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Vidéosurveillance : Ces Big Brother marocains qui veillent sur nos villes
Porté par l’essor des smart cities et l’urbanisation rapide, le marché marocain de la vidéosurveillance se développe à grande vitesse. Dans ce secteur technologique de pointe, quelques entreprises nationales se distinguent, devenant des partenaires incontournables de notre sécurité quotidienne. Zoom sur un écosystème innovant.
Au centre de commandement de la préfecture de police de Casablanca, des écrans clignotent et diffusent en temps réel les images captées aux quatre coins de la ville. Assistés par un algorithme d’intelligence artificielle, les agents scrutent minutieusement chaque flux vidéo, analysent les mouvements de foules et décryptent les plaques d’immatriculation des véhicules.
Derrière ces images, un écosystème de caméras intelligentes aux performances insoupçonnées s’active. Face à l’urbanisation galopante et à l’approche d’événements internationaux majeurs (CAN 2025 et Mondial 2030), Casablanca et d’autres grandes villes marocaines ont lancé, ces dernières années, plusieurs projets de vidéosurveillance.
Ces systèmes reposent sur des technologies développées par des entreprises marocaines souvent méconnues du grand public. Qu’il s’agisse de sécuriser l’espace public ou de protéger des infrastructures stratégiques, elles participent à l’émergence de villes intelligentes et redéfinissent le paysage sécuritaire du Royaume. Ce sont des Big Brother locaux.
Parmi une liste exhaustive, nous avons sélectionné quatorze projets représentant un budget global de près de 500 millions de dirhams (482 MDH), impliquant plus de dix entreprises.
À la clé : déploiement de plus de 7.000 caméras high-tech. Quatre d’entre elles concentrent dix projets pour un montant de 443,8 MDH, soit près de 92% de la mise globale. Un chiffre qui illustre leur domination sur ce marché en plein essor.
Alomra Group International : La sentinelle à Rabat et Marrakech
Fondée en 2004, l’entreprise, principalement spécialisée dans la vidéosurveillance, la sécurité et l’intégration de systèmes électroniques de sûreté et audiovisuels, attire les projecteurs sur la scène nationale de la vidéosurveillance.
C’est que la structure dirigée par Driss Benomar, ancien directeur de la cellule internationale au ministère de l’Intérieur et ancien président de la Commission de la CGEM dédiée à l’intelligence économique, a raflé trois contrats majeurs de surveillance sur notre liste de projets, totalisant 128,5 MDH.
Son dernier succès : un marché de 20,8 MDH portant sur la mise à niveau et l’extension de la vidéosurveillance à Marrakech, révélé par une source auprès de la SDL Marrakech Mobility. Alomra devra moderniser le dispositif existant et fournir près de 150 caméras, dont deux équipées d’un dispositif de lecture de plaques d’immatriculation (LAPI).
En juin, l’entreprise basée au quartier CIL à Casablanca s’était déjà vu confier la surveillance numérique de la Vallée du Bouregreg à Rabat, pour 33,9 MDH. Le projet implique l’installation de 240 caméras intelligentes : 173 caméras cylindriques «IP Bullet» longue durée, 21 caméras «IP Dome», 14 caméras «LAPI» capables de capturer et numériser les images des plaques d’immatriculation, et 32 caméras de détection de places de parking.
Des espaces publics À la surveillance des prisons
Trois mois plutôt, Alomra coiffait au poteau de grands concurrents pour décrocher un juteux contrat de 73,8 MDH portant sur la mise en place d’un système de vidéosurveillance basé sur l’IA à Rabat, mobilisant 4.000 caméras étalées sur six mois.
Les prestations d’Alomra consistaient à déployer des caméras LAPI dans les zones de contrôle routier et de stationnement et des caméras PTZ (Pan-Tilt-Zoom) pour une surveillance dynamique de la ville.
Des caméras de reconnaissance faciale pour identifier les individus dans les zones stratégiques, ainsi que des caméras longue portée, adaptées à la surveillance des zones étendues et sensibles, étaient également prévues. Performant dans les espaces publics, la société de Benomar s’illustre aussi dans les zones intramuros.
En 2021, la Direction générale de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR) s’était adjoint ses services pour la maintenance des systèmes de vidéosurveillance et anti-intrusion de l’ensemble des prisons du Maroc, pour près de 1,9 MDH.
