Affaires
Hôtellerie : Les professionnels misent gros sur l’effet CAN
La grand-messe du football continental devrait générer un important flux touristique. Du nord au sud, les opérateurs,qui tablent sur une augmentation notable des taux d’occupation, affûtent leurs dispositifs pour remporter le match de l’accueil.
À moins d’un mois du coup d’envoi de la CAN 2025, l’heure est aux derniers réglages dans les neuf stades répartis entre Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès, Agadir et Tanger. Après leur relifting, ces enceintes flambant neuves sont prêtes à accueillir et à communier avec les nombreux supporters venus d’Afrique subsaharienne et d’ailleurs.
Mais au-delà des montées d’adrénaline et des suspenses intenses dans les gradins, ces visiteurs seront impatients de découvrir le Maroc en dehors des stades, depuis leurs lieux de séjour. Conscients de cet afflux touristique sans précédent, les hôteliers mettent les petits plats dans les grands. Des grandes chaînes aux structures moyennes, tout le secteur se mobilise pour répondre à cette forte demande.
Augmentation des effectifs, amélioration des services d’accueil, développement d’offres d’hébergement et d’activités parallèles… Les professionnels affûtent leurs dispositifs pour remporter le match de l’accueil. «Le secteur de l’hébergement et du tourisme aujourd’hui est non seulement prêt à accueillir la CAN dans les meilleures conditions, mais aussi d’en faire une des plus belles éditions.
Ce sera aussi une occasion pour montrer à tous les pays africains la qualité des produits et de l’hospitalité marocaine», confirme Nidale Lahlou, président délégué de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH).
Pour lui, pas d’inquiétude à ce niveau. Le Royaume a fini de démontrer sa capacité à accueillir plus de 2 millions de visiteurs par mois. En attestent le record de 17,6 millions de touristes accueillis en 2024 et les 16,6 millions de visiteurs enregistrés à fin octobre 2025, en hausse annuelle de 14%.
Des taux d’occupation de plus de 80%
Sur le terrain de l’expérience client, les établissements devraient également engranger des points. «Les professionnels comme l’administration de tutelle y ont porté une attention particulière avec la nouvelle loi de classement des établissements touristiques, mais aussi avec une normalisation très stricte de sécurité et d’hygiène portée par l’administration territoriale et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA)».
Autant d’atouts qui permettront aux hôtels de battre des records en termes d’hébergement. S’il est difficile pour l’heure d’avoir des chiffres précis sur l’état des réservations, en raison de plusieurs paramètres, notre interlocuteur reste convaincu que la CAN, qui drainera une vague touristique exceptionnelle, permettra aux professionnels du secteur de bien alimenter leur trésorerie en décembre et janvier.
«Rabat, Casablanca, Marrakech et Agadir enregistreront des taux d’occupation supérieurs à 80%. À Fès et Tanger, ils dépasseront les 60%. Quant aux autres régions, une amélioration des taux d’occupation de l’ordre de 20% par rapport à 2024 est probable», révèle Lahlou.
Les premiers signaux de cette future embellie touristiques commencent déjà à clignoter. Plus de 700.000 tickets ont été déjà vendus à 113 nationalités, selon le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa. Un chiffre qui n’est pas très loin des 800.000 visiteurs supplémentaires attendus par l’Office national marocain du Tourisme (ONMT).
Pas de spéculations sur les prix
Outre la diffusion d’un film institutionnel dans douze pays, l’entité dirigée par Achraf Fayda, qui a récemment lancé sa campagne «Maroc, terre de football», compte mobiliser deux influenceurs dans chacun des pays qualifiés à la CAN autour de l’opération «Visit Cup Africa», pour produire des récits immersifs depuis les stades et lieux touristiques.
Du côté de Royal Air Maroc, on table sur le transport de 500.000 passagers en provenance d’Afrique subsaharienne et de la diaspora, principalement l’Europe. Autant dire que la fête africaine du ballon rond représente une opportunité majeure pour l’hôtellerie nationale, en pleine croissance.
C’est un secret de polichinelle. Ce genre de rendez-vous est souvent marqué par un renchérissement des prix dans les réceptifs hôteliers, surtout quand la demande dépasse largement l’offre. «Malgré l’amélioration des taux d’occupation et la progression de la durée moyenne de séjour attendu, nous ne relevons pour l’instant aucune tension sur les prix.
Maintenant, la spéculation lors de tels événements est toujours possible même si cela n’est pas souhaitable. Mais elle ne sera pas l’œuvre des opérateurs touristiques», rassure le président délégué de la FNIH.
7 MMDH pour moderniser des hôtels
Anticipant l’afflux touristique considérable durant la CAN, le gouvernement a lancé le programme «Cap Hospitality», un mécanisme financier qui vise à mettre à niveau plusieurs hôtels en prélude à la cette grand-messe du football continental.
Les candidats devaient soumettre leurs dossiers avant fin décembre. Une soixantaine de dossiers ont déjà été admis sur 91 demandes éligibles, représentant 14.000 chambres et un investissement global de 7 MMDH, selon la ministre du Tourisme, Fatim Zahra-Ammor.
Ce financement devrait renforcer la performance des hôtels pendant et après la CAN. «Cap Hospitality a suscité un vif intérêt auprès des établissements hôteliers. C’est un véritable outil d’accélération de la modernisation de ces infrastructures et qui mérite d’être renouvelé», préconise Lahlou.
Nouveau système de classement pour améliorer la performance des hôtels
Afin de professionnaliser et de moderniser l’offre touristique nationale, le Maroc a mis en place un nouveau système de classement des établissements d’hébergement touristique classés (EHTC), dans le cadre de la loi 80-14 adoptée en 2015.
L’une des mesures phares, c’est l’instauration d’un système de classement par étoiles, étendu à l’ensemble des établissements, y compris les hôtels, maisons d’hôtes, résidences touristiques ou encore les structures emblématiques comme les riads et kasbahs. Objectif : s’aligner sur les standards internationaux, permettre aux touristes de mieux orienter leurs choix et favoriser une concurrence saine et transparente entre les professionnels du secteur.
La qualité de service sera également passée au crible, à travers des «visites mystères», menées par des auditeurs spécialisés qui évalueront l’expérience client sur la base de 800 critères. Un classement qui sera renouvelé tous les sept ans, puis tous les cinq ans, pour les nouveaux établissements.
