Investissements
Entreprises familiales : La transmission externe gagne du terrain
Socle de l’économie marocaine, les entreprises familiales optent de plus en plus pour la transmission à un repreneur externe. Une professionnalisation du management pour assurer la pérennité de leur héritage.
Elles ont façonné plusieurs secteurs, généré des milliers d’emplois et ancré leur nom dans l’univers du business. Pourtant, bâties pour durer, les entreprises familiales marocaines vacillent souvent au moment de passer le flambeau.
Tiraillés entre tradition familiale et logique de marché, les pères fondateurs font face à un choix cornélien au moment de transmettre leur legs. Une décision périlleuse dont dépend la survie de leur œuvre.
Les défis liés à la transmission des entreprises familiales marocaines ont été décryptés lors de la 8e édition de l’International Family Business Research Forum (IFBRF) qui s’est récemment déroulée dans les locaux de l’ESCA à Casablanca.
L’événement, qui se tenait pour la première fois en Afrique, avait réuni des chercheurs et dirigeants de plus de 24 pays pour réfléchir sur les enjeux stratégiques des entreprises familiales.
Un phénomène qui prend de l’ampleur
Le panel inaugural intitulé «Challenges, Opportunities an Legacy of African family businesses» a été l’un des temps forts de ce rendez-vous. Ce débat a réuni des leaders de groupes familiaux emblématiques comme Amine Berrada Sounni, PDG du groupe Omnipar, Diana Maria Zniber (Diana Holding), Amine Sekkat (Imacab) et Elyes Rekik du groupe tunisien Coficab.
Au cours des échanges modérés par Oumaima Quiddi, professeure-chercheuse, membre de la Chaire entreprise familiale à l’ESCA, ces dirigeants ont listé les principaux enjeux des entreprises familiales au Maroc. À savoir la transmission intergénérationnelle, la gouvernance, l’innovation (notamment l’IA) et l’ancrage aux valeurs culturelles.
La tendance de la transmission externe a également été mise en exergue durant les discussions. Déjà en 2023, dans son baromètre sur les entreprises familiales au Maroc, BDO Maroc avait révélé que plus de 55% des cédants potentiels d’entreprises familiales au Maroc envisagent désormais une transmission à un repreneur externe.
Garantir la continuité du projet, préserver l’emploi
Qu’en est-il deux ans plus tard ? «Le constat est le même, mais avec une nuance : les cédants sont désormais plus pragmatiques. La priorité n’est plus seulement familiale, elle est économique : garantir la continuité du projet, préserver l’emploi et pérenniser le savoir-faire», révèle Zakaria Fahim, Managing Partner de cabinet d’audit, de conseil et d’expertise comptable.
«Selon notre dernier baromètre, 60% des dirigeants restent ouverts à la cession, mais seuls 25% ont structuré leur démarche et moins de 30% disposent d’un successeur prêt à reprendre dans l’année», ajoute-t-il.
Quiddi constate également cette tendance: «Nous avons eu l’occasion d’échanger avec des dirigeants d’entreprises familiales qui ont réussi à professionnaliser le management de leurs entreprises, en lâchant prise partiellement. Ils ont recruté et intégré des compétences externes afin de stimuler la performance de leurs activités», confie-t-elle.
Outre la transmission externe, la Chaire entreprises familiales de son établissement supérieur travaille actuellement sur la gestion des conflits et le comportement financier de l’entreprise familiale, notamment en termes d’investissement, de financement et de distribution de dividendes.