Cires Tech: Le «sphinx» qui veille sur Casablanca et Agadir
Dans cet univers de Big Brother locaux, on retrouve aussi les empreintes de Cires Technologies. Créée en 2007, la filiale technologique de Tanger Med Group intervient principalement dans la sûreté et la sécurité portuaire et aéroportuaire, la vidéosurveillance urbaine, des administrations publiques, ainsi que des zones d’activités logistiques et industrielles.
Février dernier, l’entreprise a étendu son expertise au domaine urbain. En groupement avec Tanger Med et Tanger Med Utilities, elle a été sélectionnée par Casa Transports pour piloter la remise à niveau, l’extension et la maintenance du système de vidéoprotection existant de Casablanca. Facture : 199,1 MDH.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la première phase du programme de développement du Grand Casablanca 2015-2020 retardé pour cause de sous-estimation budgétaire.
Il s’agira d’installer, d’ici janvier 2027, 385 sites de vidéoprotection, 250 km d’infrastructures réseau et d’assurer la maintenance de 210 caméras existantes sur une période de huit ans.
Les caméras HD déployées par l’entreprise dirigée par Yahia El Amrani disposeront de fonctionnalités avancées : reconnaissance faciale, lecture des plaques d’immatriculation, détection d’objets abandonnés, analyse des foules et comportements suspects, ainsi que protection des zones et bâtiments sensibles.
Après Casablanca, cap vers Agadir. Dans la capitale du Souss, Cires Tech et son partenaire CTHZF seront aux manettes de la première phase du système de vidéoprotection pour renforcer la sécurité urbaine.
Budgétisé à 42,8 MDH, ce marché dont l’exécution est prévue sur dix-huit mois (y compris la maintenance) comprend l’installation de caméras dômes motorisées (PTZ) et de caméras fixes couleur raccordées à un réseau de fibre optique. Un centre de commandement principal géré par la DGSN (opérationnel depuis la mi-novembre) et un centre secondaire de supervision piloteront l’ensemble du réseau de vidéoprotection.
AB Protection : de Casablanca aux ruelles de Marrakech
Quittons la région du Souss-Massa pour braquer nos objectifs sur AB Protection. Fondée en 2004 et basée à Rabat, elle est spécialisée dans la vidéoprotection urbaine, la sécurité informatique, la cybersécurité, les drones automatisés et les systèmes intégrés de sécurité.
Sous la direction d’Abdelfattah Bezzari, l’entreprise a remporté plusieurs contrats stratégiques. Dernier en date : celui de la maintenance du système de vidéosurveillance de Marrakech, récemment décroché pour 2,1 MDH.
Avant de s’inviter dans la ville ocre, elle s’était déjà illustrée à Casablanca, en décrochant, en septembre 2024, le marché de 16 MDH pour le déploiement de la vidéosurveillance dans l’ancienne médina de la métropole. Un contrat qui s’ajoutait à celui de 20 MDH, obtenu en janvier de la même année à Béni Mellal, pour l’installation de 291 caméras intelligentes.
3G COM : Le gardien high-tech des plateformes de stockage
Au-delà des grands boulevards et des artères animées, les systèmes de vidéoprotection s’étendent à des sites très fréquentés, comme la forêt de Bouskoura à Casablanca.
Aux commandes : 3G COM. Pour un montant de 23,6 MDH, cette entreprise basée à Hay Riad, à Rabat, a été mandatée, en février dernier, par la SDL Nouaceur Développement pour équiper cet espace vert d’un dispositif complet de surveillance.
Celui-ci comprend notamment des caméras déployées sur 110 sites, interconnectées via un réseau informatique mêlant fibre optique et liaisons radio.
Le projet inclut également une solution intégrée de surveillance par drones dotés de caméras thermiques. Une salle d’exploitation centrale, des salles déportées ainsi qu’une salle technique centrale sont prévues, avec un système d’analyse intelligente et un stockage des données sur 60 jours. Cette plateforme sera exploitée conjointement par la Gendarmerie Royale de Bouskoura et les autorités locales, chacune intervenant dans la zone relevant de ses prérogatives.
Forte de vingt ans d’expérience, la société dirigée par Mohamed Issam Qandoussi a décroché, deux mois plus tard, le lot1 du marché lancé par le ministère de l’Intérieur pour la sécurisation des plateformes de stockage de produits de première nécessité.
Pour un budget de 10,8 MDH, 3G COM assurera l’acquisition et l’installation de l’équipement de surveillance dans les entrepôts situés dans les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Rabat-Salé-Kénitra, Béni Mellal-Khénifra et Drâa-Tafilalet. Une enveloppe supplémentaire de 980.000 DH est prévue pour la maintenance du dispositif.
