation précise sur le Maroc. Nous croyons savoir que la question est résolue et que d’accord avec la Municipalité, la nouvelle Société pourra fournir aux étrangers tous les renseignements qu’ils doivent avoir, grâce à une heureuse combinaison, dont nous reparlerons. Bien d’autres points mériteront l’attention du Syndicat : l’amélioration des transports, l’embellissement de certains quartiers de la ville, le développement de la plage d’Aïn Diab, la conservation des plantations. À ce dernier point de vue, il jouera un rôle particulièrement utile, en contribuant à l’éducation du public malheureusement trop porté jusqu’ici à dévaster les parterres et bosquets aménagés à grands frais. Le square de l’Ancienne subdivision en est l’exemple le plus frappant. Il est impossible d’y conserver une fleur et on doit se résoudre à y supprimer les massifs pour n’y conserver que des bosquets d’arbustes. Il est certain que notre nouveau Syndicat ne manquera pas de prendre sous sa protection ce jardin auquel se rattachent tant de souvenirs, puisqu’il a été le premier créé par les Français au Maroc. BELKACEM