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Contrat à terme : Un filet de sécurité encore peu utilisé

Dans un contexte économique international incertain, la maîtrise du risque de change devient un enjeu vital pour les entreprises marocaines. Encore peu utilisé, le marché de change à terme offre pourtant des solutions concrètes pour sécuriser les marges, stabiliser la trésorerie et gagner en visibilité.

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Dans un environnement économique mondial instable, où le Maroc dépend largement des importations tout en cherchant à développer ses exportations, les entreprises se retrouvent exposées à un facteur essentiel, mais difficile à anticiper : le cours de change.

Que ce soit pour sécuriser les achats de matières premières ou garantir la compétitivité de leurs offres à l’export, la maîtrise du risque de change devient un levier stratégique. C’est précisément à ce besoin que répond le marché de change à terme.

Les contrats à terme offrent aux entreprises la possibilité de se protéger contre les variations des taux de change en fixant un taux à l’avance pour des opérations futures.

Cette démarche permet de mieux anticiper les flux financiers et de stabiliser la trésorerie. Selon un professionnel du marché, «cela permet de sécuriser ses marges, car on connaît dès aujourd’hui le coût ou la recette nette d’une opération, sans craindre un taux défavorable à l’avenir.

Et cela stabilise la trésorerie : en anticipant précisément ses flux en dirhams, l’entreprise gère mieux ses budgets et ses engagements financiers. Enfin, moins de volatilité, c’est plus de sérénité pour piloter l’activité et prendre des décisions stratégiques.»

Des volumes encore très concentrés
Contrairement à l’idée reçue, ces instruments ne sont pas réservés aux mastodontes. Si les grandes structures disposent souvent de services financiers dédiés à la gestion du risque de change, les PME peuvent elles aussi y avoir recours.

L’enjeu est avant tout culturel. «Le vrai frein, ce n’est pas l’accessibilité, mais plutôt le manque de sensibilisation et de culture financière, notamment chez les PME qui restent souvent peu informées sur ces solutions pourtant précieuses pour sécuriser leurs marges», souligne notre interlocuteur.

Mais les chiffres disponibles sur les encours confirment que le marché reste dominé par les grandes banques et, par extension, par les grandes entreprises. Attijariwafa bank affichait en 2023 un encours de 77 milliards de dirhams sur les contrats à terme, contre 74 milliards en 2024.

Pour BMCE Bank of Africa, les volumes sont passés de 44 à 41 milliards de dirhams sur la même période. Bien que significatifs, ces montants traduisent une légère baisse, mais surtout une concentration autour de quelques acteurs majeurs.

«Ce marché reste encore largement sous-exploité par les entreprises, notamment les PME, qui ne perçoivent pas toujours les risques liés à la volatilité des devises ou considèrent ces instruments comme complexes ou inaccessibles», rappelle notre expert.

Une meilleure démocratisation, couplée à des dispositifs d’accompagnement ciblés, pourrait ouvrir la voie à une utilisation plus large de ces outils de couverture.

Dans cette optique, des initiatives comme le programme «Infitah», lancé par l’Association Marocaine des Salles de Marchés, cherchent à démocratiser l’usage de ces outils auprès de tous les acteurs économiques.

Il est important de distinguer l’usage économique des contrats à terme de leur possible usage spéculatif. Au Maroc, ce marché a été conçu avant tout comme un filet de sécurité pour les entreprises.

Si certaines institutions financières peuvent adopter une posture plus active, les entreprises, elles, n’ont ni le mandat réglementaire ni l’intérêt d’adopter une logique spéculative.

«Le marché de change à terme au Maroc a pour vocation première la couverture contre le risque de change, pas la spéculation. Les entreprises l’utilisent dans une logique de couverture opérationnelle, et n’ont pas le droit de spéculer», déclare notre expert.

Les autorités estiment d’ailleurs que toute utilisation détournée des dotations personnelles pour faire du trading de devises constitue une infraction à la réglementation.

