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Épargne : Vers une gestion plus structurée des finances
Face à l’inflation et aux incertitudes économiques, les ménages revoient progressivement leur manière d’épargner, avec l’accentuation des besoins liés à la retraite, à la transmission patrimoniale ou encore à la valorisation du capital. Le défi principal reste l’éducation financière. Éclairages avec Kanza Amor, directrice de BMCI Assurance.
Longtemps dominée par une logique de précaution, l’épargne des Marocains évolue progressivement vers une approche plus structurée et davantage axée sur les projets de vie, comme le financement des études des enfants, l’achat immobilier, la préparation de la retraite, la protection des proches ou encore la transmission du patrimoine.
«Ce changement, qui témoigne d’une évolution plus large de la culture financière, a révélé toute son importance lors des dernières crises traversées par le Maroc», estime Kanza Amor, directrice de BMCI Assurance. Elles ont, en effet, montré que l’épargne n’est plus seulement un confort financier, mais un véritable outil de résilience économique et sociale.
Les ménages disposant d’une épargne structurée ont mieux résisté aux périodes d’incertitude, qu’il s’agisse d’une baisse de revenus, d’une hausse du coût de la vie ou d’une dépense imprévue. C’est dire que l’épargne agit désormais comme un amortisseur capable d’absorber les chocs sans recourir immédiatement à l’endettement.
Globalement, le niveau d’épargne des Marocains est significatif. Toutefois, «il reste encore largement sous-exploité dans sa structure, dans la mesure où une part importante de l’épargne demeure concentrée sur des supports très liquides et faiblement rémunérés», précise Amor. Dans un contexte marqué par l’inflation, la préservation réelle du pouvoir d’achat de cette épargne représente un enjeu majeur.
Lorsque l’inflation devient supérieure au rendement du placement, l’épargne perd progressivement de sa valeur, parfois de manière presque invisible. Au lieu de sécuriser leur capital, les ménages subissent une forme d’érosion silencieuse de leur patrimoine financier dans le temps.
La directrice de BMCI Assurance estime que cela ne veut pas dire qu’il faut automatiquement aller vers des placements risqués ou spéculatifs, mais plutôt apprendre à mieux segmenter son épargne selon ses besoins et ses horizons de vie.
L’enjeu consiste à maintenir une épargne de précaution disponible et sécurisée, tout en orientant l’épargne destinée au moyen et long terme vers des placements offrant davantage de performance et de valorisation.
De la construction patrimoniale
C’est précisément là que les solutions d’épargne de moyen et long terme prennent tout leur sens, notamment en bancassurance, permettant ainsi d’introduire une logique de construction patrimoniale plus durable et plus efficace.
Si l’on donne l’exemple de l’assurance-vie, «ce produit peut apporter une discipline d’épargne, une capitalisation progressive, la préparation de projets de vie, une logique de transmission patrimoniale, ainsi qu’un cadre fiscal avantageux.
Pourtant, il souffre encore d’une perception parfois trop limitée», souligne Amor. Beaucoup continuent en effet à l’associer uniquement à une protection en cas de décès.
Par ailleurs, l’assurance-vie et les valeurs mobilières occupent une place plus ou moins comparable dans le patrimoine des ménages.
Amor apporte une précision importante : «Ces deux placements ne s’opposent pas, ils sont complémentaires. L’assurance-vie constitue aujourd’hui une véritable enveloppe d’investissement permettant, selon les objectifs de l’épargnant, d’accéder à des supports sécurisés, mais aussi aux marchés financiers à travers des unités de compte. Il est ainsi possible de rechercher une meilleure valorisation du capital tout en bénéficiant des avantages fiscaux et successoraux propres à l’assurance-vie».
Cette complémentarité reste encore insuffisamment connue, alors qu’elle répond précisément aux besoins croissants de diversification, de préparation patrimoniale et de transmission.
Autre point important, l’épargne-retraite doit devenir un pilier central de toute planification financière, surtout avec l’allongement de l’espérance de vie, l’évolution des modèles familiaux et les pressions croissantes sur les systèmes de retraite.
De nombreuses personnes sous-estiment le niveau de revenus dont elles auront réellement besoin une fois à la retraite. Pourtant, «sans préparation suffisante, cette transition peut entraîner une baisse importante du niveau de vie.
Le sujet est d’autant plus important que la retraite se prépare sur le long terme. Plus on commence tôt, plus l’effort d’épargne est progressif et supportable. C’est toute la force de la capitalisation dans la durée», explique le top management de BMCI Assurance.
Un nouveau modèle en vue
Cette logique vaut d’ailleurs pour l’ensemble de l’épargne. Contrairement à une idée largement répandue, bâtir une stratégie efficace ne dépend pas uniquement du niveau de revenu.
La régularité, la discipline et le temps jouent un rôle déterminant. Même des montants modestes investis de manière constante peuvent permettre de constituer progressivement un capital significatif.
«Encore faut-il que les ménages bénéficient d’une meilleure éducation financière et que les professionnels adoptent une démarche pédagogique pour rendre l’épargne plus accessible, plus compréhensible et plus concrète», soutient notre source.
À moyen terme, plusieurs tendances devraient ainsi redessiner le paysage de l’épargne au Maroc : montée en puissance de l’épargne longue, avec une prise de conscience plus marquée des enjeux liés à la retraite, à la santé et à l’éducation ; accélération de la digitalisation des usages; personnalisation des solutions ; et renforcement de l’éducation financière.
Le développement du secteur dépendra autant de l’innovation produit que de la capacité des acteurs à rendre les mécanismes financiers plus accessibles, plus compréhensibles et plus utiles dans la vie quotidienne des Marocains.
Comment protéger son épargne contre l’érosion liée à l’inflation
Il est vrai que l’inflation cause une perte de la valeur de l’épargne. Dans un environnement économique volatil, la bonne approche consiste surtout à diversifier intelligemment son épargne en fonction de ses objectifs et de son horizon de placement.
Concrètement, laisser l’intégralité de son épargne sur des supports faiblement rémunérés expose mécaniquement à une perte progressive de pouvoir d’achat. L’enjeu est donc de rechercher un équilibre entre sécurité, disponibilité et performance.
Cela peut passer par des solutions d’assurance-vie, des placements financiers diversifiés ou certains supports liés aux marchés de capitaux.
L’objectif ne devrait pas se focaliser sur la recherche d’une performance excessive, mais plutôt la préservation de la valeur réelle de l’épargne.