Trois entreprises pour sécuriser le réseau autoroutier
Le réseau autoroutier national n’échappe pas à l’extension massive de dispositifs de vidéosurveillance, une nécessité au vu du trafic croissant sur ces axes stratégiques. Une pression qui s’accentue à l’approche de la CAN 2025 et du Mondial 2030.
Pour anticiper ces affluences, la Société nationale des autoroutes du Maroc (ADM) a attribué, fin décembre 2024, plusieurs marchés à trois entreprises chargées d’installer des centaines de caméras sur les différentes sections du réseau.
Pour 15 MDH, la surveillance des autoroutes du Nord-Est a été confiée à EM Telecom, entreprise majoritairement détenue par El Mahdi El Majidi, frère du secrétaire particulier du Roi, Mounir El Majidi. Le groupement Engelvin Maroc, filiale de l’entreprise française Engelvin TP-Réseaux, associé au français Hymatom, a pour sa part obtenu l’axe Centre-Sud pour un montant de 11 MDH.
Ces autres experts de la vidéosurveillance
En dehors des acteurs les plus visibles, d’autres entreprises marocaines s’imposent régulièrement sur des marchés stratégiques liés à la vidéoprotection et aux infrastructures intelligentes.
C’est le cas de Matlev, fondée en 2007 et spécialisée dans le conseil, l’ingénierie et l’assistance technique dans les domaines portuaire, maritime et industriel. En août dernier, l’entreprise a été mandatée par Casa Transport pour la modernisation du réseau multiservice et du système de vidéosurveillance de la ligne T1 du tramway de Casablanca pour près de 2 MDH.
Le projet prévoit la mise à niveau complète d’une infrastructure jugée «obsolète» et son alignement sur les standards des lignes T3 et T4. Basée à Mohammédia, l’entreprise déploiera près de 600 caméras numériques le long des 31 km de la ligne, alimentées en POE et intégrées au système central de gestion technique.
Elle assurera également la refonte du système de transmission RMS et des serveurs d’enregistrement, capables de stocker les flux vidéo pendant au moins sept jours.
Autre acteur notable : NewEraCom, société rbatie créée en 2014 et régulièrement présente sur les marchés publics de vidéoprotection.
En avril dernier, elle a remporté le lot 2 du marché national de sécurisation des plateformes de réserves de première nécessité du ministère de l’Intérieur, pour un montant de 10,2 MDH.
Le périmètre attribué à l’entreprise d’Abdelouahab Qandoussi couvre les régions de Casablanca-Settat, Marrakech-Safi, Souss-Massa, Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab.
Des projets de vidéosurveillance à Fès et Tanger
Après Casablanca, Rabat, Agadir et Marrakech, Fès s’apprête elle aussi à étendre son réseau de vidéoprotection. En avril dernier, la SDL Fès Région Aménagement a lancé deux appels d’offres d’un montant global de 140 MDH : 42,21 MDH pour la réalisation de l’infrastructure de génie civil et 98,01 MDH pour la fourniture, l’installation et la maintenance des équipements technologiques.
Ce second lot prévoit notamment l’installation de caméras dômes PTZ, de systèmes LAPI, de dispositifs de reconnaissance faciale, ainsi que la mise en place d’une plateforme de gestion vidéo (VMS), de serveurs de stockage et d’analyse et de postes de supervision.
L’entreprise Ingtelma, basée à Tanger, a été retenue en mai dernier pour les travaux de génie civil, pour un montant de 41,3 MDH. Quant à l’adjudicataire du lot technologique, aucune information n’a pu être obtenue à ce jour.
La ville de Tanger ne souhaite pas rester en marge de cette dynamique. En mai 2024, une enveloppe de 56 MDH a été allouée à un projet d’extension de la vidéosurveillance dans l’espace public. Un montant réparti entre 14 MDH de la commune de Tanger, 28 MDH de la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT) et 14 MDH du Conseil régional Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Porté par l’Agence pour la promotion et le développement du Nord (APDN), le projet doit s’étaler sur trois ans. Il prévoit l’installation de 533 caméras, le déploiement de 20 km de fibre optique et la création d’infrastructures dédiées couvrant 111 points de surveillance dans la ville.
Il est également prévu la construction d’une salle de contrôle au siège de la préfecture de police de Tanger, équipée de dispositifs techniques nécessaires pour assurer une exploitation optimale du système.


