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Amine El Azher : «Une montée en puissance des fusions-acquisitions en 2025»

Pour cet expert en stratégie, en finance et en capital-investissement, l’année qui démarre s’annonce propice aux opérations de croissance externe dans divers secteurs. Éclairage.

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L’intervention du Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I), la baisse anticipée des taux d’intérêt à moyen terme et le tropisme des grandes entreprises pour consolider leurs positions sont autant d’éléments militant en faveur du dynamisme du marché des fusions-acquisitions en 2025. C’est ce que nous explique le fondateur de la banque d’affaires Arden Capital, qui cumule plusieurs années d’expérience dans les M&A.

L’environnement économique, le climat des affaires et la politique monétaire en 2024 ont-ils été favorables ou défavorables aux opérations de fusion-acquisition ou M&A au Maroc ?
Je dirai que l’environnement économique a été modérément favorable. La croissance a stagné autour de 3%, mais des secteurs porteurs comme l’agro-industrie, les énergies renouvelables, la santé et les services technologiques ont maintenu leur élan.

Pour ce qui est du climat des affaires, je pense qu’il est en amélioration continue. Il est indéniable que les différentes stratégies sectorielles, les réformes réglementaires (Charte de l’investissement, CRI…) ou économiques (programmes d’appui à la croissance, réforme fiscale…) soutenues par le volontarisme de l’État, ont su tracer une stratégie claire de croissance économique permettant de donner davantage de visibilité aux opérateurs.

Cela dit, la perception du risque demeure élevée. Je veux également souligner que la politique monétaire a eu certes un impact sur le marché du M&A au Maroc, mais je tiens à nuancer ce propos. Il est vrai que les banques et les organismes de financement ont revu leurs conditions de financement en 2024, mais il ne faut pas oublier que les conditions de financement sont spécifiques à chaque opération et qu’elles varient en fonction des acteurs en présence.

À l’opposé des marchés matures comme l’Europe où les politiques monétaires resserrées impactent fortement le M&A à travers l’augmentation importante du coût de l’argent, l’assèchement des financements ou la baisse des valorisations, le marché au Maroc est moins touché.

En effet, d’une part la variation du coût d’emprunt n’a pas été similaire à celle des pays développés et, d’autre part, le faible nombre des sociétés «investment ready» maintient la valorisation de celles qui le sont.

En 2025, à quoi faut-il s’attendre en matière d’opérations de M&A au Maroc ?
On peut s’attendre à l’accélération progressive avec l’arrivée sur le marché des capitaux issus des fonds soutenus par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement.

Il faut également garder à l’esprit que bon nombre d’opérateurs, notamment des groupes et PME familiales, ont démystifié le M&A et ont pris goût au jeu des levées de fonds et des acquisitions pour leur croissance externe.

Avec une baisse anticipée des taux d’intérêt à moyen terme, on peut s’attendre à une reprise des opérations financées par effet de levier en 2025. L’accélération des investissements dans les projets liés aux initiatives structurantes du Maroc, tels que les projets d’infrastructure, les énergies renouvelables, la tech, la santé et l’industrie manufacturière, renforcera ces secteurs comme moteurs de M&A.

De manière plus globale, j’encourage le tissu économique marocain à appréhender le M&A en tant qu’outil pour soutenir la dynamique existante, par exemple pour les écosystèmes industriels existants au Maroc (automobile, chimie…), afin de construire et renforcer la présence des sociétés marocaines sur les chaînes de valeur locales et mondiales.

Par ailleurs, les grandes entreprises locales chercheront à consolider leurs positions, surtout dans les secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’énergie et les services financiers.

À noter qu’au registre des investissements étrangers, la dynamique des accords avec des pays comme la Chine, les États-Unis et les pays du Golfe pourrait élargir les opportunités transfrontalières.

En somme, 2025 devrait marquer une montée en puissance, avec une meilleure attractivité pour les investisseurs locaux et internationaux, soutenue par un environnement économique plus stable.

Selon vous, quel est l’impact de la mission du Conseil de la concurrence sur les opérations de M&A au Maroc ?
Le Conseil de la concurrence joue un rôle essentiel dans la régulation des opérations de concentration économique pour préserver la concurrence loyale sur les marchés, ce qui protège contre les abus de position dominante.

Il contribue aussi au renforcement de la transparence, bien appréciée par les investisseurs étrangers. Ceci dit, cette mission de contrôle des concentrations économiques a pu être perçue au début comme un facteur alourdissant les transactions M&A, puisque le marché n’avait pas l’habitude de ce genre de démarche.

Certaines critiques, il y a deux ou trois ans, ont pointé du doigt des délais d’examen parfois longs, pouvant ralentir la finalisation des transactions.

Aujourd’hui, je pense que tout cela est derrière nous, puisqu’un travail intelligent et pragmatique de fluidification et d’accélération de la procédure de traitement des dossiers a été fait par le Conseil. Je peux vous assurer que dans plusieurs cas le traitement de certains dossiers n’a pas dépassé le mois.