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Mohamed Bennouna : «Le salaire moyen du commercial au Maroc est de 4.000 DH nets mensuels»

Évolution de l’économie, changement dans les attentes des salariés, émergence de nouveaux modèles de travail… Plusieurs facteurs sont susceptibles d’influencer les tendances actuelles en matière de rémunération.

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Le salaire moyen au Maroc, tous secteurs confondus, était près de 6.000 DH en 2018 contre près de 2.000DH en 2019, soit une baisse de 62%. Malgré cette période difficile, la reprise économique semble se faire sentir puisqu’en 2023, le salaire moyen au Maroc avoisinne les 4.000 DH nets mensuels et témoigne d’une certaine amélioration des conditions économiques.

Quelles sont les principales tendances actuelles du marché de l’emploi pour les commerciaux ?
Le recrutement des commerciaux, toujours compliqué, devient de plus en plus tendu et il faut redoubler d’efforts pour que les candidats aillent au bout du processus. Nous avons trois fois plus de contacts pour répondre aux demandes de nos clients. La raison ? Éviter les départs en cours de recrutement et les «no show» sans prévenir à la prise de poste. On sait qu’ils ont toujours trois ou quatre pistes en même temps. D’où la nécessité de créer une vraie relation, de rappeler dès qu’on sent un moment de flottement, mais aussi de leur donner le maximum de matière pour qu’ils puissent se projeter dans leur potentielle future entreprise.
Aujourd’hui, un bon commercial ne cherche pas de travail. C’est nous qui allons le chercher ! Si les jeunes diplômés sont forcément sollicités, les commerciaux ayant cinq à dix ans d’expérience reçoivent près d’une à trois propositions par mois. De là à crier pénurie, il n’y a qu’un pas. Le secteur de l’industrie est le plus touché : l’ingénieur commercial, qui a une double casquette, se fait rare ; les métiers qui nécessitent des compétences techniques sont très demandés. Il existe de nombreux candidats actifs, mais sur le marché de l’emploi sursaturé d’aujourd’hui, il peut être difficile de filtrer les candidats cibles. Les meilleurs talents sont très recherchés et les candidats qualifiés s’arrachent rapidement. Le recrutement passif élimine la concurrence et permet aux recruteurs de sélectionner les meilleurs, avant les autres.

Comment l’évolution des technologies et des plateformes en ligne a-t-elle affecté le recrutement de cette population ?
Le vécu et les avis diffèrent à propos de ce sujet, que ce soit du point de vue des responsables des ressources humaines ou des candidats. Certes, les solutions digitales dans le recrutement comportent des aspects favorables, comme un gain de temps et d’efficacité, mais elles comportent aussi des aspects négatifs, notamment au niveau éthique. Le recrutement digital permet de mieux cibler les profils et donc de garder plus longtemps les candidats au sein de l’entreprise. Certes, la mise en place d’un ATS (Système de suivi des candidats) a un coût, mais le retour sur investissement est bon. Grâce aux outils digitaux, la phase de sourcing est plus précise et optimisée ; les plateformes d’emploi et les réseaux sociaux représentent des viviers de candidatures et sont une opportunité pour trouver le profil cible. Bien que cela ait l’air excellent, il existe toutefois des limites dans la digitalisation et certains désavantages. C’est pour cette raison qu’il me semble important de les mentionner : le risque de déshumanisation est présent lorsque le digital prend la place des humains. En effet, tout le système est automatisé et remplacé par des algorithmes, logiciels ou robots. Bien que ceux-ci soient efficaces, ils n’ont pas les capacités d’éprouver de l’empathie ou d’autres sentiments humains essentiels dans ce métier. Ces outils ne font également pas de différence entre les individus et leurs modes de vie. Il y a probablement des candidats avec beaucoup de compétences et des CV brillants, mais la personnalité ne convient pas à l’environnement de l’employeur.

Quelles sont les tendances actuelles en matière de rémunération?
Plusieurs facteurs sont susceptibles d’influencer les tendances actuelles en matière de rémunération et de salaire dans les entreprises marocaines, notamment l’évolution de l’économie, les changements dans les attentes des salariés, l’émergence de nouveaux modèles de travail ou encore les avancées technologiques.
Avant tout, il serait judicieux de vérifier si l’entreprise dispose déjà d’une politique salariale stratégique, élément fondamental pour mener à bien le processus de rémunération. En adoptant un schéma de rémunération équilibré, vous pouvez optimiser les investissements consentis dans vos collaborateurs et vous vous assurez que chacun soit correctement rémunéré. Par conséquent, vos collaborateurs feront preuve de plus de motivation à atteindre les objectifs fixés par l’entreprise, et vous serez également en mesure de retenir vos meilleurs talents.

La rémunération tend-elle plus vers du variable ?
En fait, la rémunération flexible, également appelée rémunération en nature, est une option salariale qui permet au collaborateur de décider de la part de son salaire versée en espèces et de celle versée en nature ou en produits. Autrement dit, il s’agit de l’offre d’un produit ou d’un service aux collaborateurs d’une entreprise. Ce type de rémunération est accepté par le collaborateur sur une base totalement volontaire et lui permet d’acheter des produits ou de contracter des services adaptés à ses besoins qui, étant satisfaits par l’intermédiaire de l’entreprise, bénéficient d’un traitement fiscal plus favorable que s’ils étaient contractés à titre individuel. Toute entreprise est censée considérer ses collaborateurs comme des consommateurs et tenir compte de leurs caractéristiques individuelles. Autrement dit, il serait plus judicieux de parvenir à rémunérer vos équipes en fonction des différentes générations qui sont à l’œuvre. Car oui, chaque génération a ses qualités, ses aspirations et ses exigences, et chaque collaborateur évolue dans une phase de vie qui lui est propre.

Comment ont évolué les salaires durant ces cinq dernières années ?
Pour l’évolution des salaires sur les cinq dernières années, le salaire moyen au Maroc, tous secteurs confondus, était de 6.333 DH en mai 2018 contre 2.368 DH en août 2019, soit une baisse de 62%. Malgré tout, la reprise économique semble se faire sentir puisqu’en 2023, le salaire moyen au Maroc est de 3.966,50 DH nets mensuels. Cependant, il existe une différence de 2.361 DH par mois entre le salaire moyen mensuel du secteur privé (5.188 DH) et celui du secteur public (7.549 DH). Ce delta grimpait jusqu’à 7.600DH en moyenne en 2018 (source Business cool du 1er mars 2023).

Quels sont les facteurs clés qui influencent la rémunération des commerciaux aujourd’hui ?
Plusieurs facteurs influencent la rémunération de la fonction commerciale. J’en citerai quatre. L’offre et la demande du profil: par exemple, si des entreprises ont besoin de chefs de projet orientés développement commercial en efficacité énergétique, et qu’il y a peu de diplômés disponibles sur le marché, leur embauche se négociera à prix d’or ; La capacité de payer d’un employeur: la plupart des employeurs ont une marge de profits limitée.
Par ailleurs, une grande entreprise qui a un important chiffre d’affaires tend à offrir une rémunération et des avantages sociaux plus généreux ; La concurrence dans un secteur : plus elle est vive, plus les employeurs hésitent à hausser les salaires, car ils ne peuvent hausser le prix de leur produit ou service pour compenser cette dépense, leurs concurrents pourront offrir le même, à un coût moindre ; La stratégie d’affaires et la philosophie de gestion: par exemple, certains chefs d’entreprise sont plus enclins que d’autres à partager les bénéfices de la compagnie avec leurs employés. D’autres adoptent une politique de rémunération axée sur l’ancienneté ou optent pour celle axée sur la performance collective…