Chef d’orchestre discret mais central
Le bon fonctionnement de ce marché repose sur un acteur clé : Bank Al-Maghrib. C’est la gardienne du temple qui fixe quotidiennement les cours de référence de la monnaie nationale, sur la base d’un panier composé principalement de l’euro et du dollar.

Elle joue aussi un rôle d’amortisseur, intervenant si nécessaire pour éviter une trop forte volatilité du dirham. «Quand la pression est trop forte à la hausse ou à la baisse, BAM peut agir pour protéger la stabilité du dirham et, par ricochet, la compétitivité de l’économie marocaine», souligne notre source.

À cela s’ajoute une surveillance rigoureuse du respect des règles de bonne conduite, notamment à travers le code de déontologie du marché des changes. L’encadrement technique et organisationnel des établissements bancaires est également un pilier de cette régulation.

Pour une entreprise, l’utilisation de ces instruments suppose une certaine rigueur. Les contrats à terme ne sont pas de simples accords privés : ils obéissent à un cadre réglementé et sécurisé.

La loi 42-12, qui encadre ces opérations, impose l’intermédiation via des établissements agréés et la présence d’une Chambre de compensation qui garantit la bonne exécution des contrats.

«Les banques jouent un rôle central dans l’exécution, la compensation et la sécurisation des opérations de leurs clients. Elles garantissent les engagements pris, sont soumises à des règles prudentielles strictes et sont supervisées par Bank Al-Maghrib, qui veille à la solidité du système de compensation et de paiement», cite notre source.

Ces garanties permettent de limiter les risques de contrepartie tout en offrant un filet de sécurité, tant pour les entreprises que pour le système financier.

Levier pour la compétitivité à l’export
Pour les entreprises marocaines tournées vers l’international, disposer d’un mécanisme permettant de neutraliser l’impact des fluctuations de change est un atout non négligeable.

Cela leur permet d’offrir des prix stables, de préserver leurs marges et de planifier avec confiance. «Cette couverture améliore la prévisibilité des flux de trésorerie, facilite la planification budgétaire et renforce la capacité à proposer des prix compétitifs à l’international», déclare notre expert.

Dans un contexte de concurrence accrue, cela peut faire la différence entre une stratégie d’expansion réussie et une performance pénalisée par la volatilité monétaire.

Toutefois, comme tout instrument financier, les contrats à terme ne sont pas sans risques. Une mauvaise anticipation, une surcouverture ou des hypothèses de marché erronées peuvent entraîner des pertes. Il est donc essentiel que les entreprises s’entourent de compétences solides pour en tirer parti efficacement.

Pour que ce marché déploie pleinement son potentiel, certaines évolutions seraient bienvenues. Il s’agit notamment de faciliter davantage l’accès aux instruments financiers pour les PME, d’encourager l’innovation financière autour du risque de change, et de renforcer les programmes de sensibilisation.

La montée en puissance du dirham dans les échanges internationaux passera aussi par une meilleure appropriation de ces outils de couverture, qui restent encore sous-utilisés malgré leur pertinence stratégique dans un monde où le risque de change est omniprésent.


Une libéralisation prudente mais prometteuse
Depuis 2018, le Maroc a entamé un processus progressif de flexibilisation de sa monnaie. Cette ouverture progressive constitue un tournant. Elle permet à la monnaie nationale d’évoluer de manière plus libre, ce qui peut dynamiser le secteur des produits dérivés de change.

«Cette réforme favorise l’augmentation de la liquidité et la profondeur du marché de change, ce qui pourrait attirer davantage d’investissements étrangers et renforcer la compétitivité des entreprises marocaines», déclare ce professionnel du marché.

Cependant, cette même flexibilité entraîne une exposition plus forte à la volatilité, avec des conséquences sur le coût des importations, notamment dans un pays comme le Maroc dont le total des importations se chiffre autour de 800 milliards de dirhams en 2024, soit plus que la moitié du PIB.